La Commission doute du rendement des nouvelles mesures fiscales, elle révise à la hausse l'inflation et les charges d'intérêts, elle divise par 2,5 le dividende escompté de Belfius. Et cette fois, les engagements de réformes structurelles (flexibilité, loi sur la compétitivité, impôt des sociétés...) ne suffisent plus à modérer l'appréciation des autorités européennes. Le gouvernement fédéral aurait-il donc déjà épuisé tout son crédit ?

En deux ans, la crédibilité est devenue la grande faiblesse de la coalition. Elle pâtit du décalage entre ce que le gouvernement dit, ce qu'il fait et l'impression qu'en retire la population. Les économies renforcées à chaque contrôle budgétaire ont alimenté la grogne sociale mais sans parvenir à réduire significativement le déficit de l'Etat (au contraire, le déficit structurel augmenterait cette année, selon la Commission) ; le tax shift n'a pas réussi à relancer l'activité et à ramener la croissance belge au niveau de la moyenne européenne ; les hausses successives du précompte mobilier - et maintenant de la taxe sur les opérations de Bourse - n'ont pas réussi à gommer la conviction qu'on n'ose pas s'attaquer à la taxation du capital et que seuls les plus faibles " trinquent ".

Il y a un décalage bien trop grand entre ce que le gouvernement dit, ce qu'il fait et l'impression qu'en retire la population.

Face à un tel tableau, plus personne ne croit à rien. Et surtout pas aux bonnes nouvelles. Car, oui, il y a aussi des bonnes nouvelles : l'emploi repart à la hausse et la Commission se montre même plus optimiste encore que le Premier ministre sur ce point ; grâce à une forte hausse des exportations, la balance commerciale renoue avec un excédent que nous n'avions plus connu depuis 10 ans. Ces éclaircies ne parviennent pourtant pas à atténuer la morosité ambiante. Il n'y a rien à faire, l'incertitude, l'impression de cafouillage dominent et plombent la confiance des acteurs économiques. Conséquence : la consommation intérieure, pivot de notre croissance, demeure balbutiante.

La Belgique a connu d'autres périodes d'assainissement budgétaire drastique. Celle-ci manque d'un horizon, comme ceux que Jean-Luc Dehaene parvenait par exemple à dessiner. A ce stade, on peut légitimement se demander à quoi servent bien toutes ces économies et si elles parviendront un jour à façonner l'espoir que, demain, les choses pourraient aller mieux.

Cet horizon pourrait être celui du pacte national en faveur des investissements publics, pour autant que les différents gouvernements du pays parviennent à s'accorder sur son contenu et son financement. Un tel pacte aurait un triple avantage : combler de graves lacunes dans les infrastructures de notre pays, donner de l'oxygène aux entreprises grâce aux commandes publiques et, plus symbolique mais néanmoins important, montrer que les dirigeants politiques peuvent parfois dépasser les clivages. La relance des investissements impliquerait cependant de cesser de s'accrocher à cette date-fétiche d'un retour à l'équilibre budgétaire en 2018, échéance en laquelle de toute façon plus personne ne croit sérieusement. Au vu du déficit actuel, cela impliquerait de dégager près de 10 milliards d'euros en un exercice budgétaire. Totalement irréaliste. Evidemment, la mise en ordre rapide des finances publiques est souhaitable. Mais l'entêtement gouvernemental devient contre-productif puisque chacun voit très bien que, une fois de plus, le discours officiel ne correspondra pas à la réalité des chiffres. Alors autant l'assumer et utiliser les marges pour investir intelligemment.