Entre la Belgique et la Corée du Sud, c'est presque une histoire d'amour. Ou du moins une histoire de grande complicité, de confiance et de respect. Les Sud-Coréens n'ont jamais oublié - et rappellent volontiers - que plus de 3.000 Belges se sont battus à leurs côtés, il y a plus de 60 ans déjà, pour repousser au nord la menace communiste. De 1950 à 1953, la guerre de Corée a même coûté la vie à 101 soldats venus de Belgique et depuis, les deux pays entretiennent une relation très forte, tant sur le plan diplomatique qu'au niveau économique.
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Entre la Belgique et la Corée du Sud, c'est presque une histoire d'amour. Ou du moins une histoire de grande complicité, de confiance et de respect. Les Sud-Coréens n'ont jamais oublié - et rappellent volontiers - que plus de 3.000 Belges se sont battus à leurs côtés, il y a plus de 60 ans déjà, pour repousser au nord la menace communiste. De 1950 à 1953, la guerre de Corée a même coûté la vie à 101 soldats venus de Belgique et depuis, les deux pays entretiennent une relation très forte, tant sur le plan diplomatique qu'au niveau économique. La Belgique a d'ailleurs été l'une des premières nations à reconnaître la République de Corée - l'autre nom de la Corée du Sud - et deux monuments commémoratifs témoignent toujours de cet engagement belge aux côtés de leurs alliés asiatiques : l'un à Woluwe-Saint-Pierre, en Région bruxelloise, et l'autre à Dongducheon, dans les environs de Séoul. Si une convention d'armistice a été conclue entre les deux Corée en 1953, aucun accord de paix n'a en revanche été signé et la tension est toujours palpable dans la zone démilitarisée qui sépare les deux voisins. Le climat est d'autant plus tendu sur cette frontière sensible que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a multiplié, ces derniers mois, les provocations et les tirs de missiles en mer pour impressionner les alliés occidentaux. Moon Jae-in, le président sud-coréen fraîchement élu, veut toutefois jouer la carte de l'apaisement et c'est dans cet état d'esprit plutôt serein qu'il a accueilli, la semaine dernière, son tout premier hôte de prestige en la personne de la princesse Astrid accompagnée d'une imposante délégation : 254 Belges avaient en effet fait le déplacement à Séoul, dont 172 hommes d'affaires désireux de doper leur business en signant de nouveaux contrats sur place. Indice révélateur de l'importance donnée à cette mission économique en Corée du Sud : cinq personnalités politiques belges avaient rejoint la délégation officielle, à savoir le ministre fédéral des Affaires étrangères Didier Reynders, la secrétaire d'Etat bruxelloise au Commerce extérieur Cécile Jodogne, le ministre wallon de l'Economie Jean-Claude Marcourt, le ministre flamand de l'Economie Philippe Wuyters et le secrétaire d'Etat fédéral au Commerce extérieur Pieter De Crem. Avec 51 millions d'habitants et un taux de croissance stable de plus de 2,5 % par an, la Corée du Sud est aujourd'hui un modèle de réussite économique. De pays bénéficiaire de l'aide au développement il y a 50 ans à peine, le " dragon asiatique " est passé au statut de bailleur de fonds vers les nations les moins développées d'Afrique et même d'Asie. Aujourd'hui 13e puissance économique mondiale, la Corée du Sud incarne un profil dynamique qui suscite l'envie, mais qui offre aussi de nombreuses opportunités commerciales aux entreprises belges. Notre pays a d'ailleurs cru très tôt au miracle coréen caractérisé par une stratégie d'industrialisation rapide fondée sur l'exportation. Ainsi, dès 1975, le groupe Solvay s'est implanté en Corée pour y développer ses activités. L'entreprise belge - qui emploie aujourd'hui 27.000 personnes dans le monde pour un volume d'affaires de 11 milliards d'euros - a fait de l'Asie son premier marché (33 % de son chiffre actuel) et fut d'ailleurs l'une des toutes premières sociétés occidentales à collaborer avec le coréen Samsung pour la fabrication de ses écrans de télévision dès 1989. Sur la dernière décennie, Solvay a investi pas moins de 160 millions d'euros en Corée, en y installant notamment son nouveau research & innovation center en 2014 sur le campus universitaire d'Ewha à Séoul. Dans ce centre de recherche et de développement qui compte près de 170 employés, les ingénieurs travaillent principalement sur les pneus, les écrans et les batteries de demain, tant pour les voitures que pour les smartphones, avec une tendance évidente à la miniaturisation. " On ne peut pas approcher le marché électronique dominé par des géants tels que Samsung ou LG sans s'implanter en Corée, explique Jean-Christophe Galland, directeur de l'innovation du centre R&D coréen de Solvay. Il est d'une importance stratégique d'être physiquement présent pour instaurer un minimum de confiance et aller ensuite dans le concret. " En Asie, Solvay compte aussi parmi ses clients le géant Hyundai, un autre groupe coréen en qui les Belges ont cru dès les années 1970, alors que cette marque automobile venait juste de naître. " J'ai rencontré pour la première fois le patron fondateur de Huyndai en 1977, alors que le pays sortait de la pauvreté et qu'il était encore soumis au couvre-feu dès 22 heures, se souvient Dominique Moorkens, importateur exclusif de la marque pour la Belgique, le Luxembourg et la Suisse. A l'époque, ses bureaux étaient installés dans une vieille école et nous avons été le deuxième pays au monde, mais surtout le premier pays européen, à croire en ces voitures coréennes. Pendant 40 ans, j'ai assisté au développement de Huyndai et, aujourd'hui, je ne peux être qu'admiratif devant le travail réalisé. " De 60.000 voitures construites en 1978, Hyundai est en effet passé à une production de 2,5 millions de véhicules en 2000 et plus de 8 millions en 2016, ce qui en fait aujourd'hui le cinquième producteur mondial. Gigantesque, le groupe coréen est actif dans plusieurs secteurs (l'automobile, l'acier, la construction navale, le génie civil, les services, etc.) et emploie quelque 260.000 personnes sur les cinq continents. " Cela témoigne du miracle coréen, poursuit Dominique Moorkens. Entre 1960 et 2014, le PIB par habitant en Corée du Sud est passé de 250 dollars à 30.000 dollars, soit une multiplication par 120, alors que le Corée du Nord, qui était plus riche à l'époque, a stagné. Il s'agit pourtant d'un même peuple qui parle la même langue et qui vit sur la même péninsule. Cela démontre, pour le monde politique, toute l'importance de créer un terrain fertile qui pousse à l'entrepreneuriat. " C'est donc dans ce contexte de réussite spectaculaire que la mission économique princière s'est posée pour vendre le " made in Belgium ", avec six secteurs particulièrement mis à l'honneur la semaine dernière : l'industrie alimentaire (lire l'encadré " Séduction culinaire " plus bas), les technologies de l'information et de la communication, la mode et le luxe, le secteur logistique, les soins de santé et les biotechnologies. Et comme à chaque fois, la présence de la princesse Astrid a permis d'ouvrir les portes aux étages supérieurs. Pour les entrepreneurs, un tel événement représente en effet une belle opportunité. " C'est un véritable accélérateur de business, témoigne Denis Mispelaere, export manager de Dely Wafels, une PME mouscronnoise spécialisée dans la fabrication de gaufres surgelées. Alors qu'il m'avait fallu plusieurs semaines pour essayer de décrocher un rendez-vous avec le directeur commercial d'une société coréenne, ma simple participation à la mission princière m'a permis de rencontrer directement le CEO avec, aujourd'hui, une réelle perspective de contrat. " Précieuse, la qualité de contacts déclenchés en amont par les agences régionales au commerce extérieur garantit en effet un sérieux gain de temps aux hommes d'affaires belges qui se déplacent en mission économique à l'étranger. Et pour leurs homologues des pays visités, la venue d'une princesse est une tentation honorifique à laquelle ils aiment succomber, sans compter la visibilité médiatique qui rebondit inévitablement sur leur modeste personne... " Nous sommes effectivement un facilitateur de contacts, confirme Cécile Jodogne, la secrétaire d'Etat au Commerce extérieur pour la Région de Bruxelles-Capitale, et personnellement, j'ai été frappée par le nombre de Coréens présents à chaque événement organisé par la mission à Séoul, et surtout par la qualité des participants. Cela dit, les choses sont maintenant entre les mains de nos entreprises et c'est à elles de concrétiser leurs projets. Mais le bilan global de la mission princière en Corée du Sud est évidemment positif (lire l'encadré " Quinze contrats et une cité digitale " plus bas) et je suis fière d'avoir pu être - et de pouvoir être encore à l'avenir - un accélérateur de rencontres pour les sociétés bruxelloises que je représente. " Un sentiment également partagé par les autres ministres belges venus la semaine dernière à Séoul et aussi par la princesse Astrid qui a conclu la mission économique par ces mots qui rappellent, une fois de plus, la complicité qui lie la Belgique à la Corée du Sud : " Nous sommes deux pays entourés de grandes puissances et nous pouvons agir chacun en complémentarité à l'autre bout du monde. Il y a là un grand potentiel et des synergies évidentes tournées vers l'exportation ". L'histoire d'amour (ou presque) entre les deux pays est loin d'être terminée. D'autant plus que notre ministre des Affaires étrangères a obtenu, à Séoul, le soutien officiel de la Corée du Sud à la candidature de la Belgique pour une future place au Conseil de sécurité de l'Onu.