La Banque centrale européenne n'a pas encore pris sa décision à ce sujet, mais tout porte à croire qu'elle finira par passer le pas. Si pas aujourd'hui, dans un avenir pas trop lointain.
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La Banque centrale européenne n'a pas encore pris sa décision à ce sujet, mais tout porte à croire qu'elle finira par passer le pas. Si pas aujourd'hui, dans un avenir pas trop lointain. Les arguments invoqués récemment, notamment par des ministres français et espagnols sont en effet clairement destinés à culpabiliser les éventuels dirigeants de la BCE qui ne désireraient pas suivre cette voie : la suppression de ce type de billets permettrait selon eux de mieux " lutter contre le terrorisme". Cette dernière question n'est pourtant manifestement pas du ressort de la BCE, mais surtout, l'argument est mensonger. On a suffisamment montré, récemment, que les coupables d'actes terroristes étaient loin d'être des gens fortunés et que, selon certains articles de presse, une kalachnikov pouvait s'obtenir à l'aide d'une poignée de billets de 50 euros seulement. Des études provenant de cellules anti-blanchiment, compétentes en matière de financement du terrorisme, ont par ailleurs insisté sur la difficulté de détection de ce financement, dès lors qu'il s'agissait de nombreux petits montants rassemblés progressivement, pour une activité qui, malheureusement, est accessible sans capitaux importants. Il est donc incorrect de prétendre que le billet de 500 euros favorise le financement du terrorisme. Celui-ci est, hélas, à la portée de personnes qui n'ont même jamais vu un seul billet de ce type au cours de leur existence. Ce qui dérange, c'est que le billet de 500 euros permet de réaliser des transactions importantes, dont les autorités n'ont pas connaissance. Une petite partie de ces transactions ne sont pas régulières, notamment sur le plan fiscal. Et c'est pour cette raison, et uniquement celle-là, que des Etats comme la France, voudraient se débarrasser de ce billet.C'est un exemple d'une mentalité qui a tendance à se généraliser dans les milieux politiques. Dès qu'un objet, tel un billet de banque, peut être utilisé à mauvais escient, on trouve des politiciens qui tentent de mettre fin à l'existence de l'objet en tant que tel, en l'espèce le billet de 500 euros, plutôt que d'empêcher les actes illégaux mêmes. Le même mécanisme s'observe avec les cartes téléphoniques prépayées. Sous prétexte qu'elles sont notamment utilisées par une minorité de délinquants, qui espèrent ainsi échapper à la détection de la police, notre ministre de la Justice veut les interdire définitivement. Tout cela contribue à une érosion, toujours plus sensible, des libertés individuelles. Si chaque objet susceptible d'être utilisé à mauvais escient par une minorité de personnes devait être interdit à l'avenir à l'ensemble de la population, il faut redouter qu'il ne reste plus grand-chose des libertés des citoyens. Tant l'exemple des cartes prépayées que celui des billets de 500 euros montrent aussi qu'une bonne partie de nos gouvernants, et notamment de ceux qui se classent à droite de l'échiquier politique, conçoivent de moins en moins qu'une quelconque activité puisse encore échapper au contrôle de l'Etat. On veut supprimer les billets de 500 euros, voire même l'ensemble des billets et des pièces, pour que tout paiement puisse être retracé par les autorités policières et fiscales. Il en est de même pour les cartes prépayées de téléphone : tout appel téléphonique doit, dans l'esprit de ces gens, pouvoir être connu, au moins quant à son existence, voire quant à son contenu. C'est pour cela aussi que l'on multiplie les possibilités d'écoutes téléphoniques et de contrôle d'Internet. Dans ce contexte, et comme on l'a vu pour le billet de 500 euros, la légitime lutte contre le terrorisme est une aubaine pour ces politiciens conservateurs. Elle fournit un prétexte, auquel adhère la quasi-totalité de la population, pour accroître les pouvoirs de l'Etat, non pas envers les terroristes (qui, rappelons-le, ne sont pas concernés par ce type de billets), mais envers l'ensemble de la population. C'est toujours à l'occasion des guerres et des crises graves que les Etats trouvent un soutien pour augmenter leurs prérogatives à l'égard des citoyens. Ce serait assurément légitime s'ils se limitaient à améliorer leur efficacité contre le péril, en l'occurrence le terrorisme, qui est invoqué. Mais en l'occurrence celui-ci n'est brandi que pour accroître de manière générale les pouvoirs des autorités envers tout le monde, comme le montre aussi le débat sur l'augmentation du délai de garde à vue. Ce sont les libertés fondamentales qui sont menacées et il ne faut pas s'imaginer qu'une fois la crise terminée, ces libertés seront rétablies. Le pouvoir ne rend jamais ce qu'il a pris.