L'abaissement de l'âge légal de la pension à soixante ans, l'augmentation de tous les salaires, une hausse du salaire minimum de 200 euros par mois, des allocations plus élevées, des droits de douane sur les importations, l'attribution de missions de l'État uniquement à des entreprises nationales, une sortie de la zone euro... S'agit-il du programme économique du parti de gauche radicale Podemos en Espagne ou du grec Syriza ? Erreur. Il s'agit là d'un certain nombre des points du programme du Front National, devenu le plus important parti de France ce dimanche lors des élections régionales, avec un score de 30%.
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L'abaissement de l'âge légal de la pension à soixante ans, l'augmentation de tous les salaires, une hausse du salaire minimum de 200 euros par mois, des allocations plus élevées, des droits de douane sur les importations, l'attribution de missions de l'État uniquement à des entreprises nationales, une sortie de la zone euro... S'agit-il du programme économique du parti de gauche radicale Podemos en Espagne ou du grec Syriza ? Erreur. Il s'agit là d'un certain nombre des points du programme du Front National, devenu le plus important parti de France ce dimanche lors des élections régionales, avec un score de 30%.Cinq jours avant le scrutin, Pierre Gattaz, président du Medef, l'organisation patronale française, a mis en garde contre le parti de Marine Le Pen: "Là, je dis attention ! Car le programme économique me rappelle étrangement le programme commun de la gauche de 1981." Le socialiste François Mitterrand avait alors été élu à la présidence et il avait réalisé son programme de gauche dans son intégralité. S'en était suivi une chute de l'économie française et une triple dévaluation du franc en deux ans. Gattaz: "Ne recommençons pas. Extrême droite, extrême gauche, c'est la même chose. Mélenchon-Le Pen, même combat."Le vice-président du Front national, Florian Philippot, qui a obtenu un résultat inespéré de 35% ce dimanche dans 'le Grand Est' (la région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne) a vivement commenté les propos du patron des employeurs: "M. Gattaz aimerait pouvoir délocaliser à tour de bras, il aimerait pouvoir utiliser la directive détachement des travailleurs comme il l'entend, il aimerait que des milliers de migrants arrivent pour pouvoir les utiliser et mener une politique antisociale", a-t-il expliqué. Et d'ajouter: "c'est ça le rêve de cet hyper-capitalisme, cet hyper-libéralisme qu'incarne M. Gattaz".Philippot est le stratège du parti et la personne de confiance de la présidente du FN Marine Le Pen. Il s'est affilié au parti en septembre 2011. Un geste plutôt inattendu. Même ses parents l'ont appris par le biais des médias. Florian Philippot, âgé de 34 ans, est un frontiste atypique. Il a grandi dans une famille d'enseignants dans une banlieue favorisée de Lille et est un produit de l'élite française, diplômé de l'ENA, HEC et Sciences Po. C'est pourquoi il est souvent décrit comme arrogant et hautain par les anciens militants du parti. Philippot a fait savoir à plusieurs reprises qu'il n'aurait jamais voté pour le fondateur du parti Jean-Marie Le Pen. C'était sous la pression de Philippot que Le Pen Senior a été mis sur le côté plus tôt dans l'année.La fille Marine, aux commandes depuis 2011, désire réformer le parti en un large parti populaire, sans étiquette extrême droite. Et là, Philippot peut s'y retrouver.Avec Philippot à la tête de la stratégie, le Front National a élargi ses thèmes politiques. Cela ne tourne plus uniquement autour des migrants et de l'insécurité. Le haut taux de chômage est de plus en plus un des thèmes de prédilection du FN. Sous la présidence de François Hollande, 700.000 personnes sont venues grossir les rangs du chômage pour atteindre 3,5 millions de Français, soit plus de 10% de la population active. Un record. Dans les régions pauvres du nord, le taux de chômage atteint plus de 20%. Selon le FN, ce chômage élevé n'est pas la conséquence de la semaine des 35 heures, du marché du travail trop peu flexible ou des coûts salariaux élevés, mais bien du trop grand libéralisme économique.C'est pourquoi Philippot et le FN sont favorables à plus d'intervention de l'État et de protectionnisme. Marine Le Pen: "La définition de la globalisation ? Vous faites fabriquer des produits par des esclaves et vous les vendez aux chômeurs en France."Florian Philippot est décrit comme un 'nationaliste républicain'. Il a tiré une bonne partie de son inspiration politique de l'eurosceptique Jean-Pierre Chevènement. Philippot s'est passionné pour la gauche nationaliste et l'ancien ministre socialiste des Affaires Intérieures. Charles de Gaulle est son exemple politique. Sous l'ancien président français, l'euro n'aurait jamais vu le jour, et la France aurait encore moins cédé sa souveraineté à l'Union européenne, selon le numéro deux du Front National.Philippot entretient une haine féroce envers l'UE. "L'Union est semblable aux étoiles du firmament: elles donnent encore de la lumière, mais elles sont en réalité déjà mortes", dit-il. "Il y a un fossé énorme entre une élite qui porte l'UE aux nues et le peuple ordinaire qui grince des dents." Et bien sûr, Philippot déteste l'euro, qu'il compare parfois au Deutsche Mark.On sait très peu de choses de la vie privée de Philippot, si ce n'est qu'il est homosexuel. Il est aussi connu pour ne jamais montrer la moindre émotion. "L'homme est une énigme", disait de lui l'hebdomadaire Der Spiegel. "Il pèse le pour et le contre à chacun de ses mots. Il est introverti. Il est indubitablement compétent dans sa fonction. Mais vous ne savez en fait pas ce qu'il défend."Philippot ne démentirait pas cette description de sa personne: "Un politicien ne doit pas avoir de principes, mais la bonne tactique et les bons mots au bon moment."