Fait remarquable : ces cinq étoiles sont un peu plus qu'une éphémère poussée d'urticaire. Le parti existe depuis 2009, dispose de députés depuis 2013 et gère désormais les villes de Rome et Turin. Son succès atteste d'une volonté de tenter " autre chose ". Comme la France a tenté autre chose avec l'élection d'Emmanuel Macron et la majorité absolue de son mouvement La République En Marche et de ses nombreux néo-députés.

Et en Belgique, devons-nous nous attendre à pareille irruption dans le champ politique ? Il n'y a aucune raison politico-sociologique que ce ne soit pas le cas. Jusqu'à présent, cette envie de " coup de pied dans la fourmilière " est captée au nord par la N-VA et au sud par le PTB, deux partis aux racines idéologiques profondes et dont on ne peut pas dire qu'ils sortent de nulle part. Les écologistes ont joué autrefois ce rôle, mais 30 ans et quelques participations au pouvoir plus tard, ce n'est plus vraiment un positionnement crédible.

De nouveaux partis essaient bien d'émerger hors des balises traditionnelles (Oxygène, Enmarche.be). Jusqu'à présent - et en attendant, qui sait, le point de vue des électeurs - avec tout juste un écho poli. La bouffée d'air peut-elle venir de tels acteurs ou faut-il jouer carrément en dehors des sphères partisanes ? Des initiatives citoyennes comme Cumuleo ont conduit à une remise en cause profonde des habitudes en matière de mandats politiques, bien plus, finalement, que n'avait pu le faire Ecolo en tentant d'intervenir au coeur du moteur politique.

Des initiatives citoyennes comme Cumuleo ont conduit à une remise en cause profonde des habitudes en matière de mandats politiques.

Le mouvement e-change, initié notamment par Baudouin Meunier (bpost, consultant en management) et l'ex-président d'Ecolo Jean-Michel Javaux, développe une autre piste : réunir des personnalités d'horizons différents (politique, économique, académique, médias, etc.) autour de projets d'envergure. Il ne s'agit pas d'amorcer la création d'un nouveau parti mais de tisser un réseau suffisamment fort pour dépasser les blocages politiciens classiques et parvenir ainsi à concrétiser les projets. En 2002 déjà, le sociologue Alain Eraly (ULB) décryptait ces blocages et contre-blocages dans Le pouvoir enchaîné. Etre ministre en Belgique. Trop souvent en effet, les partis préfèrent laisser une belle idée sur la touche plutôt que de laisser un adversaire en recueillir les lauriers politiques. Nous venons encore de le vivre, peu ou prou, avec la saga du stade national.

D'où la conviction des concepteurs d'e-change qu'il faut changer de logiciel politique. En démocratie représentative, il y aura toujours des partis et des rapports de force entre eux, arbitrés par les électeurs. Mais le processus de décision ne doit pas s'arrêter là. Quand on veut élargir le spectre, on se tourne traditionnellement vers les partenaires sociaux, parfois les universités et éventuellement quelques associations. C'est devenu tellement habituel, que l'on retombe dans l'entre-soi et que le débat reste tout aussi confisqué qu'avant. Dans ces conditions, on se heurte tôt ou tard aux clivages politiciens que l'on voulait pourtant éviter. La difficile concrétisation du Pacte d'excellence en est un " bel " exemple...

Ce péril de l'entre-soi guette e-change, du fait même de sa composition. Pour sortir du cadre, le mouvement vient de lancer un site internet via lequel les citoyens sont invités à contribuer publiquement à l'élaboration et à la concrétisation d'une série de projets. De leur implication, dépendra la capacité à dépasser, ou pas, les clivages sociopolitiques qui finissent toujours par se retrouver en travers de la route des plus belles idées.