L'Union européenne a conclu un pacte avec le diable pour sous-traiter la surveillance de ses frontières extérieures à un prix exorbitant. Dans l'histoire politique de l'Europe d'après-guerre, je ne connais aucun précédent où le porte-drapeau mondial des droits sociaux a violé de manière aussi cynique ses propres principes. Toute once de respect international dont l'Europe bénéficiait encore en tant que phare de la démocratie, de la liberté et des droits humains, a disparu.
...

L'Union européenne a conclu un pacte avec le diable pour sous-traiter la surveillance de ses frontières extérieures à un prix exorbitant. Dans l'histoire politique de l'Europe d'après-guerre, je ne connais aucun précédent où le porte-drapeau mondial des droits sociaux a violé de manière aussi cynique ses propres principes. Toute once de respect international dont l'Europe bénéficiait encore en tant que phare de la démocratie, de la liberté et des droits humains, a disparu.Au-delà des stratégies économique, de paix et de pouvoir, l'idéalisme est le moteur de ce qui était autrefois appelé le 'projet européen'. L'unification européenne est une initiative morale, portée par des élites politiques européennes qui doivent progressivement emporter l'adhésion de leur population. Cette élite a maintenant vendu l'âme de l'Europe. Ceux qui n'étaient pas encore eurosceptiques ont maintenant le devoir de le devenir. Une Union sans légitimité ne mérite pas le soutien de sa population. C'est une UE-exit, de l'eau au moulin pour le Brexit.Depuis plus de cinquante ans, l'Europe ternit son identité dans un jeu de l'oie géopolitique avec la Turquie. En 1963 déjà, un traité d'association a été conclu, qui devait ancrer la Turquie dans le camp occidental de la Guerre Froide sur le plan économique. Sa position géographique et son appartenance à l'OTAN faisaient de la Turquie un allié nécessaire. Un allié qui désirait volontiers se compter dans l'Europe - ce à quoi l'Europe, sous pression américaine, ne pouvait pas dire non -, mais qui n'est pas européen.L'adhésion turque à l'Union européenne s'est mise entre-temps sur pilote automatique: dès que le pays satisfera aux conditions formelles de démocratie, d'État de droit, de droits humains et d'économie de marché, il a théoriquement le droit de devenir membre. Il n'a encore jamais satisfait à ces conditions. Mais il serait toutefois graduellement en cours de réforme, à la poursuite de la carotte de l'adhésion promise. Aujourd'hui, nous observons l'inverse. Ce n'est pas l'UE qui rend la Turquie occidentale, mais la Turquie qui rend l'UE autoritaire. Pour les Turcs, nous avons laissé dériver l'État de droit européen - de Schengen jusqu'aux droits humains - et nous en payons encore le prix !Des générations de leaders européens craintifs ont, dans leurs actes avec la Turquie, dissout la colonne vertébrale des valeurs européennes dans un bain de politiquement correct. Mais vis-à-vis de la honte actuelle, Angela Merkel porte une écrasante responsabilité. Avec un Brexit de fait - la Grande-Bretagne n'est ni membre de la zone euro, ni membre de l'espace Schengen -, une France affaiblie, une Europe du Sud qui convulse et une Europe de l'Est récalcitrante, l'Allemagne est, depuis des années déjà, le leader politique de l'Union européenne. Et son palmarès est dramatique.D'un point de vue économique, des économies et des réformes sont nécessaires pour sortir du marasme de l'euro. Mais ce n'est pas suffisant. Sans effacements de dette substantiels et sans investissements conséquents, le malaise de l'euro deviendra une maladie chronique: incurable, mais non mortelle, sauf pour la cohésion politique de l'UE.Dans la crise des réfugiés, Merkel a opté pour la fuite en avant. Elle s'est elle-même fortement surestimée et a fortement sous-estimé les autres. L'Allemagne ne peut pas faire face au flux des réfugiés et elle ne parvient pas à mobiliser les autres états membres. Soit l'Allemagne s'est magnifiquement trompée dans ses calculs, soit elle a magnifiquement mal géré la situation. Les deux sont inexcusables à ce niveau.Dans la crise avec la Crimée et l'Ukraine, Merkel est la 'Russland Versteher' (celle qui comprend la Russie, NDLR). Sa compréhension européenne orientale pour la vision déformée du monde selon Poutine a jeté et jette encore les valeurs européennes occidentales par-dessus bord. Confrontée à une crise des réfugiés qui déraille, c'est à nouveau Merkel qui présente au reste de l'Europe la capitulation à la Turquie comme un fait accompli. L'Allemagne, la locomotive économique, fait dérailler la politique et la géopolitique de l'Union européenne.L'Europe ne peut donc toujours pas se passer des Américains. Pendant la guerre civile dans les Balkans, nous avions eu Bill Clinton qui était intervenu pour sauver l'Europe. Barack Obama a fait des discours à propos de la Syrie, mais n'a pas agi. Sa 'ligne rouge' rhétorique au sujet des armes chimiques a été impunément dépassée par Assad. C'était le début de l'escalade et de l'intervention russe, qui ont transformé le flux des réfugiés en un réel exode. Peut-être attendons-nous un nouveau Clinton à la Maison Blanche, mais le déshonneur pour l'Europe est total. Quiconque viole ses propres normes et ses propres valeurs ira en enfer.