Souvent, les responsables politiques essaient d'enjoliver la situation budgétaire en agrémentant leurs calculs de " corrections techniques ". Vivrions-nous la situation inverse en cette veille de contrôle budgétaire ? Le comité de monitoring a remis son analyse de l'évolution des finances publiques à politique inchangée. Les chiffres sont impitoyables : il faudra un effort de 700 millions d'euros pour éviter toute détérioration en 2018 et de 1,4 milliard pour respecter l'objectif politique initial, à savoir ramener le déficit structurel (expurgé des mesures one-shot et des considérations conjoncturelles) à 0,68 % du PIB.

Qu'est-ce qui nous vaut pareille dégradation, alors que l'année 2017 s'était achevée presque dans l'euphorie, avec un déficit nominal ramené de 2,5 à 1 % du PIB ? Avouons-le, on ne comprend pas bien. Les recettes fiscales et non fiscales dépassent globalement les attentes (le précompte mobilier rapporte certes moins que prévu mais les versements anticipés bondissent de 2 milliards) et permettent de financer une indexation qui n'était pas prévue lors de la confection du budget 2018. Celui-ci avait été bâti sur une prévision d'inflation de 1,2 %. Or, celle-ci s'élèverait finalement à 1,7 %, ce qui conduirait au franchissement de l'indice pivot en septembre 2018, au lieu de janvier ou février 2019.

La sécurité sociale connaît, elle, un résultat moins bon que prévu : un déficit d'une centaine de millions au lieu des 200 millions de boni escomptés. Cela provient du surcoût des pensions et de l'indexation des allocations, surcoût que la progression de l'emploi (moins de chômage à payer, plus de cotisations de travailleurs à encaisser) ne suffit pas à compenser.

L'un dans l'autre, l'écart entre le budget initial et la situation actuelle est en dessous des 100 millions d'euros. Une paille sur un budget de plus de 100 milliards, sécurité sociale incluse. A cela, le comité de monitoring ajoute cependant des " mesures non réparties " et des " corrections conjoncturelles " pour porter le " dérapage " nominal à 556 millions d'euros. Le dérapage structurel, celui qui intéresse la Commission européenne, s'élèverait lui à 1,4 milliard en raison de corrections non plus conjoncturelles mais cycliques cette fois, ainsi que de l'impact des mesures one-shot (1,9 milliard au lieu de 1,7). Nous avons au total un bon milliard d'euros de corrections diverses, ce qui génère une étrange impression de tableau volontairement noirci. D'autant plus étrange que le gouvernement n'évoque pas ces multiples corrections dans ses réponses aux critiques de l'opposition à la suite de la publication du rapport du comité de monitoring. Si les ministres voulaient anticiper des temps budgétaires un rien plus chahutés (par exemple parce que la hausse des versements anticipés se traduira demain par une baisse des enrôlements), ils ne s'y prendraient pas autrement.