Samsung et consorts en état d'alerte

Les conglomérats sud-coréens de l'électronique comme Samsung, LG ou encore SK Hynics sont en quête de nouvelles sources d'approvisionnement ailleurs en Asie, en Amérique du Nord et en Europe, pour réduire leur dépendance envers des composants électroniques japonais.

Début août le gouvernement sud-coréen leur a promis un vaste plan d'aide - une trentaine de milliards de dollars au total - pour viser à terme l'autosuffisance sur 100 composants jugés cruciaux pour l'industrie nationale.

Mais, en attendant, "tout l'écosystème" industriel sud-coréen est fragilisé, et notamment les petites et moyennes entreprises, s'est récemment inquiété Kwon Tae-shin, responsable du Korea Economic Research Institute.

"Six PME sur dix ne pourront pas résister aux mesures (japonaises, NDLR) au-delà de six mois", a-t-il affirmé sur un ton alarmiste.

L'économie sud-coréenne, très orientée vers l'export, souffre déjà de la guerre commerciale sino-américaine et du ralentissement de l'économie mondiale.

Côté japonais en revanche, l'impact de ces mesures est complètement minimisé: selon Tokyo, celles-ci consistent simplement à traiter la Corée du Sud comme d'autres pays asiatiques, vers lesquels les exportations japonaises d'un large éventail de produits dits sensibles - susceptibles d'être détournés à des fins militaires - sont davantage contrôlées.

Le tourisme, victime collatérale

Les industriels nippons ne devraient pas subir de "dommages sérieux" des restrictions commerciales similaires de Séoul à l'égard du Japon prévues en septembre, juge l'analyste Yasuo Imanaka de Rakuten Securities, interrogé par l'AFP.

Car le Japon est nettement moins dépendant des produits sud-coréens que ne l'est la Corée du Sud de son voisin.

"C'est un problème essentiellement politique", confie à l'AFP un haut responsable d'une grande entreprise japonaise, comme pour justifier le silence des milieux d'affaires nippons sur le sujet. L'impact économique pour les deux pays serait "largement exagéré", selon lui.

Il n'empêche que d'autres pans de l'économie japonaise sont déjà des victimes collatérales de la crise, notamment le secteur du tourisme, confronté à une chute de sa clientèle sud-coréenne.

Or celle-ci formait l'an dernier le deuxième plus gros contingent de visiteurs étrangers au Japon (7,5 millions de personnes, soit 24,2% du total), juste derrière les Chinois, selon l'Office national japonais du tourisme (JNTO).

Le nombre de visiteurs sud-coréens au Japon a chuté de 7,6% en juillet sur un an, selon des données de JNTO publiées la semaine dernière. Cette tendance risque de s'accentuer, vu l'effondrement des réservations pour août et septembre constaté chez le voyagiste japonais JTB.

A court terme, le secteur nippon du tourisme pourrait toutefois compenser avec la Coupe du monde de rugby qui se tient dans tout le pays cet automne, et durant laquelle 400.000 supporters étrangers sont attendus.

Il peut aussi compter sur la croissance toujours solide pour le moment du nombre de touristes chinois dans le pays (+19,5% en juillet) et la perspective des Jeux olympiques de Tokyo l'an prochain.

Bières japonaises et Uniqlo toujours boycottés

Le boycott de produits japonais de grande consommation perdure également en Corée du Sud, affectant diversement leurs fabricants selon l'importance de ce pays dans leurs activités mondiales.

Les grands brasseurs nippons (Kirin, Asahi, Sapporo, Suntory...) y sont particulièrement sensibles alors que la Corée du Sud pesait l'an dernier 61% de leurs exportations mondiales.

Les importations de bière japonaise ont fondu de 45% dans le pays en juillet par rapport à juin, selon les douanes sud-coréennes.

Le géant japonais du prêt-à-porter Fast Retailing reconnaît aussi subir un "impact" du boycott, alors que la Corée du Sud est l'un des principaux marchés de sa marque phare, Uniqlo, qui y compte près de 190 magasins.

Sur le dernier exercice annuel, Uniqlo avait réalisé 140 milliards de yens (près de 1,2 milliard d'euros) de ventes en Corée du Sud, soit 6,6% du chiffre d'affaires total du groupe.

Mais le boycott fait aussi mal à l'économie sud-coréenne, contraignant par exemple les compagnies aériennes du pays à réduire leurs vols vers le Japon, faute de passagers, tandis qu'Uniqlo en Corée du Sud est géré par une coentreprise détenue à 49% par Lotte, un groupe sud-coréen.