Johan Van Overtveldt est tout sauf un idiot. Alors, on se gratte la tête pour essayer de comprendre pourquoi ses deux premières années à la tête du ministère des Finances se résument à une accumulation d'approximations et de projets bancals ; pourquoi il gonfle systématiquement les prévisions de recettes fiscales et contraint le gouvernement fédéral à des ajustements budgétaires de plus en plus douloureux. L'interrogation est d'autant plus de mise que son parti - la N-VA - et lui n'ont jamais eu la moindre indulgence pour les écarts de prévision des précédents ministres des Finances. Didier Reynders en sait quelque chose et, connaissant son cynisme légendaire, la situation actuelle doit parfois l'amuser un brin...
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Johan Van Overtveldt est tout sauf un idiot. Alors, on se gratte la tête pour essayer de comprendre pourquoi ses deux premières années à la tête du ministère des Finances se résument à une accumulation d'approximations et de projets bancals ; pourquoi il gonfle systématiquement les prévisions de recettes fiscales et contraint le gouvernement fédéral à des ajustements budgétaires de plus en plus douloureux. L'interrogation est d'autant plus de mise que son parti - la N-VA - et lui n'ont jamais eu la moindre indulgence pour les écarts de prévision des précédents ministres des Finances. Didier Reynders en sait quelque chose et, connaissant son cynisme légendaire, la situation actuelle doit parfois l'amuser un brin... Une partie de l'explication découle directement et très rationnellement de la situation économique. La croissance n'atteint pas le niveau escompté et, dès lors, les recettes fiscales progressent un peu moins vite que prévu. L'opposition dira que l'impact du tax shift sur l'emploi et la croissance a été surestimé, le gouvernement rétorquera que les attentats ont durablement plombé l'économie belge, que les incertitudes autour du Brexit y ajoutent une couche ou que les réformes structurelles, en modifiant profondément notre économie, ont compliqué le travail de prévision des recettes. Même en les additionnant, ces explications n'élucident pas totalement le mystère des 4,2 milliards qui manquent soudainement au budget de la Belgique. Alors, on cherche la solution dans le terreau idéologique de Johan Van Overtveldt. Economiste très libéral, il aurait voulu démontrer par l'absurde que la taxation des grosses fortunes relève du pari impossible, tant cette base taxable est mobile et peut filer d'un continent à l'autre en quelques clics. D'où son entêtement à balayer les réserves de la Cour des comptes à propos du rendement de la taxe Caïman ou de la taxe sur la spéculation. Il prône de nouvelles réductions des dépenses publiques plutôt qu'une hausse des recettes fiscales. " Dans un pays où le prélèvement de l'Etat est supérieur à 50 %, il doit être encore possible de faire des économies socialement responsables ", a-t-il déclaré sur VTM. L'autre composante du terreau idéologique, c'est le nationalisme flamand. Johan Van Overtveldt utiliserait son poste pour appliquer la fameuse doctrine Maddens, du nom d'un économiste de la KUL, proche du mouvement flamand. On vous résume cette doctrine : comme les francophones ne veulent pas discuter d'indépendance flamande, de confédéralisme ni même d'une nouvelle réforme de l'Etat, asséchons financièrement l'Etat fédéral et plaçons les francophones en position de " demandeurs ". Cela pourrait donner ceci : " Ah, vous ne voulez pas d'économies dans la sécurité sociale ? Très bien. Scindons-la et que chacun gère la sienne comme il l'entend ." Les pièces du puzzle s'emboîtent. Mais reprenons depuis le début : Johan Van Overtveldt est tout sauf un idiot. Il voit bien que ces scénarios idéologiques ne disposent pas, au sein de la majorité fédérale, du soutien politique suffisant pour aboutir. Le MR et le CD&V commencent en effet à trouver que les dépenses sociales ont déjà été suffisamment rabotées, tandis que l'Open Vld et le CD&V n'ont pas l'intention d'offrir à la N-VA ce somptueux cadeau que serait le retour des dossiers institutionnels. Au contraire, les énergies se concentrent aujourd'hui sur la conclusion d'un pacte national - on dit bien " national ", l'adjectif est crucial - d'investissements, associant l'Etat fédéral et les Régions. Si ce pacte devait parvenir à relancer des investissements publics concertés et complémentaires à travers le pays, il nous ramènerait vers un monde qui n'est pas celui de la N-VA. Saper ce pacte et les moyens dont il a besoin, voilà la mission budgétaire de l'homme qui est tout sauf un idiot.