Il faisait beau ce jour-là. New York était baignée par un joli soleil matinal. L'été n'avait pas dit son dernier mot. Le 11 septembre 2001 devait être une belle journée...

Puis, devant nos yeux incrédules et horrifiés, des terroristes jetèrent des avions sur le Pentagone et les tours du World Trade Center. Ils portèrent la violence au coeur même des Etats-Unis. Ils auraient également voulu détruire le Capitole, mais l'héroïque rébellion des passagers du vol 93 d'United Airlines en décida autrement.

Quinze ans plus tard, comment se porte le monde ? Quelles traces ces attentats, et les autres qui ont suivi, plus proches, tout près de nous, ont-ils laissées, au-delà du fait qu'il faille désormais abandonner ses chaussures, sa ceinture et sa bouteille d'eau pour passer les portails de sécurité des aéroports ?

Le 11 septembre a suscité quelques réactions positives. On a assisté à la réactivation de l'Otan et à la mise en place d'une vaste coopération internationale destinée à traquer le financement du terrorisme. C'est cette coopération qui, élargie, a permis d'engranger des avancées majeures dans la lutte contre la fraude fiscale.

Mais dans la balance, le côté négatif l'emporte, de loin.

Le 11 septembre a brutalement modifié la " ligne de front ". Elle se tenait auparavant à Gaza ou en Afghanistan, bref, très loin. Et soudain, nous y sommes projetés.

Le 11 septembre a brutalement modifié la " ligne de front ". Elle se tenait auparavant à Gaza ou en Afghanistan, bref, très loin. Et soudain, nous y sommes projetés. Comme le résumait un vieux New-Yorkais rencontré un an après les attentats par un reporter du quotidien français Libération : " Cette catastrophe a touché tout le monde. Les Noirs, les Blancs, les Jaunes. Et puis nous, les vieux, on a toujours peur. Après un truc pareil, comment pourrait-on se sentir en sécurité ? " Oui, le 11 septembre symbolise l'irruption de la violence aveugle dans notre quotidien. On a beau se rassurer sur les statistiques montrant que l'on a davantage de probabilités de succomber à un accident de voiture qu'à un attentat terroriste, le 11 septembre a profondément marqué la psychologie collective. C'était d'ailleurs le but.

La riposte à 9/11 fut brutale, mais souvent inutile : invasion de l'Afghanistan, invasion de l'Irak après un show lamentable de la diplomatie américaine à l'ONU, création du centre de détention de haute sécurité de Guantánamo, éphémères printemps arabes suivis de longs hivers... une bonne partie du Proche et du Moyen-Orient a été mise sens dessus dessous et l'on estime le nombre de victime des conflits divers dans ces régions à... 4 millions en 15 ans. Des centaines de milliers de réfugiés sont jetés sur les routes. En réaction à l'intervention occidentale, on a non seulement vu se construire un nouvel ennemi, Daesh, mais aussi un axe chiite allant de Beyrouth à Damas en passant par Téhéran et Bagdad, soutenu par Moscou, et désormais impossible à contrôler. Comme remise en ordre du monde, on a vu mieux.

Sur le plan économique aussi règne un certain désordre. Ces attentats ont définitivement sonné le glas de l'insouciance dans un monde qui était déjà ébranlé par les scandales comptables et par l'éclatement de la bulle internet. Les banquiers centraux ouvrirent les vannes de liquidités, permettant l'éclosion des subprimes et des germes des nouvelles crises. A l'origine des taux négatifs qui minent aujourd'hui le système financier, il y a également les tours en feu du World Trade Center.

Ce 11 septembre 2016, nous avons assisté à d'émouvantes cérémonies du souvenir. Mais pour honorer la mémoire de ceux qui sont tombés ce jour-là, ainsi que de ceux qui ont disparu à Londres, Paris, Istanbul, Beyrouth, ou le 22 mars à Bruxelles, il nous reste à faire le plus important : aider les pays du Moyen-Orient à se redresser et à trouver un régime juste, restaurer une croissance durable dans nos pays, ré-insuffler la confiance, remettre sur ses pieds un monde qui a vacillé en cette belle journée ensoleillée, voici 15 ans déjà.