Donald Trump a annoncé jeudi soir l'imposition, à compter du 10 juin, "de tarifs douaniers de 5% sur tous les biens en provenance du Mexique" tant que les immigrés clandestins continuent d'affluer aux Etats-Unis en passant par la frontière avec le Mexique.

Actuellement, les biens échangés entre les deux pays ne sont pas frappés de droits de douane en vertu de l'accord de libre-échange nord-américain (Aléna), en vigueur depuis 1994.

Et ce dernier doit être remplacé par un accord modernisé, l'AEUMCA (accord Etats-Unis, Mexique, Canada), signé le 30 novembre et dont la procédure de ratification pour son application a été lancée cette semaine par les gouvernements des trois pays.

"Avec des importations de marchandises en provenance du Mexique ayant atteint 350 milliards de dollars l'an dernier et des exportations de biens vers le Mexique de 270 milliards de dollars, les échanges commerciaux entre les deux pays sont fortement intégrés", résume Gregory Daco, économiste chez Oxford economics.

En outre, comme de nombreuses marchandises - à l'instar des pièces détachées automobiles - traversent la frontière plusieurs fois avant que le produit fini ne sorte d'usine, les tarifs douaniers représentent un risque important pour l'activité commerciale de part et d'autre de la frontière.

Environ 40% des importations américaines en provenance du Mexique et 75% des exportations américaines vers le Mexique sont des produits intermédiaires, précise M. Daco.

Et dans le scénario du pire, c'est à dire avec un taux de 25% de droits de douane sur toutes les importations en provenance du Mexique, Oxford Economics a calculé que la croissance du Produit intérieur brut américain serait amputée par au moins 0,7 point de pourcentage l'année prochaine, tombant à +1% ou moins tandis que le Mexique entrerait en récession.

- Avocats, téquila, voitures -

Les consommateurs américains, friands de nombreux fruits (tomates, fruits rouges) et légumes frais de saison (avocats) en provenance du Mexique devraient être en première ligne si les tarifs douaniers américains entraient effectivement en vigueur.

Car le Mexique est la première source d'approvisionnement de produits agricoles importés aux Etats-Unis (2,7 millions de tonnes par an).

Et les importateurs vont devoir arbitrer la question d'imputer tout ou partie des droits de douane sur la nourriture car les marges de bénéfice dans le secteur sont faibles, explique Dave Salmonsen, spécialiste de la politique commerciale pour la principale fédération agricole, l'American Farm Bureau Federation.

Les bières et la téquila pourraient aussi voir leur prix grimper.

L'onde de choc dans ce secteur crucial pour l'économie des Etats-Unis, déjà durement affecté par la guerre commerciale avec la Chine, dépendra des éventuelles représailles mexicaines.

Si des mesures de rétorsion étaient prises, l'impact sera d'autant plus grand que "cette année, le Mexique devient le deuxième marché le plus important (après le Canada) pour les exportations" des secteurs alimentaire et agricole américains, souligne M. Salmonsen.

A la faveur du conflit entre Washington et Pékin, Mexico a en effet gagné une place dans le trio de tête des débouchés pour les biens agricoles américains.

L'autre industrie clé de l'économie, qui pourrait subir les effets dévastateurs des tarifs douaniers, le secteur automobile: les constructeurs ont des chaînes d'approvisionnement totalement intégrées sur tout le continent nord-américain.

Selon des données de JP Morgan, les importations d'automobiles et de pièces détachées venues du Mexique représentent 75 milliards de dollars annuels.

De possibles perturbations massives de la chaîne d'approvisionnement ne sont ainsi pas exclues.

- Confiance -

Surtout, l'imposition de tarifs douaniers va détériorer la confiance des entreprises et des consommateurs, amplifiant encore leur impact direct.

Fidèle à son argumentaire habituel, Donald Trump a suggéré vendredi aux entreprises de quitter le Mexique et de revenir aux Etats-Unis s'ils veulent éviter de payer des droits de douane.

Selon le président américain, les délocalisations vers le Mexique "ont supprimé 30%" de l'industrie automobile américaine.

Il a en outre rappelé le but de ces tarifs douaniers: arrêter les cartels de la drogue et les immigrés clandestins.

Son conseiller économique Peter Navarro a, lui, balayé d'un revers de la main les analyses des économistes sur les conséquences pour les consommateurs américains.

"Les gouvernements de Chine et du Mexique paieront pour" ces tarifs douaniers, a-t-il déclaré sur CNBC, affirmant que les producteurs étaient contraints d'abaisser leurs prix pour continuer à vendre leurs produits aux Etats-Unis.