"Cela n'arrivera pas", assurait dans un tweet, au début de 2017, le président Donald Trump. En 2018, pourtant, cela arrivera. La Corée du Nord apportera la preuve qu'elle a mis au point un missile balistique intercontinental (ICBM) capable d'atteindre l'Amérique du Nord. Pour ce faire, l'Etat voyou tirera un ICBM qui atterrira quelque part dans l'immensité uniforme de l'océan Pacifique, mais dont la portée lui permettrait de frapper San Francisco ou Los Angeles. Il cherchera aussi un moyen de montrer que ses scientifiques ont conçu et fabriqué un engin nucléaire assez petit pour garnir une tête de missile.
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"Cela n'arrivera pas", assurait dans un tweet, au début de 2017, le président Donald Trump. En 2018, pourtant, cela arrivera. La Corée du Nord apportera la preuve qu'elle a mis au point un missile balistique intercontinental (ICBM) capable d'atteindre l'Amérique du Nord. Pour ce faire, l'Etat voyou tirera un ICBM qui atterrira quelque part dans l'immensité uniforme de l'océan Pacifique, mais dont la portée lui permettrait de frapper San Francisco ou Los Angeles. Il cherchera aussi un moyen de montrer que ses scientifiques ont conçu et fabriqué un engin nucléaire assez petit pour garnir une tête de missile. La provocation ultime consisterait à réaliser un essai thermonucléaire atmosphérique au-dessus de l'infortuné Pacifique. Ce qui déboucherait immanquablement sur une année de périlleux poker menteur nucléaire. Les Etats-Unis ne pourront alors plus faire semblant de croire qu'un régime de sanctions et de pressions diplomatiques adapté suffira à convaincre Pyongyang de renoncer à son programme nucléaire et balistique. L'intensification de la rhétorique guerrière et des gesticulations militaires porterait au contraire le monde au bord de l'abîme. On sera tenté de voir dans la crise nucléaire nord-coréenne de 2018 une version réactualisée de la crise des missiles cubains qui, en son temps, faillit bien précipiter l'humanité vers l'Armageddon. A cette différence près que, cette fois-ci, la situation semblera plus dangereuse. Car après tout, en 1962, ce n'était pas Fidel Castro qui, prêt à en découdre, avait le doigt sur le bouton nucléaire, mais Nikita Khrouchtchev, terrifié à l'idée de voir l'Union soviétique entraînée dans un conflit nucléaire avec l'Amérique et soucieux de trouver des moyens d'amorcer la désescalade. En 2018 en revanche, ce sera bien Kim Jong-un, l'arrogant dictateur du Nord, qui mènera le jeu. Ni la Russie ni la Chine, les amis supposés de la Corée du Nord, n'exercent plus la moindre influence sur le régime. Les relations de Pékin avec son ingérable petit voisin approcheront même du point de rupture. Pour ne rien arranger, l'homologue américain de Kim Jong-un est encore plus irascible que lui. Le plus grand danger serait que dans leur surenchère verbale, l'un ou l'autre de ces dirigeants, pris à son propre piège, se sente obligé de tirer le premier. De même, dans ce climat de tensions extrêmes, les préparatifs militaires purement défensifs d'un camp pourraient être interprétés par l'autre comme un prélude à la guerre. Autant de malentendus et de maladresses qui pourraient mettre le feu aux poudres. Et les salves de tweets de Donald Trump contre le " petit homme fusée " (Little Rocket Man) ne pourront que jeter de l'huile sur le feu. Maintenant que des villes américaines sont directement menacées, même les généraux de Trump, qui plaidaient jusqu'ici pour la retenue, pourraient prôner des frappes sur les installations nord-coréennes. Des esprits plus réfléchis doivent, en premier lieu, convaincre le président américain qu'une frappe " chirurgicale " sur la Corée du Nord est tout bonnement impossible. Les sites nucléaires et balistiques du pays sont en effet bien cachés - souvent dans des bâtiments souterrains -, voire mobiles. Tout comme le dirigeant troglodyte, ce qui compliquerait singulièrement une quelconque " opération de décapitation " de Kim Jong-un. Les hostilités dégénéreraient d'ailleurs rapidement car la Corée du Nord riposterait, même sans armes nucléaires. Or, la péninsule coréenne est densément peuplée. Séoul, capitale prospère de la Corée du Sud, est à portée de canon du Nord. Lequel possède également d'immenses réserves d'armes chimiques et biologiques. Un conflit dans la péninsule serait horriblement meurtrier. Et l'idée répandue selon laquelle le 21e siècle appartient au dynamisme économique de l'Asie serait la moindre des victimes. En deuxième lieu, l'entourage de Donald Trump doit l'aider à comprendre l'état d'esprit de son adversaire. Si Kim Jong-un, dictateur de troisième génération, apparaît comme un fanatique halluciné, tout indique qu'il aspire à mourir de sa belle mort, comme son père et son grand-père. Et comme eux, ce n'est pas pour hâter sa propre fin qu'il s'est doté d'une capacité nucléaire mais pour parer à toute agression américaine. Il a vu ce qui était arrivé à Saddam Hussein et à Muammar Kadhafi lorsqu'ils ont renoncé à leurs programmes nucléaires respectifs, et Donald Trump ne fera rien pour le rassurer s'il déchire l'accord nucléaire avec l'Iran. Mais Kim Jong-un sait pertinemment qu'en utilisant ses missiles il inviterait à son anéantissement. C'est en restant dans ses hangars que son arsenal est le plus puissant. Le despote est certes dangereux, mais il est loin d'être fou. Les Américains ne devraient donc pas réagir en brandissant la menace militaire mais en reprenant la bonne vieille politique d'endiguement de la guerre froide : renforcer ses systèmes de missiles antibalistiques, empêcher la prolifération nucléaire et mettre en place un système rigoureux de sanctions. A partir du moment où l'on admettra qu'un bras de fer risque de conduire à de désastreuses méprises sur les intentions de l'autre camp, le bon sens devra l'emporter et dicter, entre autres mesures, le rétablissement de relations diplomatiques et la mise en place d'un téléphone rouge entre Pyongyang et Washington. L'Amérique doit se préparer à attendre patiemment la chute de la Corée du Nord - attendre que cet Etat de pacotille s'effondre sous ses propres contradictions. Si la stratégie a marché avec l'Union soviétique, elle peut marcher avec la Corée du Nord. Mais en attendant, les enjeux sont trop élevés pour que quelque chose de plus audacieux ne soit pas tenté. Il s'agirait d'envisager un accord diplomatique impliquant la Chine et la Corée du Sud ainsi que la Corée du Nord et les Etats-Unis afin d'éviter que la région ne bascule dans la guerre. Un tel accord viserait à désamorcer les tensions en offrant de solides garanties sur la sécurité de la Corée du Nord, en échange de quoi Kim Jong-un renoncerait à ses missiles nucléaires intercontinentaux. Il devrait également chercher à mettre officiellement un terme à la guerre de Corée de 1950-1953, toujours en cours, en échange d'un traité de paix et d'une reprise totale des relations diplomatiques et économiques entre la Corée du Nord et ses voisins. Or, il se trouve que, avant d'être désavoué par son patron, le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson manifestait une volonté de s'écarter du bord de l'abîme en assurant au régime de Pyongyang que Washington n'avait aucune intention de le renverser, ni d'envoyer des troupes au nord du 38e parallèle qui marque la frontière entre les deux Corée. Et connaissant l'absence de doctrine cohérente de Trump, son caractère fantasque, et son goût prononcé pour les " deals ", il n'est pas totalement inconcevable que les Etats-Unis envisagent de négocier un compromis - même si cette perspective semble peu probable. En fait, les bons jours, les chances de parvenir à un tel compromis en 2018 apparaissent tout de même - très - légèrement supérieures à celles d'un hiver nucléaire.Par Dominic Ziegler.