Devant nous, dans ce bureau du 16, rue de la Loi, l'une des femmes les plus puissantes du monde. La Première ministre Sophie Wilmès occupe très précisément la 68e place de ce classement annuel édicté par le magazine américain Forbes. " Je n'essaie pas de comprendre les tenants et les aboutissants de ce classement, sourit l'intéressée. Sincèrement, cela ne rajoute pas un qualificatif pour définir la personne que je suis. Maintenant, si cela permet de faire avancer une cause, tant mieux... " Cette cause, c'est bien entendu celle de l'égalité des genres et du plafond de verre qui bloque encore trop de carrières féminines. " J'avais sous-estimé le retentissement qu'aurait la désignation de la première Première ministre de Belgique, confie Sophie Wilmès. Si on en parle beaucoup, tant mieux. Pas pour ma personne mais pour la thématique que cela englobe. Il y a désormais une réalité factuelle : une femme peut occuper le poste de Premier ministre dans notre pays. " Elle note avec satisfaction que cette situation est perçue plutôt positivement, qu'elle n'entend plus ces doutes qui fleuraient en 2015, quand la même femme est devenue ministre du Budget... " L'idéal serait qu'on ne se pose plus la question de cette 'singularité' ", précise-t-elle.
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Devant nous, dans ce bureau du 16, rue de la Loi, l'une des femmes les plus puissantes du monde. La Première ministre Sophie Wilmès occupe très précisément la 68e place de ce classement annuel édicté par le magazine américain Forbes. " Je n'essaie pas de comprendre les tenants et les aboutissants de ce classement, sourit l'intéressée. Sincèrement, cela ne rajoute pas un qualificatif pour définir la personne que je suis. Maintenant, si cela permet de faire avancer une cause, tant mieux... " Cette cause, c'est bien entendu celle de l'égalité des genres et du plafond de verre qui bloque encore trop de carrières féminines. " J'avais sous-estimé le retentissement qu'aurait la désignation de la première Première ministre de Belgique, confie Sophie Wilmès. Si on en parle beaucoup, tant mieux. Pas pour ma personne mais pour la thématique que cela englobe. Il y a désormais une réalité factuelle : une femme peut occuper le poste de Premier ministre dans notre pays. " Elle note avec satisfaction que cette situation est perçue plutôt positivement, qu'elle n'entend plus ces doutes qui fleuraient en 2015, quand la même femme est devenue ministre du Budget... " L'idéal serait qu'on ne se pose plus la question de cette 'singularité' ", précise-t-elle. Sophie Wilmès assure ne jamais avoir eu de plan de carrière. La politique, elle y est venue à travers un comité de quartier lancé par des habitants d'Uccle, inquiets de certains développements urbanistiques. " Cet engagement local, très pratique, m'a beaucoup plu ", raconte-t-elle. Elle côtoie alors Eric André, candidat bourgmestre. " J'appréciais beaucoup sa personnalité, son approche très pragmatique des choses. " Et c'est ainsi qu'elle s'est retrouvée embarquée dans la campagne et fut élue conseillère communale à 25 ans. De cette époque, elle conserve des liens étroits avec Boris Dilliès, actuel bourgmestre d'Uccle, et Joëlle Maison, députée DéFI. Elle ne restera toutefois pas longtemps à Uccle, la vie familiale l'envoyant dans la commune voisine de Rhode-Saint-Genèse. Quelques kilomètres mais un monde de différence. " J'y découvre les difficultés des communes à facilités, qui ne sont connues que de leurs habitants, explique Sophie Wilmès. Le politique est là pour faciliter la vie, pour soutenir le développement des uns et des autres. Tout ce qui rend la vie plus compliquée rentre en conflit avec ma manière de voir les choses. " Autant dire qu'elle est alors servie en cette période de " pré- splitsing " de BHV, plutôt chahutée sur le plan communautaire. Et peut-être d'autant plus chahutée que Sophie Wilmès devient à cette période cheffe de groupe de l'Union francophone au conseil provincial du Brabant flamand. Quand on la voit aujourd'hui à un sommet européen, on se demande bien comment elle a pu trouver du plaisir à participer aux séances du conseil provincial. " Je suis quelqu'un d'enthousiaste, quand j'ai un job à faire, je le fais à fond, répond-elle. Avec moi, c'est off ou on, il n'y a pas de mode intermédiaire. Beaucoup de matières gérées par les provinces touchent le quotidien des gens, des subsides à la jeunesse à la gestion des inondations. Cela vaut la peine de s'y intéresser. " A Rhode, comme dans toutes les communes à facilités, les échevins sont élus directement. Cette spécificité sourit à Sophie Wilmès qui, en 2006, devient première échevine, avec la cdH Myriam Delacroix comme bourgmestre. " J'ai eu la chance d'avoir mon bureau en face de la crèche et de l'école, cela m'a aidée à concilier les casquettes d'échevine et de maman ", se souvient-elle. A l'hôtel de ville, elle s'occupe plus particulièrement du Budget et des Finances. Déjà les matières financières, direz-vous ? Ce n'était pourtant pas inscrit dans les astres. Sophie Wilmès s'est en effet d'abord tournée vers la communication et la publicité, qu'elle a étudiées à l'Ihecs. " Une formation boîte à outils, ouverte et pluridisciplinaire, précise-t-elle. Cela m'avait bien servi pour ma première campagne à Uccle. " Elle a évidemment conservé pas mal de contacts avec ses collègues de promo et apprécie toujours de croiser les nombreux ihecsiens qui gravitent dans la politique belge, comme le responsable administratif du MR Jean-Philippe Rousseau ou l'ancien porte-parole de Charles Michel, Frédéric Cauderlier. " C'est à cette époque que j'ai appris à aimer la photographie, se souvient Sophie Wilmès. J'en faisais alors beaucoup et... plus jamais aujourd'hui, si ce n'est des photos de mes enfants, comme beaucoup de mamans. Mais j'apprécie toujours cet art. Si j'en avais le temps, j'irais souvent voir des expos de photos. " Ah, le temps... C'est devenu une denrée très rare dans un agenda ministériel. Les moments libres, Sophie Wilmès les consacre prioritairement à sa famille, notamment pour venir encourager son mari et leurs quatre enfants sur les terrains de hockey. " Un sport magnifique, où la notion de fair-play est très présente et dans lequel les filles ont la même place que les garçons ", résume-t-elle. Mais tout cela ne nous explique pas comment la future Première ministre est passée de la publicité à la finance. En fait, c'est via sa bonne connaissance des langues, qui lui a permis de décrocher un boulot dans une unité financière de la Commission européenne, en charge du contrôle. " J'ai compris que, si je voulais évoluer dans ce monde des chiffres, je devais retourner à l'université ", confie notre interlocutrice. D'où une licence spéciale en gestion financière à Saint-Louis. Avec ce sésame, tout devient alors cohérent, de l'échevinat des Finances au ministère du Budget, en passant par la commission des Finances de la Chambre, qu'elle rejoint en 2014. " J'y ai vécu des discussions animées, avec des gens de tous les bords politiques et qui possédaient une assez bonne expertise ", raconte-t-elle. Cela lui a permis de tisser des liens avec des figures de l'opposition comme Ahmed Laaouej (PS), Kristof Calvo (Groen) ou Georges Gilkinet (Ecolo), avec lesquels elle cosignera une proposition de loi visant à lutter contre les fonds vautours. " Je peux rentrer dans des débats serrés et exprimer fermement mon point de vue. Mais je ne recherche pas le conflit. Etre de l'autre côté de la table, ce n'est pas être 'contre'. Il existe des zones de rencontre pour l'intérêt général, j'en suis convaincue. " Cette manière d'agir ne lui a manifestement pas porté préjudice, à voir la rapidité de son ascension politique. Elle assure que rien n'était prémédité, planifié. Et c'est peut-être cela qui, paradoxalement, a facilité son chemin. " Il y a un certain confort à ne pas avoir d'objectif de fonction, assure-t-elle. Mon objectif est, humblement, de contribuer positivement à l'amélioration de la vie de chacun d'entre nous. J'ai besoin de participer à un projet collectif, sociétal. On peut accomplir des choses formidables dans le secteur privé mais je ne pense pas que j'y travaillerai un jour. Cet engagement pour l'action publique et collective est fondamental pour moi. "