L'argent n'a pas d'odeur, expliquait doctement l'empereur Vespasien après avoir taxé l'urine de ses concitoyens. Ces rejets constituaient, il est vrai, à l'époque une matière première précieuse pour dégraisser la laine et préparer les tissus avant coloration. Deux millénaires plus tard, les autorités anversoises semblent tenir le même raisonnement e...

L'argent n'a pas d'odeur, expliquait doctement l'empereur Vespasien après avoir taxé l'urine de ses concitoyens. Ces rejets constituaient, il est vrai, à l'époque une matière première précieuse pour dégraisser la laine et préparer les tissus avant coloration. Deux millénaires plus tard, les autorités anversoises semblent tenir le même raisonnement en permettant aux bateaux de croisière de venir s'amarrer au pied de la cathédrale alors que depuis 2017 déjà, les voitures diesel jugées trop anciennes n'ont plus le droit de pénétrer dans la ville. C'est d'autant plus absurde que, selon de récentes études, un paquebot de croisière peut émettre en une journée autant de particules fines qu'un million de voitures en raison de la piètre qualité du carburant utilisé. Et pour ne rien arranger, une fois à quai, les moteurs continuent de tourner afin d'assurer les services de base. " Nous n'allons quand même pas dérouler un tapis rouge devant ces pollueurs. La qualité de l'air anversois est déjà une des plus mauvaises d'Europe. Et tout cela, pour quelques bières ou boîtes de pralines ! Ces villes flottantes vivent en effet en circuit fermé. Les vacanciers mangent et dorment à bord ", s'insurge l'artiste anversois Kees Meerman, qui vient de lancer une pétition pour exiger des autorités de la ville l'abandon de tout projet en la matière. Espérant de confortables retombées économiques, ces dernières pensent toutefois avoir trouvé la parade. L'université d'Anvers travaille en effet au développement de filtres qui, emballant en quelque sorte le navire, devraient contenir toute pollution. " Il faudra au moins une grue pour les installer. Et elle se trouvera devant le Steen ! Autant en distribuer directement à chaque passant ", raille l'artiste.