On sourit en imaginant les procès en laxisme que la N-VA et ses partenaires de la majorité fédérale auraient intentés si un gouvernement Di Rupo ou Magnette avait pris une telle décision. Et l'on sourit tout autant en découvrant que le PS considère aujourd'hui ce report de l'équilibre comme " un constat d'échec " de la politique économique du gouvernement Michel. A croire que le fait de siéger dans la majorité ou dans l'opposition prime de loin sur toute analyse sérieuse d'un dossier. De tels comportements de girouettes idéologiques ne grandissent certainement pas le monde politique.

Alors, ce report de l'objectif est-il grave ? Non, car il s'inscrit dans une démarche vertueuse de réduction des déficits. Depuis le début de la législature, le déficit a été ramené de 3,1 à 1 % du PIB. La Belgique se situe désormais pile sur la moyenne européenne, loin devant des pays comme la France (- 3,4 %), le Portugal (- 3 %) ou l'Italie (- 2,3 %) mais derrière, soulignons-le, la Grèce qui a dégagé l'an dernier un excédent de 0,8 % alors qu'elle accusait un déficit de 3,6 % en 2014... De nombreux économistes, pas forcément rangés à gauche, privilégient de tels assainissements étalés dans le temps afin de ne pas " étouffer la reprise économique ", voire pour disposer des marges suffisantes pour stimuler cette reprise et la croissance à long terme par des investissements publics bien choisis. Le Conseil des finances s'inscrit dans cette optique, en recommandant à l'Etat d'investir dans des infrastructures stratégiques.

Si l'assainissement budgétaire est crucial pour la Belgique, c'est en raison de l'ampleur de sa dette : 103 % du PIB, seuls trois pays européens sont encore plus endettés.

Ce qui est plus problématique, c'est cette impression de " navigation à vue " que dégage le gouvernement belge. Il n'a pas osé affirmer d'emblée le besoin d'oxygène de l'économie mais a reporté sans cesse l'objectif. Coup d'oeil dans le rétroviseur : en toute fin de mandat, le gouvernement Di Rupo avait reporté l'objectif d'équilibre budgétaire de 2015 à 2016. Dans la rédaction de son accord de majorité, Charles Michel a d'emblée reculé cet objectif à 2018. Et depuis, il l'a encore, à deux reprises, repoussé d'un an. Faites le compte, en quatre ans, l'horizon de l'équilibre budgétaire a été reporté de 2015 à 2020. Question crédibilité, on a déjà vu mieux.

Entretemps, le gouvernement Michel a organisé un tax shift pour réduire le coût du travail et lancé une réforme de l'impôt des sociétés. Avec un impact positif sur la création d'emplois. De telles réformes peuvent certainement justifier un étalement de la trajectoire budgétaire. Mais pourquoi ne pas oser l'assumer directement et clairement plutôt que de chaque fois nous vendre une intenable " neutralité budgétaire " ?

Si l'assainissement budgétaire est à ce point crucial pour la Belgique, c'est bien entendu en raison de l'ampleur de sa dette : 103 % du PIB, seuls trois pays européens sont encore plus endettés, selon les données publiées cette semaine par Eurostat. Au moins, cette dette diminue-t-elle chez nous (107 % en 2014), ce qui n'est pas le cas de la France, par exemple. Cette dette privera cette année la Belgique de 8,78 milliards d'euros, qui s'envoleront en charges d'intérêt. Un montant que l'on préférerait pouvoir investir pour achever le RER ou réussir la transition énergétique. Heureusement, les charges d'intérêt ont diminué de 2,5 milliards d'euros depuis le début de la législature. Cela devrait a priori suffire pour générer le fameux " apport d'oxygène " au tissu économique, tout en poursuivant l'assainissement des finances publiques afin de se prémunir contre une future remontée des taux.