La direction de la SNCB a décidé, avec la bénédiction de sa ministre de tutelle Jacqueline Galant (MR), de sabrer dans les coûts de l'entreprise. Elle veut améliorer "la productivité" des cheminots, en rabotant les jours de congé extra-légaux, en chipotant aux jours de maladie et aux compensations pour le travail du week-end, etc. Les syndicats ne pouvaient évidemment pas laisser passer une telle attaque frontale envers les "acquis sociaux". Mais en décrétant cinq journées de grève pour cette rentrée de janvier, ils se sont lancés dans une riposte si excessive qu'elle risque de leur revenir en pleine figure comme un boomerang. Leur combat ferroviaire se place en effet dans un cadre politique pour le moins particulier, dont les cheminots n'ont pas tenu compte lors de l'élaboration de leur plan d'action.
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La direction de la SNCB a décidé, avec la bénédiction de sa ministre de tutelle Jacqueline Galant (MR), de sabrer dans les coûts de l'entreprise. Elle veut améliorer "la productivité" des cheminots, en rabotant les jours de congé extra-légaux, en chipotant aux jours de maladie et aux compensations pour le travail du week-end, etc. Les syndicats ne pouvaient évidemment pas laisser passer une telle attaque frontale envers les "acquis sociaux". Mais en décrétant cinq journées de grève pour cette rentrée de janvier, ils se sont lancés dans une riposte si excessive qu'elle risque de leur revenir en pleine figure comme un boomerang. Leur combat ferroviaire se place en effet dans un cadre politique pour le moins particulier, dont les cheminots n'ont pas tenu compte lors de l'élaboration de leur plan d'action. Ce cadre politique, c'est d'abord une coalition fédérale prête à en découdre avec les syndicats, à revoir leurs sources de financement, à imaginer une obligation de service minimum, à revoir la composition des commissions paritaires, à reconsidérer les modalités du droit de grève. Au sein de la majorité, seul le CD&V doit un peu se contorsionner (mais la contorsion est un principe de vie chez lui) pour accepter une telle ligne politique. Alors quand on lui annonce de but en blanc cinq journées de grève, le gouvernement de Charles Michel ne recule pas, il dit simplement : "Chiche ! Faites vos cinq journées de grève et on verra ensuite dans quel camp se situe l'opinion publique." Les propositions de loi sont prêtes, certaines ont même déjà été déposées au Parlement. La majorité peut profiter de l'occasion pour gentiment accélérer le tempo... Conscients de ce risque, les cheminots font un peu de rétropédalage en reportant les grèves de la fin du mois de janvier, afin de ne pas pénaliser les étudiants en examen. Insuffisant pour gommer l'impact de leur roulement de mécanique initial, estime-t-on rue de la Loi. Le gouvernement restera donc inflexible et refusera de consentir au moindre geste avant la levée du préavis de grève.C'est ici qu'intervient l'autre élément particulier du cadre politique dans lequel se déroule ce conflit social : le net déséquilibre communautaire au sein de la majorité fédérale, déséquilibre renforcé par le fait que le principal parti de la coalition soit un parti séparatiste. Les trois quarts des élus francophones siégeant dans l'opposition, l'action gouvernementale est logiquement bien plus critiquée au sud du pays. Cela rendait d'autant plus compliquée une marche arrière syndicale à Bruxelles et en Wallonie. Mais en Flandre -- où c'est au contraire la majorité qui représente les trois quarts des élus -- une porte pouvait s'entrouvrir. Le CD&V a tenté et réussi le coup par l'entremise du vice-Premier ministre Kris Peeters : les syndicats officiels ont levé le mot d'ordre de grève sur le rail en Flandre. Etonnant toutefois de voir qu'un ministre fédéral ne cherche la négociation qu'avec les représentants syndicaux d'une seule communauté... Mais bon, le résultat est là. Une telle situation est pain bénit pour la N-VA, une illustration grandeur nature de sa théorie des deux démocraties, un argument de choc pour de futures demandes de scission, par exemple de la SNCB. Est-ce aussi pain bénit pour le MR ? Non. Depuis la disparition des partis nationaux (un cas unique au monde dans le fédéralisme politique), si la Belgique socio-politique tient encore debout, vaille que vaille, c'est grâce aux piliers unitaires que sont restés les syndicats et les mutuelles. Certes, ces institutions sont traversées de courants divers, y compris communautaires. Mais, jusqu'à présent, elles recherchent en priorité la synthèse interne. Si la fracture communautaire des syndicats de cheminots devait persister et s'étendre, c'est l'un des derniers piliers de la Belgique qui s'effriterait. La mission d'un Premier ministre est d'éviter une telle évolution, quitte à devoir pour cela en découdre avec le principal parti de sa coalition.