La longue hégémonie de la gauche en Amérique du Sud entraîne aujourd'hui certains pays à basculer de nouveau, timidement, vers la droite. Et un retour en force des populistes n'est pas à exclure. Le malaise des électorats est surtout lié à l'économie. Une reprise modeste en 2017 n'a pas effacé le souvenir de six années de ralentissement, ainsi que d'une récession en 2016. L'embellie doit beaucoup au retour de la croissance au Brésil et en Argentine. L'incertitude politique pourrait décourager l'investissement, mais les économies de la région devraient continuer sur leur lancée en se basant sur leurs meilleurs résultats, qui restent cependant instables.
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La longue hégémonie de la gauche en Amérique du Sud entraîne aujourd'hui certains pays à basculer de nouveau, timidement, vers la droite. Et un retour en force des populistes n'est pas à exclure. Le malaise des électorats est surtout lié à l'économie. Une reprise modeste en 2017 n'a pas effacé le souvenir de six années de ralentissement, ainsi que d'une récession en 2016. L'embellie doit beaucoup au retour de la croissance au Brésil et en Argentine. L'incertitude politique pourrait décourager l'investissement, mais les économies de la région devraient continuer sur leur lancée en se basant sur leurs meilleurs résultats, qui restent cependant instables. Le problème de la corruption va lui aussi dominer de nombreuses campagnes électorales. En Amérique latine, les classes moyennes se sont développées et sont mieux informées. D'où une attente de meilleurs services publics et une intolérance accrue vis-à-vis de la corruption. Le scandale d'Odebrecht, une entreprise du bâtiment brésilienne qui a reconnu avoir versé d'énormes pots-de-vin à des gouvernants de 10 pays de la zone, y est pour beaucoup. Ses retombées politiques se font encore sentir dans la région. Le 7 octobre prochain, les Brésiliens vont voter lors d'un scrutin plus ouvert que toute autre consultation depuis 1989, les accusations de corruption, y compris celles concernant Odebrecht, ayant discrédité une grande partie de la classe politique de leur pays. Selon les premiers sondages, les deux favoris sont pour le moment Luiz Inácio Lula da Silva, ancien président appartenant au Parti des travailleurs, et Jair Bolsonaro, ancien officier d'extrême droite. Mais en réalité aucun d'entre eux n'a de véritables chances de l'emporter. Lula, sous le coup de plusieurs procès, ne pourra peut-être même pas se présenter. Il faut s'attendre à voir émerger d'autres candidats au centre. L'un d'eux pourrait être Geraldo Alckmin, gouverneur de l'Etat de São Paulo, même si cette figure de l'establishment n'incarne pas le renouveau politique. Autre aspirant éventuel, João Doria, maire de São Paulo, qui est un ancien présentateur d'une émission de télé-réalité et un protégé de Geraldo Alckmin. Enfin, Marina Silva, une écologiste qui s'est présentée deux fois à la présidence sans succès, pourrait elle aussi entrer en lice. De même, au Mexique, la corruption va être au coeur des débats à l'approche de la présidentielle du 1er juillet. Le président sortant, Enrique Peña Nieto, a pris fort peu de mesures contre les malversations. Cela pourrait profiter à un vétéran de la politique, Andrés Manuel López Obrador, nationaliste de gauche, qui a perdu les deux précédentes élections (de peu en 2006). Ce scrutin sera un référendum pour le populisme de López Obrador, favorisé par les discours démagogiques de Donald Trump sur le Mexique. Toutefois, le fait qu'il soutienne que la corruption peut être éradiquée par la seule volonté politique, sans le renfort des institutions, le rend peu crédible. Par ailleurs, sa méfiance vis-à-vis des investissements privés inquiète les entreprises. Le centre droit et la gauche modérée ont noué une alliance. S'ils parviennent à présenter un candidat convaincant, comme Javier Corral, le gouverneur de l'Etat de Chihuahua, López Obrador devrait être battu une fois encore. La présidentielle mexicaine se jouant en un seul tour, le vainqueur ne devrait obtenir guère plus de 35 % des voix et pourrait avoir du mal à obtenir une majorité au Congrès. En mai, les Colombiens participeront à une élection qui paraît aussi ouverte que celle du Brésil. Quel que soit le candidat soutenu par Alvaro Uribe, ancien président de droite (de 2002 à 2010), il aura sa chance. Au même titre que Germán Vargas Lleras, un homme d'appareil efficace, qui a été vice-président du chef d'Etat sortant Juan Manuel S antos. La gauche présente, elle aussi, des aspirants. Humberto de la Calle, un centriste qui a mené les négociations avec la guérilla des Farc, espère que les Colombiens en viendront à juger plus favorablement l'accord de paix conclu en 2016. Accord sur lequel le vainqueur de l'inévitable deuxième tour en juin ne devrait pas essayer de revenir. D'autres pays, comme le Costa Rica et le Salvador, pourraient se détourner de la gauche lors des élections. Au Paraguay, le Parti Colorado au pouvoir devrait être reconduit. Avant ces échéances de 2018, le marathon électoral de l'Amérique latine aura commencé au Chili, où Sebastián Piñera, ancien président de centre droit (de 2010 à 2014), devrait l'emporter au second tour en décembre 2017 contre Alejandro Guillier de la Nouvelle Majorité, la coalition au pouvoir. Sebastián Piñera, un homme d'affaires milliardaire, n'est pas aimé des Chiliens, mais ceux-ci se souviennent de sa bonne gestion d'une économie qui aujourd'hui va mal. Au moins, ils ont le choix. Si le Venezuela était encore une démocratie, l'Amérique latine saluerait la victoire certaine d'un candidat de l'opposition dans une élection présidentielle ayant lieu avant décembre 2018. Au lieu de cela, la dictature de Nicolás Maduro va mettre tout en oeuvre pour s'accrocher au pouvoir. Même si un semblant de vote était organisé, celui-ci ne serait ni libre ni équitable. Avec un peu de chance, le Mercosur, union douanière qui regroupe notamment l'Argentine et le Brésil, conclura en décembre 2017 un accord commercial, sans doute modeste, avec l'Union européenne, et dont il est question depuis longtemps. Signe des temps, l'ordre du jour du Sommet des Amériques, fort de 35 pays, qui doit se tenir à Lima en avril, sera axé sur la corruption. Mais, dans la pratique, les pourparlers seront dominés par la conduite à tenir vis-à-vis de la dictature vénézuélienne - de quoi assombrir le paysage en cette année où les démocraties affirmeront qu'elles peuvent vaincre la corruption par la volonté politique.Par Michael Reid.