La Haute Cour de justice à Londres a rejeté une demande d'annuler la suspension du Parlement, décidée par le chef du gouvernement. L'action en justice avait été intentée par Gina Miller, femme d'affaires et militante anti-Brexit, et soutenue par l'ancien Premier ministre conservateur John Major.

Un juge écossais avait déjà opposé cette semaine un refus similaire. Dans les deux affaires, les plaignants ont annoncé leur intention de faire appel.

"Mon équipe et moi n'abandonnerons pas le combat pour la démocratie", a déclaré à la presse à l'issue de l'audience Gina Miller, qui avait déjà remporté une victoire judiciaire sur le Brexit en 2017. "Abandonner maintenant serait manquer à notre devoir", a-t-elle poursuivi, estimant se battre pour "les futures générations".

Décriée comme une manoeuvre pour précipiter le pays vers un Brexit sans accord, cette suspension du Parlement pour cinq semaines jusqu'au 14 octobre a provoqué la fureur de l'opposition mais aussi de députés conservateurs.

- Compromis "pas possible" -

Ils ont adopté mercredi une proposition de loi qui impose au Premier ministre de solliciter auprès de Bruxelles un nouveau report de trois mois du Brexit, jusqu'au 31 janvier 2020 si aucun accord n'est conclu avec l'UE d'ici au 19 octobre. Un sommet européen -- qui pourrait être la dernière chance pour Londres de conclure un accord avec l'Union -- est programmé les 17 et 18 octobre à Bruxelles.

Mais pour le Premier ministre finlandais Antti Rinne, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, la possibilité d'un compromis avec Londres sur une sortie organisée du Royaume-Uni de l'Union européenne "ne semble maintenant pas possible".

"Nous ne savons pas ce qui se passe là-bas. Il semble tout à fait évident que nous ne parviendrons pas à un accord de Brexit", a déclaré Antti Rinne aux journalistes après une réunion avec le président du Parlement européen David Sassoli à Helsinki.

Au Royaume-Uni, la Chambre des Lords devrait en principe achever l'examen du texte sur le report du Brexit vendredi soir et la législation entrer en vigueur dès lundi après approbation de la reine.

Boris Johnson a pourtant affirmé jeudi qu'il préfèrait "être mort au fond d'un fossé" plutôt que de demander un report du Brexit. Il mise sur des élections anticipées pour récupérer la majorité qu'il a perdue cette semaine aux Communes, et pouvoir sortir coûte que coûte de l'Union européenne, avec ou sans accord, le 31 octobre.

Boris Johnson est d'ores et déjà entré en mode "pré-campagne". En visite en Ecosse, il a rendu visite à des pêcheurs et des agriculteurs et sera ensuite reçu par la reine Elizabeth dans son château de Balmoral.

- "Menteur avéré" -

Après un échec mercredi, le gouvernement va de nouveau soumettre lundi soir au vote des députés une motion pour organiser des élections avant la fin octobre, qui doit réunir les deux-tiers des voix pour être adoptée

Mais le succès n'est pas garanti, car le Labour, principal parti d'opposition, préfèrerait des élections une fois entériné le report du Brexit, son principal objectif étant d'éviter une sortie sans accord. Or les travaillistes craignent que Boris Johnson ne change la date du scrutin à sa convenance, avant le 31 octobre. Car s'il décrochait une majorité, il pourrait alors sortir de l'UE avec ou sans accord avec Bruxelles.

Boris Johnson "a montré qu'il était un menteur avéré", a déclaré à la BBC Emily Thornberry, ministre des Affaires Etrangères du cabinet fantôme travailliste. "Si nous votons pour une élection générale, qu'importe ce que Boris Johnson a promis, c'est lui qui ensuite conseillera la reine sur la date de l'élection", a-t-elle prévenu.

Un nouveau report du Brexit, initialement prévu le 29 mars, devra être approuvé à l'unanimité des 27 autres Etats membres de l'UE, qui s'y sont montrés ouverts.