Les députés britanniques se prononceront mardi soir sur ce "Traité de retrait" de l'Union européenne, âprement négocié durant 17 mois avec Bruxelles, mais dont l'adoption semble très compromise en raison des multiples critiques dont il fait l'objet.

L'accord déçoit aussi bien les plus ardents "Brexiters", qui redoutent une forme d'amarrage permanent à l'UE, que les europhiles espérant encore pouvoir faire marche arrière.

Après trois premiers jours de débats devant la chambre des Communes la semaine dernière, le gouvernement conservateur devrait déployer d'ultimes efforts lundi et mardi pour tenter de convaincre les députés du bien-fondé du texte, mais les chances d'y parvenir semblent bien minces.

Dimanche encore, des responsables de tous bords ont appelé l'exécutif à revoir sa copie, et à relancer les négociations avec Bruxelles, où se rendra Theresa May en fin de semaine pour un sommet européen.

A moins d'un changement, "nous sommes déterminés à voter contre (...), à l'instar de nombreux collègues", a d'ores et déjà prévenu Nigel Dodds, député du petit parti nord-irlandais DUP, dont le soutien est indispensable aux conservateurs pour atteindre la majorité absolue.

Négociations, élections, référendum?

Boris Johnson, rival de Theresa May et ex-ministre des Affaires étrangères, a même proposé de mettre en balance une partie de la facture de divorce dont devra s'acquitter le Royaume-Uni en quittant l'UE, évaluée entre 40 et 45 milliards d'euros, comme levier dans de nouvelles négociations.

Inquiets devant la perspective d'un échec cuisant mardi, plusieurs ministres ont exhorté Theresa May à reporter le vote, rapportait la publication conservatrice The Spectator.

Car un rejet du texte pourrait exposer Theresa May à une motion de censure, et in fine à de nouvelles élections législatives.

"Le vote aura bien lieu (mardi), parce c'est un bon accord, et le seul accord", a toutefois assuré dimanche le ministre du Brexit Stephen Barclay, sur la BBC, soulignant qu'une éventuelle réouverture des négociations avec l'UE n'était pas sans risque. "Les Français, les Espagnols et d'autres réclameront (eux aussi) davantage", a-t-il dit.

Anticipant un vote pour le moins compliqué, Theresa May a mis en garde contre les conséquences que pourrait avoir un rejet du traité. "Cela signifierait", a-t-elle déclaré dans le Mail on Sunday, "une grave incertitude pour le pays, avec un risque très réel de ne pas avoir de Brexit, ou de quitter l'Union européenne sans accord".

Ce maintien dans le club européen évoqué par la dirigeante pourrait découler d'un nouveau référendum sur l'UE, une hypothèse exclue à ce stade par le gouvernement mais qui gagne du terrain au Royaume-Uni, et qu'un rejet de l'accord pourrait pousser un peu plus.

Le Labour dans les starting-blocks

S'adressant plus particulièrement aux parlementaires conservateurs prêts à enterrer le traité, la Première ministre a également agité la menace de nouvelles législatives, et d'une éventuelle victoire de Jeremy Corbyn, le chef du Labour, principal parti d'opposition.

Les travaillistes sont "prêts" à former un gouvernement, a assuré dimanche un responsable travailliste, le député Jon Trickett, sur Sky News. "Cela pourrait se produire dès mercredi matin, afin de commencer à relancer les négociations" avec Bruxelles, a-t-il dit.

Les Britanniques étudieront par ailleurs avec attention l'arrêt que rendra lundi la Cour de justice de l'Union européenne, qui dira si le Royaume-Uni peut oui ou non décider seul de renoncer à quitter l'UE.

La Cour, qui siège à Luxembourg, a été saisie par la justice écossaise, qui lui demande si le Royaume-Uni a le droit de révoquer de manière unilatérale son initiative de retrait de l'UE. La semaine dernière, l'avocat général, dans un avis n'engageant pas la Cour, avait proposé de répondre par l'affirmative.