L'institut de statistique Destatis a dévoilé mardi le niveau de l'indice des prix en juin, qui atteint 2,3% sur un an, après s'être établi à 2,5% en mai, au plus haut depuis septembre 2011.

Mais cette légère inflexion de l'inflation constitue "seulement un petit répit avant d'atteindre des pics", estime Jens-Oliver Niklasch, analyste pour la banque LBBW.

Selon la Banque centrale allemande, la hausse des prix pourrait atteindre près de 4% d'ici la fin de l'année.

Autant en Europe qu'aux États-Unis, ce phénomène est lié à des effets conjoncturels, notamment la reprise des économies après le choc du coronavirus, une montée des prix de l'énergie, ou encore les pénuries sur les chaînes d'approvisionnement, bouleversées par la crise sanitaire.

Mais il inquiète particulièrement en Allemagne, où une monnaie stable et forte est synonyme de bonne santé économique.

Les tabloïds du pays, tels que Bild, et les journaux économiques ont ainsi multiplié les Unes ces dernières semaines, s'inquiétant de l'impact de la hausse des prix sur les épargnants.

-"Bombe à retardement"-

Début juin, la Deutsche Bank, première banque du pays, a sonné le tocsin, dans un rapport à rebours des analyses des banques centrales qui qualifient le phénomène de transitoire.

Le retour de l'inflation est une "bombe à retardement", qui pourrait s'installer sur "le long terme", en raison de la "hausse des dettes souveraines", "même en Allemagne, qui bénéficie d'une politique fiscale crédible", a-t-elle affirmé.

Selon la Banque centrale allemande, la hausse des prix devrait se tasser d'ici 2022.

Mais "il est possible, sous certaines circonstances, que (l'inflation) se réveille et redevienne un problème", a concédé lundi son président, Jens Weidmann, devant un congrès à Francfort.

La réaction épidermique de l'Allemagne face à la montée des prix n'est pas une surprise : le souvenir de l'hyperinflation des années 20 est encore tenace.

Ruinée et endettée par la Première Guerre mondiale, la jeune République de Weimar avait dû faire tourner la planche à billets, enclenchant entre 1921 et 1924 un phénomène d'hyperinflation rarement égalé dans l'histoire.

"Après la guerre, cet évènement a été interprété comme un élément essentiel de l'arrivée au pouvoir du nazisme, même si ce n'est pas tout à fait la réalité historique", souligne Mark Spoerer, historien à l'Université de Ratisbonne, interrogé par l'AFP.

-Élections-

Ce sujet brûlant pourrait devenir un point incontournable du débat public, en vue des prochaines législatives, qui doivent désigner, le 26 septembre, un successeur à la chancelière Angela Merkel qui quitte le pouvoir après 16 ans de règne.

La campagne verra principalement s'affronter les conservateurs (CDU), menés par un proche de la chancelière, Armin Laschet, et les écologistes (Grünen) d'Annalena Baerbock.

Le danger inflationniste pourrait "bénéficier aux partis conservateurs, car les Verts auront du mal à expliquer que leur programme n'alimentera pas ce phénomène", estime Holger Schmieding, chef économiste pour la banque allemande Berenberg.

Les Verts veulent des adaptations aux règles de rigueur, afin d'investir contre le changement climatique et dans la modernisation de l'économie allemande.

Au contraire, la CDU reste attachée à un retour à la stricte rigueur budgétaire après la pandémie, permettant de juguler l'inflation.

"La paix sociale en Europe nécessite un retour à la discipline fiscale", a déjà affirmé le très respecté ancien ministre des Finances Wolfgang Schäuble, actuellement président du parlement, dans une tribune au Financial Times.

Du côté des sociaux-démocrates, l'actuel ministre des Finances, et tête de liste du SPD, Olaf Scholz a affirmé début juin qu'il "s'agissait d'un phénomène transitoire", pour calmer les inquiétudes.

Berlin a dépensé sans compter depuis le début de la crise sanitaire pour soutenir ses entreprises, mettant entre parenthèse ses règles constitutionnelles de rigueur budgétaire, qui empêche l'Etat de s'endetter à plus de 0,35% de son PIB.

En deux ans, le pays a contracté 370 milliards d'euros de nouvelles dettes, dont 240 en 2021, et l'endettement public est passé de 59,7% à 75,5% du PIB.

L'institut de statistique Destatis a dévoilé mardi le niveau de l'indice des prix en juin, qui atteint 2,3% sur un an, après s'être établi à 2,5% en mai, au plus haut depuis septembre 2011.Mais cette légère inflexion de l'inflation constitue "seulement un petit répit avant d'atteindre des pics", estime Jens-Oliver Niklasch, analyste pour la banque LBBW.Selon la Banque centrale allemande, la hausse des prix pourrait atteindre près de 4% d'ici la fin de l'année.Autant en Europe qu'aux États-Unis, ce phénomène est lié à des effets conjoncturels, notamment la reprise des économies après le choc du coronavirus, une montée des prix de l'énergie, ou encore les pénuries sur les chaînes d'approvisionnement, bouleversées par la crise sanitaire. Mais il inquiète particulièrement en Allemagne, où une monnaie stable et forte est synonyme de bonne santé économique.Les tabloïds du pays, tels que Bild, et les journaux économiques ont ainsi multiplié les Unes ces dernières semaines, s'inquiétant de l'impact de la hausse des prix sur les épargnants.-"Bombe à retardement"-Début juin, la Deutsche Bank, première banque du pays, a sonné le tocsin, dans un rapport à rebours des analyses des banques centrales qui qualifient le phénomène de transitoire.Le retour de l'inflation est une "bombe à retardement", qui pourrait s'installer sur "le long terme", en raison de la "hausse des dettes souveraines", "même en Allemagne, qui bénéficie d'une politique fiscale crédible", a-t-elle affirmé.Selon la Banque centrale allemande, la hausse des prix devrait se tasser d'ici 2022.Mais "il est possible, sous certaines circonstances, que (l'inflation) se réveille et redevienne un problème", a concédé lundi son président, Jens Weidmann, devant un congrès à Francfort.La réaction épidermique de l'Allemagne face à la montée des prix n'est pas une surprise : le souvenir de l'hyperinflation des années 20 est encore tenace.Ruinée et endettée par la Première Guerre mondiale, la jeune République de Weimar avait dû faire tourner la planche à billets, enclenchant entre 1921 et 1924 un phénomène d'hyperinflation rarement égalé dans l'histoire."Après la guerre, cet évènement a été interprété comme un élément essentiel de l'arrivée au pouvoir du nazisme, même si ce n'est pas tout à fait la réalité historique", souligne Mark Spoerer, historien à l'Université de Ratisbonne, interrogé par l'AFP.-Élections-Ce sujet brûlant pourrait devenir un point incontournable du débat public, en vue des prochaines législatives, qui doivent désigner, le 26 septembre, un successeur à la chancelière Angela Merkel qui quitte le pouvoir après 16 ans de règne.La campagne verra principalement s'affronter les conservateurs (CDU), menés par un proche de la chancelière, Armin Laschet, et les écologistes (Grünen) d'Annalena Baerbock.Le danger inflationniste pourrait "bénéficier aux partis conservateurs, car les Verts auront du mal à expliquer que leur programme n'alimentera pas ce phénomène", estime Holger Schmieding, chef économiste pour la banque allemande Berenberg.Les Verts veulent des adaptations aux règles de rigueur, afin d'investir contre le changement climatique et dans la modernisation de l'économie allemande.Au contraire, la CDU reste attachée à un retour à la stricte rigueur budgétaire après la pandémie, permettant de juguler l'inflation."La paix sociale en Europe nécessite un retour à la discipline fiscale", a déjà affirmé le très respecté ancien ministre des Finances Wolfgang Schäuble, actuellement président du parlement, dans une tribune au Financial Times.Du côté des sociaux-démocrates, l'actuel ministre des Finances, et tête de liste du SPD, Olaf Scholz a affirmé début juin qu'il "s'agissait d'un phénomène transitoire", pour calmer les inquiétudes.Berlin a dépensé sans compter depuis le début de la crise sanitaire pour soutenir ses entreprises, mettant entre parenthèse ses règles constitutionnelles de rigueur budgétaire, qui empêche l'Etat de s'endetter à plus de 0,35% de son PIB.En deux ans, le pays a contracté 370 milliards d'euros de nouvelles dettes, dont 240 en 2021, et l'endettement public est passé de 59,7% à 75,5% du PIB.