Car après avoir négocié la sortie de Londres de l'Union pendant trois ans et avoir trouvé, sur papier du moins, une solution au sujet du cas épineux de la frontière irlandaise, les pourparlers reprennent. Mais cette fois, c'est pour tenter de conclure un nouveau traité commercial. Le Royaume-Uni est essentiel pour le commerce de l'Union : le pays importe pour 360 milliards de livres sterling (414 milliards d'euros) de biens et de service et exporte pour près de 300 milliards (345 milliards).
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Car après avoir négocié la sortie de Londres de l'Union pendant trois ans et avoir trouvé, sur papier du moins, une solution au sujet du cas épineux de la frontière irlandaise, les pourparlers reprennent. Mais cette fois, c'est pour tenter de conclure un nouveau traité commercial. Le Royaume-Uni est essentiel pour le commerce de l'Union : le pays importe pour 360 milliards de livres sterling (414 milliards d'euros) de biens et de service et exporte pour près de 300 milliards (345 milliards). Les négociations s'annoncent très tendues. La volonté du gouvernement britannique est de définir les grandes lignes de l'accord pour le mois de juin, et de le finaliser à l'automne. Ce qui laisse donc quatre mois.Contrairement aux traités commerciaux classiques, on parlera moins de secteurs (même si la pêche, l'agriculture et les secteurs financiers sont évidemment des sujets cruciaux) mais surtout de normes et d'égalité de traitement entre entreprises britanniques et européennes. Or, sur ce point, la position britannique est claire : le gouvernement a dit qu'il " ne négociera aucun arrangement où le Royaume-Uni n'a pas le contrôle de ses propres lois et de sa vie politique ". En ajoutant : " Cela signifie que nous n'accepterons aucune obligation pour nos lois de s'aligner sur celles de l'Union européenne ou pour que les institutions européennes, dont la Cour de justice, soient compétentes au Royaume-Uni ". Beaucoup, en Europe, estiment qu'il s'agit d'un bluff, d'une stratégie politique qui consiste à mettre la pression pour arriver finalement à un accord. Mais est-ce aussi sûr ? Nous avons, par le passé, trop souvent cédé à la tentation d'écouter les voix qui nous prédisaient que tout rentrerait dans l'ordre, alors qu'il n'en a rien été. Nous étions persuadés que les Britanniques étaient en majorité pro-européens. Nous avons été surpris, tout récemment encore, par la très large victoire de Boris Johnson, qui a gagné le coeur des électeurs britanniques en s'en tenant à ce mot d'ordre : " taking back control ". Reprendre le contrôle. On le voit mal manger sa parole. Michel Barnier, le négociateur de l'Union, souligne de son côté que l'ouverture du marché européen se fait en fonction de l'importance de mécanismes mis en place pour éviter que les entreprises européennes ne subissent une concurrence " déloyale ". En gros, plus un pays tiers acceptera les normes européennes, plus le marché européen lui sera ouvert. A l'inverse, moins il acceptera les normes européennes, moins il aura accès au marché unique... Et l'on voit mal Michel Barnier manger sa parole. Les deux positions semblent irréconciliables. Et leur dureté ne procède pas d'une stratégie de négociation. C'est pourquoi le président français Emmanuel Macron a fait part, voici quelques jours, de son doute qu'un accord sur le Brexit aboutisse d'ici à la fin de l'année. Car il sait que, politiquement, Boris Johnson sera gagnant s'il maintient sa ligne dure, soutenu par un Parlement et un gouvernement à sa dévotion. Certes, ce n'est pas parce qu'un Brexit dur a de grandes chances d'aboutir en 2021 que l'on ne se parlera plus... Il y a même une quasi-certitude qu'une fois que l'on aura expérimenté le chaos qui suivra ce Brexit hard, on se remettra vite autour d'une table pour conclure des traités. Même parcellaires. Mais nous devons nous préparer à quelques mois très mouvementés sur le front européo-britannique.