Le ministre des Finances a convoqué mercredi les représentants des douanes et les entreprises belges afin de se préparer aux nouvelles obligations douanières. "A partir d'aujourd'hui, nous utiliserons une approche différente", explique-t-il. "Nous allons nous-mêmes contacter individuellement les entreprises et faire en sorte qu'elles aient un numéro de douane."

Au total, quelque 20.000 entreprises sur les 25.000 qui entretiennent des relations commerciales avec le Royaume-Uni ne disposent pas encore d'un numéro d'identification pour la douane (numéro EORI), sans lequel il n'est pas possible d'importer ni d'exporter outre-Manche.

Fin de cette semaine, les entreprises concernées recevront par voie postale un document reprenant ce numéro. Il leur restera alors uniquement à communiquer la personne habilitée pour l'entreprise. La douane contactera ensuite par téléphone les sociétés faisant partie du 'top 5000' en ce qui concerne le commerce avec le Royaume-Uni et effectuera le suivi de la demande EORI.

Parallèlement à la préparation de ces formalités douanières, la Belgique recrute des douaniers supplémentaires depuis plusieurs mois pour faire face au Brexit, selon le ministre De Croo. "Je vais soumettre un nouveau plan au gouvernement afin d'augmenter encore les effectifs auprès des services douaniers", ajoute-t-il.

Le Royaume-Uni est le quatrième plus grand partenaire commercial individuel de la Belgique. Des études montrent que la Belgique est, avec l'Irlande et les Pays-Bas, le pays qui ressentira le plus l'impact du Brexit. Selon des chiffres communiqués mercredi par le SPF Finances, les flux commerciaux actuels à partir du Royaume-Uni représentent plus de 5% du total des marchandises nationales entrant dans notre pays. La part des exportations s'élève, elle, à 7,5%. En valeur, les importations représentent 15,5 milliards d'euros et les exportations 31,6 milliards d'euros par an.

Les PME sans relation avec le Royaume-Uni moins bien préparées

Pour l'administrateur délégué du Voka, Hans Maertens, les formalités douanières seront surtout une épine dans le pied des PME. "On remarque que les grandes entreprises et les sociétés qui exportent beaucoup vers le Royaume-Uni sont bien préparées au Brexit, contrairement aux PME qui n'ont des relations commerciales avec le Royaume-Uni que de temps à autre et ne sont donc pas familières aux obligations douanières."

De son côté, l'administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), Pieter Timmermans, estime à 40.000 le nombre d'emplois qui pourraient être menacés en cas de "hard Brexit". "Mais je suis convaincu que les intérêts de la Grande-Bretagne prévaudront sur les intérêts individuels".

"Il est plutôt préoccupant qu'à l'heure actuelle, seule une entreprise sur cinq exportant vers le Royaume-Uni détienne un numéro de douane pour réaliser des affaires hors Europe. Dans le cas où la Grande-Bretagne se retire du jour au lendemain de l'UE, sans accord sur une période de transition, la situation risque d'être chaotique", a commenté Danny Van Assche, l'administrateur délégué de la fédération flamande des indépendants Unizo. S'il salue le fait que les autorités fédérales préparent les entreprises en cas de "no deal", il demande toutefois à ce que tout soit fait pour négocier un accord incluant une période de transition.

La Confédération Construction partage le même avis. Elle demande d'"éviter à tout prix un Brexit dur". "Un Brexit dur aurait non seulement un impact négatif pour les entreprises de construction belges actives au Royaume-Uni, mais engendrerait en outre un accroissement du dumping social sur notre marché, en conséquence de l'abolition de la libre circulation des personnes", indique mercredi dans un communiqué la fédération sectorielle. Selon elle, quelque 500.000 ouvriers peu qualifiés pourraient quitter le Royaume-Uni dans la foulée du Brexit pour aller travailler ailleurs dans l'UE et notamment en Belgique.

La Fédération de l'industrie alimentaire belge, Fevia, appelle pour sa part les autorités à "voter avec une éventuelle demande d'ajournement des Britanniques et à s'atteler au maximum au soutien apporté aux entreprises". "Cela peut se faire en recrutant rapidement des membres du personnel à l'Afsca et à la Douane, en mettant en place une ligne d'assistance sur le Brexit et finalement, en mettant à disposition des entreprises une check-list douanière", détaille le CEO de Fevia, Bart Buysse.

La Fevia rappelle par ailleurs qu'une étude de la KU Leuven a montré que l'industrie alimentaire serait le secteur le plus touché en cas de Brexit avec une perte d'emploi estimée à plus de 3.000. Les relations commerciales du secteur avec le Royaume-Uni représentent un chiffre d'affaires annuel de 2,7 milliards d'euros, soit 10% de l'exportation totale.