"Comme nous l'avons dit, il y a des points problématiques dans la proposition du Royaume-Uni et il reste du travail à faire. Mais ce travail doit être fait par le Royaume-Uni, et non l'inverse", a déclaré Natasha Bertaud lors du point presse quotidien de l'exécutif européen à Bruxelles.

"Je vous rappelle que c'est le Royaume-Uni qui quitte l'Union européenne et non l'Union européenne qui quitte le Royaume-Uni, et nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour assurer que la sortie se fasse de façon ordonnée", a-t-elle souligné.

"Nous sommes prêts à nous engager de façon constructive avec nos homologues", mais, a-t-elle ajouté, l'UE ne veut pas porter le chapeau d'un échec ou être tenue responsable d'une sortie sans accord.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a présenté mercredi son plan pour le Brexit, accueilli très prudemment côté européen.

Ce "compromis" qui porte en particulier sur la question sensible de la frontière irlandaise, a soulevé de nombreuses questions de l'UE, a rappelé Mme Bertaud.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, lors d'un entretien téléphonique mercredi, avait fait part de ses préoccupations à Boris Johnson.

Il a notamment soulevé des questions sur "la gouvernance du backstop", le filet de sécurité prévu pour éviter le retour d'une frontière physique entre la république d'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord.

Jean-Claude Juncker doit s'entretenir jeudi après-midi avec le Premier ministre irlandais Leo Varadkar, et rappeler la "soliarité" de l'UE avec l'Irlande, a indiqué Natasha Bertaud.

Les entreprises d'Irlande du Nord fustigent le plan Brexit de Boris Johnson

"Les propositions longtemps attendues du Premier ministre sont terriblement décevantes. Il n'a clairement pas écouté les besoins de la communauté des entreprises et des ménages d'Irlande du Nord", fustige Aodhan Connolly, directeur du Consortium de la distribution d'Irlande du Nord.

Le plan de Boris Johnson prévoit que l'Irlande du Nord quitte l'union douanière européenne, comme le reste du Royaume-Uni, mais que la province britannique continue à appliquer les règles européennes en matière de circulation des biens, y compris agro-alimentaires, avec la création d'une "zone de réglementation" sur l'île d'Irlande, sous réserve de l'accord du parlement et de l'exécutif nord-irlandais.

Cela éliminerait tous les contrôles règlementaires entre l'Irlande du Nord et l'Irlande, mais impliquerait des réglementations divergentes entre la province britannique et le reste du Royaume-Uni.

"Cela va se traduire par de la complexité, des retards, des droits de douane, des taxes sur la valeur ajoutée et des coûts en hausse qui vont nuire à la compétitivité des biens nord-irlandais tout en pesant sur le budget des ménages", argumente M. Connolly, qui qualifie ces propositions d'"impraticables".

Il souligne aussi que "si notre industrie a travaillé dur pour se préparer à un Brexit sans accord, il est impossible d'atténuer pleinement le choc sismique qui surviendra de la désintégration de notre chaîne d'approvisionnement".

D'après une étude de l'institut CIPS, spécialisé dans l'approvisionnement, seulement 40% des entreprises britanniques pensent être prêtes à faire face aux nouvelles exigences douanières de l'UE en cas de sortie non négociée de l'Union.

De son côté, le directeur général de la fédération britannique des entreprises de boisson et d'alimentation, Ian Wright, a accusé sur Twitter le gouvernement de faire porter aux entreprises son "incapacité à se mettre d'accord sur un accord complet de sortie de l'Union européenne".

"Il est fallacieux de suggérer qu'il n'y aurait qu'un petit nombre de contrôles physiques sur les aliments passant à travers la frontière irlandaise", car "l'Irlande est le premier marché d'exportation pour les aliments et les boissons britanniques", écrit-il.

La Chambre de Commerce d'Irlande du Nord, région qui en raison de ses frontières devrait être la plus touchée par le Brexit, avertit que les hausses de coûts potentielles pour les entreprises vont "sérieusement endommager (...) leur capacité à survivre".

Le directeur général de Fane Valley Co-op, une coopérative agricole nord-irlandaise, a affirmé sur la chaîne de télévision publique BBC que "les intérêts des entreprises de la région avaient d'une certaine façon été sacrifiés" sur l'autel de considérations politiques.