"Les années fastes sont révolues", avertissait récemment le patron de la Fédération allemande de l'industrie, Dieter Kempf, avant que le ministre des Finances, Olaf Scholz, n'évoque dans les mêmes termes la fin des recettes fiscales record.

A 10H00 locales (09H00 GMT), l'Office fédéral des statistiques Destatis présentera à la fois le PIB allemand de l'an dernier, le solde des comptes publics et une estimation de la conjoncture au quatrième trimestre, très attendue tant les signes de ralentissement s'accumulent.

Après l'euphorie de 2017, conclue par une croissance de 2,2% gonflant de 36,6 milliards d'euros les comptes publics, les prévisions 2018 ont plusieurs fois été revues en baisse: l'Allemagne devrait certes afficher une neuvième année consécutive de hausse du PIB, mais le gouvernement n'attend plus que +1,5%.

Plus que le chiffre annuel, c'est la tendance qui inquiète. La première économie européenne a vu son PIB reculer de 0,2% au troisième trimestre, et les espoirs de rebond au quatrième trimestre se sont heurtés pour octobre et novembre à des statistiques industrielles décevantes.

Trop de crises

"Il y a simplement trop de crises" pour que l'industrie allemande, d'ordinaire si résistante à l'export, "les déjoue toutes", résume Carsten Brzeski, économiste de la banque ING.

Principales explications du trou d'air du troisième trimestre, la désorganisation du secteur automobile liée aux nouvelles normes antipollution WLTP a continué de peser, de même que la forte sécheresse perturbant les livraisons fluviales. "Le problème va au-delà des voitures", estime désormais M. Brzeski, pour qui "une récession technique", c'est-à-dire deux trimestres consécutifs de recul du PIB, "ne peut plus être exclue". "Quelque chose couve", renchérit Andreas Rees, de la banque Unicredit. "Les possibles déclencheurs pourraient être le conflit commercial, l'incertitude sur le Brexit, le ralentissement en Chine et l'impact des turbulences de marché sur les indices de confiance".

Ce climat fébrile avive aussi les tensions au sein de la coalition gouvernementale, déjà fragilisée par le retrait du pouvoir amorcé par la chancelière conservatrice, Angela Merkel.

Si Olaf Scholz, pressenti comme prochain candidat social-démocrate à la chancellerie, prône une stricte rigueur budgétaire, le ministre de l'Économie, le conservateur Peter Altmaier, appelle à des baisses d'impôt et une véritable "politique industrielle".

Eldorado pour l'emploi

"Il est temps de soutenir la croissance", estimait vendredi M. Altmaier dans le Handelsblatt, réclamant un allègement "dans l'année" de la fiscalité des entreprises, tout en évoquant de possibles investissements publics allant des batteries pour automobiles à un "Airbus de l'intelligence artificielle".

Dosant appel aux réformes et optimisme, ce proche de Mme Merkel estime cependant que l'Allemagne "n'est pas à l'aube d'une récession", forte de sa "solide réputation mondiale" et de ses carnets de commandes pleins.

La plupart des économistes jugent, eux aussi, que le pays n'entame pas une crise durable mais mettent plutôt en avant la solidité de sa demande intérieure, soutenue par un chômage historiquement bas et la poussée des salaires ces dernières années. "Avec les réformes de 2004", sous l'égide du précédent chancelier, Gerhard Schröder, "l'Allemagne est devenue un endroit où investir et créer de l'emploi", observe Holger Schmieding, de la banque Berenberg.

Toujours en quête de travailleurs qualifiés, les entreprises "licencient peu, même quand la demande décroche temporairement", au point que "la méga-récession de 2008/2009 s'est à peine ressentie sur le marché du travail", ajoute l'économiste, voyant dans cette vigueur de l'emploi le principal contrepoids aux craintes du moment.