Guerre commerciale: pour Washington, le niveau du yuan chinois doit faire partie du débat

12/10/18 à 16:44 - Mise à jour à 16:44

Source: Afp

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a réitéré vendredi l'inquiétude américaine sur la faiblesse de la monnaie chinoise, une préoccupation qui doit faire partie, selon lui, de tout futur accord commercial.

Guerre commerciale: pour Washington, le niveau du yuan chinois doit faire partie du débat

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Steven Mnuchin, qui s'exprimait sur la chaîne CNBC depuis Bali en Indonésie où il assiste aux réunions d'automne du FMI s'est dit "préoccupé par la faiblesse de la monnaie" chinoise mais assuré qu'il avait eu des discussions "constructives" sur ce point avec le gouverneur de la banque centrale de Chine.

Le ministre des finances de Donald Trump s'est toutefois gardé de préciser si la Chine allait être accusée de manipuler sa monnaie dans un rapport bi-annuel de l'administration américaine qui doit être rendu public la semaine prochaine.

Depuis des années, la Chine est sur la liste des pays surveillés quant à l'évolution de sa monnaie mais, depuis 1994, elle n'a pas été formellement désignée par le Congrès comme manipulant sa devise, ce qui conduirait à des sanctions.

Selon Bloomberg News, le prochain rapport sur les monnaies ne devrait pas non plus formellement accuser Pékin de dévaluer sciemment le yuan ou renminbi. Mais M. Mnuchin s'est refusé à confirmer ces conclusions.

Le renminbi s'est affaibli de quelque 9% par rapport au dollar au cours des six derniers mois. Certains observateurs voient dans cette dévaluation un moyen délibéré pour Pékin de donner un coup de fouet à ses exportations, en rendant ses produits plus compétitifs, le tout dans un contexte de guerre commerciale avec les Etats-Unis.

Conversation constructive

Après un entretien à Bali qualifié de "constructif" avec le gouverneur de la Banque populaire de Chine, Yi Gang, M. Mnuchin a assuré que les responsables chinois avaient "clairement indiqué que ce n'était pas dans leur intérêt de voir la dépréciation se poursuivre".

"Nous devons être sûrs que les discussions sur les monnaies font partie du débat que l'on a sur le commerce", a-t-il ajouté.

Il a également discuté du conflit commercial en cours avec M. Yi et confirmé les discussions autour d'une éventuelle réunion entre le président Donald Trump et le président chinois Xi Jinping lors du sommet du Groupe des 20 à Buenos Aires en novembre.

Mais cela ne se produira que si les conversations commerciales progressent suffisamment. "Il n'y a pas de date limite", a-t-il indiqué rappelant que Washington, qui vient de conclure un nouveau traité de l'Alena avec le Mexique et le Canada, était aussi en discussions commerciales "avec d'autres partenaires".

Il a ainsi laissé entendre qu'un accord avec les Européens pourrait intervenir avant un compromis avec la Chine. "Si les Européens sont prêts à des changements, on pourrait avoir un accord demain", a-t-il lancé.

Avec Pékin, "nous avons très clairement indiqué que nous avons besoin de changements structurels, d'une relation commerciale réciproque et que nous devrions pouvoir augmenter nos exportations de centaines de milliards de dollars", a encore affirmé M. Mnuchin.

L'administration Trump a imposé des tarifs douaniers punitifs sur près de la moitié des produits importés de Chine pour sanctionner les pratiques commerciales de Pékin jugées "déloyales" et dénoncées régulièrement par le président. Les Chinois ont riposté avec leurs propres taxes.

M. Mnuchin a assuré par ailleurs que cette escalade des tarifs douaniers n'était qu'un "outil" et n'allait "pas du tout affaiblir la croissance économique" américaine.

Interrogé sur ce que les acteurs financiers appellent l'option "nucléaire" chinoise qui serait pour Pékin -- premier détenteur d'obligations américaines--, de céder massivement des bons du Trésor pour faire pression sur Washington, M. Mnuchin s'est voulu rassurant.

"Je ne veux pas commenter sur ce qu'ils pourraient faire, mais il y a beaucoup de demande pour les bons du Trésor et s'ils décident de ne plus les détenir, il y a d'autres acheteurs", a-t-il affirmé. Il a néanmoins ajouté qu'il "serait très coûteux" pour la Chine de se défaire de ses actifs américains.

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