Une nouvelle génération à la barre. Les baby-boomers, nés entre 1946 et 1964, ont représenté la cohorte la plus nombreuse des Etats-Unis pendant plus de cinq décennies. Les quatre présidents successivement au pouvoir depuis 1993 sont issus de cette génération. Mais ils seront détrônés en 2019.

C'est la première génération à se sentir parfaitement à l'aise dans l'univers numérique et la dernière à se souvenir d'avoir fait des recherches dans des librairies "réelles".

La génération est un concept assez vague mais, en se basant sur des définitions largement admises, le Pew Research Center (spécialisé dans les statistiques) a calculé que 2019 serait la première année où les baby-boomers seraient en infériorité numérique. Le groupe qui formera la cohorte la plus nombreuse, les millennials, est très différent.

Ayant grandi à l'époque où les Etats-Unis étaient à l'apogée de leur puissance, et ayant triomphé dans leurs croisades pour les droits civils et contre la guerre du Vietnam, les baby-boomers se sentaient habilités à gouverner. Souvent conflictuels et moralistes, ils étaient enclins à considérer la politique sous un jour apocalyptique et ils ont mené des guerres culturelles contre les générations précédentes, puis contre des membres de leur propre génération. Ils ont été plus nombreux à faire des études supérieures que les générations précédentes, et moins nombreux à servir dans l'armée. Rebelles dans leur jeunesse, ils sont devenus des parents ultraprotecteurs. Ils ont bénéficié de mesures d'aide sociale et de retraites très généreuses, qui laisseront un énorme fardeau de dettes publiques à la charge de leurs enfants.

Idéalistes pragmatiques

Les millennials, nés entre 1981 et 1996, ont grandi sur une autre planète. Traumatisés par les attentats du 11 septembre, la crise financière et les fusillades dans les écoles, et témoins du déclin de la puissance de leur pays, ils sont décrits comme des idéalistes pragmatiques : désireux de rendre le monde meilleur mais sans les idées messianiques des baby-boomers. C'est la première génération à se sentir parfaitement à l'aise dans l'univers numérique et la dernière à se souvenir d'avoir fait des recherches dans des librairies " réelles ".

Ils adhèrent moins à des partis politiques que leurs parents et sont plus progressistes sur le plan social. Ils défendent le mariage mixte, le mariage homosexuel et la légalisation de la marijuana. Ils présentent aussi une plus grande diversité raciale : selon Pew, 56 % d'entre eux sont blancs, contre près des trois quarts des baby-boomers. Et ils sont moins religieux.

Leurs idées progressistes ont d'ores et déjà engendré des changements au sein des entreprises et dans la culture. Selon eux, les entreprises doivent être locales, écologiques et socialement responsables. Ils ne tiennent pas nécessairement à posséder une maison et une voiture. Comme ils l'ont montré dans le mouvement #MeToo, ils ne tolèrent pas certaines pratiques sexuelles et professionnelles que leurs parents jugeaient normales.

Et ils n'aiment pas le président Donald Trump : dans le classement par tranche d'âge, ce sont eux qui le désapprouvent le plus. Avec leur diversité raciale et leurs idées de gauche, ils peuvent réinventer la politique américaine.

Mais quand ? A la différence des baby-boomers, qui se rendent aux urnes en masse, les millennials restent chez eux. Lors des élections présidentielles, seulement la moitié d'entre eux se déplacent. Même s'ils vont bientôt représenter une part plus importante de la population en âge de voter que les baby-boomers, ils ont beaucoup moins de poids que leurs aînés. Les baby-boomers pourraient donc rester sur le devant de la scène bien après avoir fait leur temps.

Par Jonathan Rauch