Dans un avis publié aujourd'hui, la médiatrice européenne Emily O'Reilly invite la Commission européenne à faire preuve de plus de prudence en matière de marchés publics. La raison de cette annonce ? Un contrat conclu avec la société américaine de gestion d'actifs BlackRock début de cette année.
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Dans un avis publié aujourd'hui, la médiatrice européenne Emily O'Reilly invite la Commission européenne à faire preuve de plus de prudence en matière de marchés publics. La raison de cette annonce ? Un contrat conclu avec la société américaine de gestion d'actifs BlackRock début de cette année. La Commission veut affuter la surveillance bancaire européenne en appliquant des critères plus durables, les critères ESG. L'an dernier, elle a lancé un appel d'offres pour une étude à mener sur le sujet. En mars, elle attribuait le contrat au géant américain de l'investissement Blackrock. Avec plus de 7500 milliards de dollars à son actif, il s'agit du plus important gestionnaire d'actifs mondial. Ce montant correspond à douze fois le PIB annuel belge, et presque deux fois celui de l'Allemagne. Aujourd'hui, Emily O'Reilly tape sur les doigts de la Commission pour cet accord, car celle-ci n'aurait pas pris en compte les conflits d'intérêts qui pourraient surgir entre elle et BlackRock. Elle annonce que la Commission n'a pas été assez critique. En tant qu'acteur financier majeur, BlackRock pourrait rédiger une analyse qui aurait de grandes conséquences sur son secteur par la suite. Selon la médiatrice, l'essence du problème est que les critères généraux de la Commission en matière d'appels d'offres ne sont pas assez stricts quant aux conflits d'intérêts. Ces critères doivent être revus, précise l'Irlandaise. Dans son avis, la médiatrice relève également le montant particulièrement bas de l'offre du géant américain. La Commission avait évalué ce prix à 550 000 euros. BlackRock s'est avancé avec 280 000 euros, un montant bien plus faible que celui proposé par les autres parties. L'avis et la critique arrivent juste après que quelques députés européens et l'ONG Change Finance ont demandé une enquête sur le contrat de BlackRock. Change Finance a également publié un rapport en association avec l'ONG Corporate Europe Observatory révélant les conflits d'intérêts et le puissant lobbying de BlackRock. Hypocrisie climatiqueLes intentions de BlackRock restent très ambiguës, surtout en matière de durabilité. Chaque année, le PDG de BlackRock, Larry Fink, dont le nom était encore sur toutes les langues il y a peu suite à sa candidature pour le poste de Ministre des finances dans le gouvernement du président-élu Joe Biden, envoie chaque année une lettre à tous les PDG des entreprises dont lesquelles BlackRock est actionnaire. Dans ce courrier, il insiste à grand renfort de slogans prometteurs sur la responsabilité des entreprises dans le combat contre le réchauffement climatique. Mais en tant qu'actionnaire, il ne joint pas le geste à la parole. L'actionnaire militant Néerlandais Mark van Baal essaie depuis des années de faire passer une résolution climatique lors des assemblées des actionnaires des géants du pétrole. BlackRock est un des actionnaires les plus puissants et influents de toutes ces entreprises, mais vote depuis toujours contre cette résolution. L'analyse de ChangeFinance met le doigt sur les nombreux conflits d'intérêts qui empêchent BlackRock de mener une étude sur les critères de durabilité dans la surveillance bancaire. Le géant de la finance est un des actionnaires principaux des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre et des entreprises liées aux énergies fossiles. En effet, BlackRock a investi 13 milliards de dollar dans Exxon Mobil, s'offrant sept pour cent des parts de la société pétrolière et huit pour cent du géant de la chimie BASF. Il occupe également des positions influentes au sein de grandes entreprises européennes spécialisées dans l'industrie minière et l'énergie, qui vivent du charbon, le combustible fossile le plus polluant. BlackRock contribue donc indirectement au réchauffement climatique. Grand actionnaire bancaireUn autre conflit d'intérêt qu'il est important de mentionner est que BlackRock est grand actionnaire de la plupart des banques européennes, le groupe cible de l'étude à rédiger sur les critères ESG. Cela revient à laisser le renard garder les poules, mais aussi concevoir le poulailler. BlackRock est entre autres le plus gros actionnaire de la Deutsche Bank, d'ING et de Santander. En outre, le secteur bancaire européen est lui-même un des investisseurs majeurs de l'industrie des énergies fossiles. L'influence de BlackRock sur la politique européenne n'a cessé de croitre au cours des dernières années, grâce à un puissant réseau de lobbying. Selon le registre de l'UE, la société n'emploie que 2,8 lobbyistes et a dépensé moins d'un million et demi d'euros dans le domaine l'an passé. Mais il ressort de l'analyse menée par Change Finance et Corporate EuropeObservatory que son réseau informel est plus que solide. Blackrock finance de nombreuses autres associations et groupes de lobbying européens, pour un montant s'élevant à plus de 26 millions d'euros l'année dernière, et exerce donc indirectement une grande influence sur la politique de l'Union.