L'Italie est rarement prévisible. Mais on peut au moins avancer avec certitude que 500 ans se seront écoulés le 2 mai 2019, depuis la mort de son homme d'esprit universel le plus célèbre, Léonard de Vinci. De nombreuses expositions marqueront l'événement, dont une au Louvre, qui espère accrocher à ses cimaises un grand nombre de toiles du maître.
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L'Italie est rarement prévisible. Mais on peut au moins avancer avec certitude que 500 ans se seront écoulés le 2 mai 2019, depuis la mort de son homme d'esprit universel le plus célèbre, Léonard de Vinci. De nombreuses expositions marqueront l'événement, dont une au Louvre, qui espère accrocher à ses cimaises un grand nombre de toiles du maître. Depuis un certain temps déjà, les splendeurs du passé de l'Italie tranchent cruellement avec un présent marqué par une faible croissance économique et une vie politique souvent grotesque. Les Italiens entameront l'année plus pauvres, en valeur réelle, qu'ils ne l'étaient en 2000. La plupart des prévisionnistes s'accordent à penser qu'en 2019 la croissance de la production dépassera péniblement 1%. Ce que conteste le gouvernement. Le ministre de l'Economie et des Finances, Giovanni Tria, assure que la hausse du PIB pourrait atteindre 1,6%, ce qui permettrait de maintenir sous contrôle la dette publique du pays. Est-ce bien réaliste ? Le budget expansionniste de Giovanni Tria, qui prévoit pour 2019 un déficit de 2,4% du PIB, a suscité de vives inquiétudes à Bruxelles et sur les marchés financiers. En soi, cet objectif pourrait paraître raisonnable, mais l'Italie est un cas particulier du fait de sa dette publique abyssale, qui frôle déjà un taux record de 132% du PIB. Le précédent gouvernement, dominé par le centre gauche, avait annoncé qu'il ramènerait le déficit à 0,8% du PIB. Même après la formation, en juin dernier, d'un gouvernement de coalition associant les anti-système du Mouvement 5 étoiles (M5S) et la droite dure de la Ligue, on attendait un objectif inférieur à 2%. La façon dont l'économie réagira à ce nouveau coup de fouet budgétaire sera déterminante pour l'avenir des deux partis. Lorsqu'il leur a fallu choisir entre fâcher Bruxelles ou honorer leurs promesses électorales, le chef du M5S, Luigi Di Maio, et le dirigeant de la Ligue, Matteo Salvini, ont préféré tenir leurs engagements vis-à-vis de leurs électeurs. Le M5S avait promis d'instaurer un " revenu de citoyenneté " pour les plus démunis et les sans-emploi ; de son côté, la Ligue avait axé sa campagne sur une réduction des impôts. Les deux partis ont en outre avalisé un plan très onéreux de remise à plat de la réforme des retraites (décidée en 2011). Ces trois mesures devraient avancer en 2019, mais au risque de voir les finances publiques du pays s'emballer et, par là même, de déclencher une nouvelle crise dans la zone euro. Les politiciens qui font ce qu'ils se sont engagés à faire sont une espèce rare. Mais dans la perspective des élections européennes de mai, Luigi Di Maio en particulier devait de toute urgence relancer la popularité de son parti qui, selon les sondages, avait dégringolé face à une Ligue en pleine ascension. Trois mois après l'entrée en fonction du gouvernement de coalition, la Ligue avait doublé son score dans les sondages, recueillant plus de 30% d'opinions favorables, et dépassé le M5S grâce, surtout, à son intransigeance en matière d'immigration. La rhétorique agressive de Matteo Salvini a fini par séduire les électeurs, même si la baisse spectaculaire du nombre de migrants en 2018 est essentiellement due à un accord passé par le précédent gouvernement avec les autorités libyennes de Tripoli reconnues par la communauté internationale. Matteo Salvini s'offre le luxe de pouvoir choisir entre rester avec le M5S et redevenir le chef de file incontesté d'une alliance d'extrême droite avec laquelle il a mené la dernière campagne législative, en 2018. Pour décider du côté vers lequel il penchera en 2019, il ne s'inspirera pas tant de Léonard de Vinci que de Machiavel. Par John Hooper.