"C'est une guerre que personne ne peut gagner". Invité sur CNBC à parler de la guerre commerciale contre la Chine que vient de lancer la Maison-Blanche, Rick Helfenbein, le président de l'American Apparel and Footwear Association (l'association américaine de l'industrie de l'habillement), résume le sentiment d'une bonne partie des patrons américains.
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"C'est une guerre que personne ne peut gagner". Invité sur CNBC à parler de la guerre commerciale contre la Chine que vient de lancer la Maison-Blanche, Rick Helfenbein, le président de l'American Apparel and Footwear Association (l'association américaine de l'industrie de l'habillement), résume le sentiment d'une bonne partie des patrons américains. Le président des États-Unis Donald Trump a souvent pointé du doigt l'imposant excédent commercial (375 milliards de dollars par an) de la Chine à l'égard des États-Unis, considérant que la hauteur de ce montant était la preuve que les relations commerciales sino-américaines étaient "unfair". Le but du président américain est de réduire cet écart à 100 milliards. Et le moyen employé est la guerre des tarifs douaniers. Une guerre commerciale est "une bonne chose" et est "facile à gagner", avait dit en substance le président américain.Jeudi, donc, la Maison-Blanche a rehaussé de manière importante (imposant jusqu'à 25% de droits de douane) ses tarifs sur un paquet de 60 milliards de dollars de produits importés de Chine. Il justifie cette action comme une réponse au vol de droits de propriétés intellectuelles américains dont se seraient rendus coupables les industriels chinois. Une première réflexion : il reste cependant beaucoup d'incertitudes sur les modalités d'application de la mesure, sa durée et même son entrée en vigueur. La réaction chinoise a d'ailleurs été très mesurée. Certes, Pékin a signifié qu'il allait défendre ses intérêts bec et ongles. Mais sa réponse, arrivée ce vendredi, est d'une ampleur limitée : la Chine va rehausser ses tarifs sur 3 milliards de dollars (seulement) de produits importés des États-Unis, parmi lesquels les germes de soja, une marchandise sensible pour l'Iowa, un Etat qui avait voté Trump en 2016.Pour l'instant, l'Europe et les pays "amis" (Canada, Brésil, Mexique...) échappent aux velléités guerrières de Donald Trump, mais là encore, l'incertitude reste de mise.Sur le fond, la politique protectionniste de Donald Trump "ne résout pas les problèmes d'infrastructure ou les problèmes de formation qui ont fait cruellement défaut aux États-Unis au cours des dernières décennies. Oui, le diagnostic de Donald Trump est juste : le pays a mal fait face à l'échange international. Mais sa réaction, qui est de vouloir fermer le pays aux échanges internationaux, ne l'est pas", expliquaient voici quelques semaines Anton Brender et Florence Pisani les deux économistes de Candriam. Le constat reste juste : une grande partie des profits des grandes entreprises américaines, à commencer par Apple, est réalisée grâce à la mondialisation. Nombre de produits de la firme à la pomme sont en effet fabriqués en Chine.Une guerre commerciale ne va donc pas servir les intérêts de nombreuses entreprises américaines. Elle ne va pas non plus arranger le problème du pouvoir d'achat stagnant de l'Américain moyen. Car en rehaussant les tarifs sur les produits chinois, Donald Trump va importer de l'inflation et rendre ces produits, pour lesquels il n'existe pas nécessairement de substituts locaux au même prix, tout simplement plus chers aux consommateurs US. Une baisse de la consommation intérieure américaine, qui compte pour les deux tiers du PIB du pays, va se traduire par une baisse générale de l'activité économique aux États-Unis et accentuer également les problèmes budgétaires de l'État.Pour nos pays, les conséquences d'une guerre commerciale sino-américaine ne seront pas bonnes non plus. D'abord parce qu'une partie des produits chinois qui ne pourront plus s'exporter aussi facilement aux États-Unis viendra envahir notre marché. On songe à l'acier et à l'aluminium, ce qui posera des problèmes dans ces secteurs aux entreprises européennes. Ensuite parce que d'une manière plus générale, le rebond économique de l'Europe était tiré par les exportations le redémarrage du commerce mondial. Les dernières décisions américaines risquent de casser ce contexte favorable.Un des arguments économiques qui plaideraient en faveur d'un conflit commercial est qu'il ferait baisser le dollar et soutiendrait la compétitivité des entreprises américaines. "Dans l'histoire "récente" des États-Unis, on a vu le dollar se déprécier au cours des périodes marquées par le protectionnisme, rappelle Tracy Chen, un gestionnaire d'actifs chez Legg Mason. Ce fut le cas notamment sous Nixon en 1971, et sous Reagan en 1985, dit-il." Mais un tel scénario ne se reproduira pas nécessairement, car la baisse du billet vert était simplement la conséquence de la fin du système de Bretton Woods. Aujourd'hui, les conséquences pourraient être au contraire très néfastes pour les exportations américaines. D'abord parce que dans une économie beaucoup plus mondialisée qu'alors, on risque de perturber la chaîne de production internationale de nombreuses entreprises américaines. Ensuite parce que la devise US ne va pas nécessairement se déprécier. "Le protectionnisme pourrait déboucher sur une hausse de l'inflation, des taux et même du dollar, dit Tracy Chen, qui ajoute : le renminbi pourrait également s'affaiblir si la Chine se venge afin de conserver sa part des exportations."Un des responsables du Peterson Institue, un think tank de Washington, estime qu'en déclarant cette guerre à la Chine, les États-Unis s'engagent dans un "Afghanistan économique". Espérons simplement qu'il ait tort...