Le chef de la stratégie d'INTL FCStone (grand courtier et fournisseur de services financiers dans le marché des matières premières) résume à sa manière le changement qui s'est opéré dans le relations entre les Etats-Unis et le Vieux Continent.
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Le chef de la stratégie d'INTL FCStone (grand courtier et fournisseur de services financiers dans le marché des matières premières) résume à sa manière le changement qui s'est opéré dans le relations entre les Etats-Unis et le Vieux Continent. D'ailleurs, comme dans les " comics ", Robin commence à se rebeller face à son encombrant ami. Visiblement très irrité par la dénonciation de l'accord iranien par la Maison Blanche, Donald Tusk, le président de l'Union européenne, a en effet tenu voici quelques jours à l'égard de Washington un discours qui aurait été impensable il y a trois ans. Parlant de Donald Trump, " notre Donald " européen a demandé brutalement : " Avec de tels amis, qui a encore besoin d'ennemis ? ". Cet éloignement politique n'est-il pas, cependant, simplement la conséquence d'une distanciation économique qui s'opère depuis de longtemps ? Aucun pays de l'Union européenne post-Brexit ne figure plus depuis des années parmi les principaux marchés américains, dont les cinq premiers partenaires sont le Canada, le Mexique, la Chine, le Japon... et le Royaume-Uni. L'Allemagne n'est plus qu'un petit joueur, pesant 4,5 % du total du commerce international américain, alors que la Chine en représente 16,4 % à elle seule. La Chine devient d'ailleurs le pôle d'attraction des politiques commerciales de ce côté-ci de l'Atlantique. Voici une dizaine de jours, Anvers a accueilli le premier train de la route de la soie, qui est arrivé dans la ville portuaire, inaugurant ainsi un nouveau tracé commercial de 11.000 km. Parallèlement, plus au Nord, une nouvelle route maritime est en train de s'ouvrir, profitant de la fonte de la calotte glacière. Elle longe la Sibérie et reliera les ports européens à ceux de l'Asie du Sud-Est en évitant de passer par la route traditionnelle du canal de Suez. Ce chemin, de 30 % plus court que l'actuel, devrait être le principal lien maritime entre l'Asie et l'Europe d'ici à 2040. Petit détail avec son pesant de considérations géopolitiques : ces nouvelles routes, ferroviaires ou maritimes, passent inéluctablement par la Russie. Une Russie qui voit bien où est son intérêt, qui vitupère contre la domination injuste du dollar et qui soutient l'émergence du yuan comme monnaie de commerce international. Les premiers contrats pétroliers en yuans ont été cotés fin mars à Shanghai, et l'on verra donc s'ils seront en mesure de concurrencer les pétrodollars. La politique iranienne de Donald Trump pourrait d'ailleurs constituer un coup de pouce inattendu : en raison de la dénonciation du traité nucléaire iranien, toute relation commerciale en dollars avec l'Iran devient interdite aux yeux de la justice américaine qui a replacé Téhéran sur sa liste noire. Les contrats en pétro-yuans auront le vent en poupe... Bref, on le voit, les cartes du jeu mondial se redistribuent très vite. Et dans ce nouveau jeu, une realpolitik européenne se devrait donc de pacifier les relations avec Moscou (on observera ainsi l'attitude d'ouverture de la diplomatie belge à l'égard de Vladimir Poutine) et de resserrer les liens commerciaux avec la Chine et l'Asie du Sud-Est. Dans ces négociations, l'Union européenne, et plus spécialement la zone euro, doit montrer une image forte et cohérente. On ne peut pas dire que cela soit vraiment le cas. Encore moins depuis que l'Italie s'est dotée d'un gouvernement d'eurosceptiques qui désirent revenir à une situation " d'avant Maastricht ". Comme dans les comics, le Robin européen est un instable qui reste, encore et toujours, confronté à ses anciens démons.