Août est le mois de Kris Peeters (CD&V). Le vice-Premier a compris en premier que les messages politiques, en cette ère digitale, résonnent tout aussi bien pendant les mois de vacances. Plus encore, grâce aux vacances de pas mal de ses collègues, le champ est grand ouvert. Peeters devient de la sorte l'empereur... auguste du pays qui, avec quelques déclarations ciblées, définit l'agenda politique ou torpille des accords antérieurs pour lancer de nouvelles propositions. Le gouvernement Michel a déplacé les débats budgétaires à après les vacances parlementaires, précisément pour éviter le pouce levé ou baissé de l'empereur.
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Août est le mois de Kris Peeters (CD&V). Le vice-Premier a compris en premier que les messages politiques, en cette ère digitale, résonnent tout aussi bien pendant les mois de vacances. Plus encore, grâce aux vacances de pas mal de ses collègues, le champ est grand ouvert. Peeters devient de la sorte l'empereur... auguste du pays qui, avec quelques déclarations ciblées, définit l'agenda politique ou torpille des accords antérieurs pour lancer de nouvelles propositions. Le gouvernement Michel a déplacé les débats budgétaires à après les vacances parlementaires, précisément pour éviter le pouce levé ou baissé de l'empereur.L'empereur a à nouveau parlé mardi. Peeters ne détermine cependant pas l'agenda, cette fois, mais il s'oriente dans le sens du vent. Pour Kris Peeters aussi, le budget ne doit plus être en équilibre. "En tant que ministre du Travail et de l'Économie, je suis soucieux du fait que des assainissements pèseront sur la croissance et la création d'emplois", a-t-il fait savoir dans De Standaard. Officiellement, le gouvernement Michel poursuit encore un équilibre budgétaire pour 2018, mais les partenaires de coalition N-VA, MR et Open VLD ont déjà fait comprendre que cet équilibre n'était pas gravé dans de la pierre, à condition qu'il y ait suffisamment de réformes. Le gouvernement met ainsi le pied dans la porte budgétaire ouverte par la Commission européenne. L'Espagne et le Portugal restent en défaut dans la réduction de leur déficit budgétaire, mais ces pays échappent à une amende européenne parce qu'ils peuvent présenter suffisamment de réformes propices à la croissance. La Belgique n'est pas le premier - et certainement pas le dernier - pays à suivre cette voie.Ce changement de cap mérite des applaudissements. À long terme, les réformes propices à la croissance, comme les investissements dans l'infrastructure publique, une diminution de l'impôt des sociétés et l'élévation de l'âge de la retraite, se rembourseront. Reporter ou éliminer de tels investissements, parce qu'ils ajourneraient l'équilibre budgétaire de quelques années, ne bénéficierait à personne. La qualité des chiffres est beaucoup plus importante que les chiffres eux-mêmes. Mieux vaut un déficit de 3% par un gouvernement qui réforme et économise, qu'un équilibre budgétaire avec une part des services publics dans l'économie et une pression fiscale de 60% du produit intérieur brut chacune, et sans vraies réformes. Dans le premier cas, la croissance économique rectifiera le budget, dans le deuxième cas, la politique fiscale ruinera l'économie.Derrière le report de l'équilibre budgétaire, il y a bien sûr aussi une dose de realpotilik pure. L'équipe Michel réalise qu'elle dispose de trop peu de capital politique pour prendre les difficiles mesures qui sont nécessaires pour délivrer un budget en équilibre en 2018. Ce n'est donc pas uniquement parce qu'il ne veut pas, mais probablement aussi parce qu'il ne peut pas.La question qui surgit alors est de savoir si ce gouvernement est à même de poursuivre les réformes nécessaires ? Des réformes qui, en cas de proportion des dépenses publiques dans l'économie d'un large 50%, se rapprochent par définition étroitement de mesures d'économie qui font diminuer le déficit.Les prochains mois révéleront si le gouvernement abusera du nouveau vent fiscal favorable pour lever le pied ou s'il poursuivra sa politique de réformes. En tous les cas, Michel et les siens ont encore tout juste suffisamment de temps pour récolter eux-mêmes les fruits de leur labeur d'ici 2019. Ce sera ensuite au tour de l'électeur de lever ou baisser le pouce.