On comprend la posture politique : ne pas acter l'échec d'un choix de coalition si près de l'échéance, alors que des résultats économiques prometteurs se concrétisent, comme l'ont montré plusieurs études récentes sur l'évolution du pouvoir d'achat. Mais quelle déchéance pour un Premier ministre que de devoir désormais quémander supports et abstentions afin de faire passer encore quelques projets. Avec chaque fois une monnaie d'échange à offrir évidemment.
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On comprend la posture politique : ne pas acter l'échec d'un choix de coalition si près de l'échéance, alors que des résultats économiques prometteurs se concrétisent, comme l'ont montré plusieurs études récentes sur l'évolution du pouvoir d'achat. Mais quelle déchéance pour un Premier ministre que de devoir désormais quémander supports et abstentions afin de faire passer encore quelques projets. Avec chaque fois une monnaie d'échange à offrir évidemment. Ce n'est pas l'option que souhaitaient les responsables patronaux, montés au créneau ces derniers jours pour éviter une fin de législature en eau de boudin, reléguant aux oubliettes le plan d'action contre les métiers en pénurie, l'adoption d'une norme énergétique, le plan national d'investissements ou la définition des métiers pénibles. Là, nous serons, au mieux, dans une sorte de vraies-fausses affaires courantes prolongées. Certes, en théorie, un gouvernement minoritaire peut fonctionner, en Belgique comme ailleurs. Mais ici, nous avons d'une part un Premier ministre très clivant, qui n'a guère cherché à entretenir les ponts avec l'opposition depuis quatre ans. Et d'autre part, une mathématique électorale implacable : il ne manque pas trois ou quatre sièges mais 23 ! Compléter l'Orange bleue avec le cdH (9 députés), initier une Jamaïcaine avec Ecolo-Groen (12) ne suffirait pas. Il faudra impérativement discuter avec la N-VA ou le groupe socialiste pour atteindre le seuil. Et on se permet de douter que les nationalistes seront moins intransigeants sur la dégressivité des allocations de chômage ou le soutien aux voitures de société (deux dossiers où ils étaient isolés dans le gouvernement) maintenant qu'ils ont quitté la majorité. Ou alors, ce serait une démonstration par l'absurde que toute la polémique autour du pacte de Marrakech n'était qu'une pièce de théâtre, un jeu de positionnement pré- électoral concerté entre les deux principaux partis de la coalition suédoise. Ce que, bien entendu, nous n'oserions imaginer... On constate néanmoins le tir groupé de déclarations des principaux mandataires MR pour saluer le travail accompli avec la N-VA et garder bien ouvertes toutes les portes de futures collaborations avec le parti de Bart De Wever. Comme s'ils voulaient absolument tendre l'autre joue après la gifle reçue sur la politique migratoire. Et du côté nationaliste aussi, on assure vouloir aider Charles Michel à parachever son bilan socio-économique, à peu près comme si de rien n'était. Ce " comme si de rien n'était " ne sied guère aux " partenaires " (les guillemets sont précieux ces temps-ci) CD&V et Open Vld. Ils voient, eux, une occasion quasi inespérée de tenter de récupérer cet électorat patronal flamand siphonné par Bart De Wever, en s'affichant comme des partis responsables face aux aventuriers de la N-VA, dont les obsessions migratoires risquent de plonger le pays dans six mois d'affaires courantes. Elle est là, la nouvelle donne politique issue de cette séquence Marrakech : chrétiens et libéraux flamands oseront-ils utiliser la situation pour explorer un avenir politique en dehors d'une alliance avec la N-VA ? Premiers éléments de réponse avec le sort qui sera réservé à la proposition de résolution, opportunément déposée par Ecolo-Groen, visant à " repositionner la Belgique dans le débat climatique ". Un thème dans l'air du temps, repris dans les trois priorités de Charles Michel pour son Orange bleue, et sur lequel les nationalistes sont très en retrait des autres partis. Et ce n'est même pas plus liant qu'un pacte des Nations unies...