L'anglais est comme un laminoir qui écrase tout sur son passage. Dans Against english, un livre qui paraît à Amsterdam cette semaine, des universitaires appellent à la résistance. Illustration de cette domination : la mésaventure vécue au cours de ses études par l'écrivain et éditorialiste néerlandais Özcan Akyol. Il a été obligé de lire en anglais Blue Mondays, un livre initialement rédigé en néerlandais p...

L'anglais est comme un laminoir qui écrase tout sur son passage. Dans Against english, un livre qui paraît à Amsterdam cette semaine, des universitaires appellent à la résistance. Illustration de cette domination : la mésaventure vécue au cours de ses études par l'écrivain et éditorialiste néerlandais Özcan Akyol. Il a été obligé de lire en anglais Blue Mondays, un livre initialement rédigé en néerlandais par Arnon Grünberg, l'un des plus importants romanciers de la nouvelle génération des Pays-Bas. En Flandre, la situation n'est pas aussi inquiétante, explique Frank Vandenbroucke, ancien ministre de l'Enseignement, actuellement professeur aux universités d'Anvers et d'Amsterdam. " Si en Flandre, un quart des formations de master sont données en anglais, aux Pays-Bas, ce sont les trois quarts ". Cet écart est en partie imputable aux francophones ! " La Flandre a longtemps dû se battre pour obtenir un enseignement universitaire dispensé en flamand de sorte qu'aujourd'hui, l'usage du néerlandais comme langue d'enseignement à ce niveau est garantie par décret ", explique Gita Deneckere, doyenne de la faculté de philosophie et lettres de l'université de Gand. Mais il y a la pression, la concurrence des autres hautes écoles et universités, qui a conduit le gouvernement flamand à porter de 6% à 9% le nombre de cours qui, au niveau bachelier, peuvent être dispensés en anglais. " Même avec la N-VA au pouvoir ", ironise-t-elle. Pour la doyenne, cette anglicisation forcenée entraîne un double déficit, à la fois démocratique et culturel. Les enfants issus de milieux modestes se trouvent en effet désavantagés dans la mesure où leurs parents n'ont pu leur offrir des stages linguistiques et autres cours préparatoires. Pour le professeur Vandenbroucke, il y a pire encore. L'anglicisation forcenée, telle que la pratiquent les Pays-Bas, entraîne une régression de la connaissance du néerlandais. Si l'on veut, commente-t-il, que le néerlandais continue à jouer un rôle en Europe, il faut lui donner une assise culturelle et scientifique.