Un divorce sans accord ("no deal") le 12 avril, après le report de cette échéance initialement prévue le 29 mars, reste l'option par défaut, les députés ayant rejeté à trois reprises le Traité de retrait de l'UE négocié par la Première ministre Theresa May avec Bruxelles.

Un tel scénario se traduirait par un retour des contrôles douaniers, dont la simple perspective effraie les milieux économiques.

Pour éviter une sortie chaotique, les députés, damant le pion au gouvernement, ont adopté mercredi de justesse une proposition de loi visant à obliger Theresa May à reporter le Brexit au-delà du du 12 avril si les parlementaires n'arrivent pas à se mettre d'accord sur la manière dont le Royaume-Uni doit quitter l'UE.

Le texte doit encore être examiné jeudi par la Chambre des Lords, la chambre haute du Parlement, et la demande de report devra être approuvée par les dirigeants de l'UE.

- Sus au "no deal" -

Empêcher un "no deal": c'est aussi pour cette raison que Theresa May a lancé des pourparlers avec le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn.

"Les équipes chargées des négociations" vont mener "d'intenses discussions" jeudi, a indiqué un porte-parole de la Première ministre, en soulignant "l'urgence" de la situation.

L'initiative a été encouragée par le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier: "Nous saluons le dialogue inter-partis au Royaume-Uni. Le temps des décisions est venu", a-t-il estimé.

Le premier round de ces discussions, mercredi, a été jugé "constructif" par les deux camps, même si M. Corbyn a qualifié sa rencontre avec Mme May d'"utile mais pas concluante".

Le quotidien conservateur The Times faisait toutefois de la rencontre un récit nettement moins engageant. "Nous n'avons rien entendu qui laisse penser que (Mme May) est prête à changer sa stratégie", a confié au quotidien une source proche de la direction travailliste.

"Nous ne nous attendons pas à ce que (ces discussions) aboutissent", a déclaré de son côté une source gouvernementale, cité par le Times.

De fait, trouver un compromis n'est pas chose aisée, ces deux personnalités ayant défendu jusqu'ici des positions aux antipodes.

La dirigeante conservatrice défend une sortie du marché unique, pour mettre fin à la liberté de circulation des personnes, et de l'union douanière, pour que le Royaume-Uni mène sa propre politique commerciale.

M. Corbyn souhaite, lui, une union douanière étroite et le maintien dans le marché unique. Il a dit avoir évoqué auprès de Mme May l'idée d'un référendum "pour empêcher une sortie sans accord ou avec un mauvais accord".

Déterminée elle aussi à éviter un "no deal" qui nuirait également aux intérêts des pays de l'UE, la chancelière allemande Angela Merkel se rend jeudi à Dublin pour rencontrer le Premier ministre irlandais Leo Varadkar.

Leurs discussions porteront notamment sur l'épineux problème de la frontière entre l'Irlande, membre de l'UE, et la province britannique d'Irlande du Nord.

- Fébrilité -

Britanniques et Européens cherchent à éviter le retour d'une frontière physique afin de préserver les accords de paix de 1998 qui ont mis fin à trente ans de troubles entre partisans d'une union avec la Grande-Bretagne et républicains. Mais en rejetant l'accord de retrait de Theresa May, les députés britanniques ont dit non au dispositif de dernier recours imaginé pour garantir l'absence de frontière.

Angela Merkel a assuré mercredi qu'elle allait se pencher "très attentivement" sur la question de la frontière, et doit rencontrer avec M. Varadkar des habitants des zones concernées.

Un peu moins de trois ans après le référendum de 2016 qui avait décidé du Brexit, le flou qui entoure toujours les modalités de la sortie de l'UE est à l'origine d'un "climat incroyablement fébrile", a prévenu Martin Hewitt, chef du Conseil national des chefs de la police (NPCC), un organisme de coordination des forces de police.

Pour ne pas attiser les tensions, "toute personne qui occupe un poste à responsabilités doit réfléchir attentivement à la façon dont elle s'exprime", a-t-il souligné.

Le nombre d'infractions liées au Brexit --telles que menace, injures ou occupation du toit de la gare londonienne de St Pancras-- bien que faible, a plus que doublé récemment, passant de 11 la semaine du 18 mars, à 26 la semaine suivante.