Son bac en poche à 17 ans, Jérôme Lemouchoux entame des études en contrôle de gestion et audit à l'Université de Paris Dauphine. Seulement, contrairement à ses copains, il ne se voit ni dans un des Big Four de la consultance ni dans le marketing chez L'Oréal ou Procter & Gamble. Le Parisien rêve d'opérationnel et de contacts humains. Le déclic viendra après son diplôme en commerce et marketing obtenu à l'Ecole de Management de Lyon.
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Son bac en poche à 17 ans, Jérôme Lemouchoux entame des études en contrôle de gestion et audit à l'Université de Paris Dauphine. Seulement, contrairement à ses copains, il ne se voit ni dans un des Big Four de la consultance ni dans le marketing chez L'Oréal ou Procter & Gamble. Le Parisien rêve d'opérationnel et de contacts humains. Le déclic viendra après son diplôme en commerce et marketing obtenu à l'Ecole de Management de Lyon. " J'avais choisi une SupdeCo, comme on dit chez nous, pour m'ouvrir d'autres portes, se souvient Jérôme Lemouchoux. Les cours de management m'avaient bien plu et je souhaitais poursuivre dans cette voie. Seulement en 1998 en France, le service militaire existait encore. J'ai eu la chance de pouvoir opter pour la coopération du service national à l'étranger. Pendant 18 mois, vous étiez mis à la disposition d'une société française pour accompagner son développement à l'étranger. Lors d'une session de découverte des entreprises à l'EM Lyon, j'avais laissé deux C.V. auprès des deux seules entreprises qui m'intéressaient : Air France et Sodexo. La première a accepté ma demande de coopération et je suis parti m'occuper de pricing en Espagne. J'ai quand même failli ne pas partir à cause d'un problème de vue. Je n'étais pas apte à la coopération selon les tests mais, par contre, les mêmes tests me déclaraient bon pour le service militaire... " Juste avant de partir, Sodexo propose à Jérôme Lemouchoux un stage de trois mois. Là aussi, tout faillit capoter. " Je devais rejoindre une start-up intégrée à Sodexo qui développait des services de proximité en ville. Quinze jours avant, on m'avertit que tout tombe à l'eau. Comme j'ai tellement insisté, ils m'ont envoyé sur un de leurs sites. J'y ai découvert le monde incroyable des services et j'ai été séduit. Puis je suis partir en Espagne, chez Air France. Ce fut difficile au départ car je ne parlais pas un mot d'espagnol. En fait, la compagnie aérienne me fascinait car j'avais découvert le monde de l'aviation dans le cadre de mes études à Lyon. J'avais proposé à la fédération des aéroclubs de la région Rhône-Alpes de les aider à doper les souscriptions au brevet de pilote. En échange, elle m'a offert des cours. J'ai persévéré jusqu'au moment du lâcher. L'instructeur quitte l'avion et vous devez vous débrouiller tout seul. J'ai donc décollé et fait un tour autour des Alpes avant de poser mon Cessna. Faute de moyens, je n'ai jamais continué par la suite. " Trois mois avant la fin de sa coopération chez Air France, Jérôme reçoit une proposition de Sodexo. Trois postes correspondant à ses compétences sont ouverts. " En 2000, ils m'ont nommé responsable régional d'un parc de sites. De la gestion pure et un job très prenant car il se passe toujours quelque chose. Très gratifiant aussi car les services sur site fonctionnent comme un bel ascenseur social : les collaborateurs arrivent souvent peu qualifiés, on les forme et ils progressent dans la hiérarchie. Sur le site d'Ernst& Young, qui était dans mon portefeuille, il m'arrivait de croiser des anciens copains de fac qui se demandaient ce que je faisais là avec une charlotte sur la tête ! " Ce premier job chez Sodexo va conforter l'envie de Jérôme Lemouchoux de rester dans le management. Et chez Sodexo aussi semble-t-il puisque, 18 ans plus tard, il y est toujours. " J'ai vécu plein d'expériences dans ce groupe, confie-t-il. Deux choses me plaisent toujours autant. D'une part, la culture d'entreprise extraordinaire mise sur pied par son fondateur Pierre Bellon et les valeurs fortes qu'elle véhicule. Ensuite, notre extraordinaire mission : comment avoir un impact social, économique et environnemental dans les endroits où nous sommes implantés. Aux Philippines, cela a vraiment pris tout son sens. " Avant cela, sur un plan plus personnel, Jérôme Lemouchoux va vivre une expérience qui va le transformer. En 2007, il est dépêché par Sodexo pour s'occuper de la stratégie et de la communication chez Tir Groupé dans le but de préparer la société à la fusion avec Sodexo Chèques et Services France. Il va y saisir la différence entre leadership et management. " Ce fut un choc culturel énorme, se souvient-t-il. Le premier jour, j'ai rencontré cinq directeurs généraux différents ou qui se présentaient comme tels. Il n'y avait aucune structure, pas même de comité de direction. La société avait grandi trop vite. L'idée était de conserver toute son énergie en la structurant. Jusque-là, j'étais très branché sur le comment, le qui et le quoi. Mais là, clairement, mon rôle n'était pas celui-là : il fallait définir un projet et créer de l'inspiration. Et donc se pencher surtout sur le pourquoi. Au même moment, j'ai rejoint l'Association pour le progrès du manager. L'APM soutient, à raison, que l'entreprise ne progresse que si le manager fait de même et se remet en cause. J'y ai rencontré des gens formidables qui m'ont appris la vision humaniste de l'entreprise. J'ai écouté des gens comme Isaac Getz, l'auteur du concept de l'entreprise libérée, ou Vineet Nayar, ce patron indien qui, avec son livre Employees First, Customers Second, a révolutionné le management. " Aux Philippines, où il part en 2014 pour y devenir CEO de Sodexo Benefits and Rewards Services, Jérôme Lemouchoux va vivre un autre choc culturel. Tout y différent : la mentalité des collaborateurs, les clients, etc. Sans oublier les tremblements de terre, la pollution, la chaleur écrasante, les typhons, etc. " Aux Philippines, obtenir un feed-back d'un employé est ardu car il ne dira jamais à un patron que cela ne va pas. J'y suis arrivé avec l'objectif de m'adapter à leur culture et pas le contraire. En trois ans, nous avons tout renversé : les profits ont doublé, le taux d'engagement a explosé et le Net Promotor Score (un système qui mesure la satisfaction des clients, Ndlr) aussi. En outre, avec d'autres entreprises comme Microsoft ou Servier, nous avons été très actifs dans le social. Nous avons mis sur pied des programmes pour sortir les gens de leur bidonville. Non seulement vous les aidez, mais vous donnez un avenir à leurs enfants. Et c'est tout aussi bon pour l'entreprise : ces gens sont particulièrement motivés et les collaborateurs déjà en place sont fiers de travailler pour une société qui agit ainsi. " Après trois ans aux Philippines et son climat étouffant, Jérôme Lemouchoux arrive en Belgique. Un autre choc... météorologique. " Un choc culturel aussi, sourit-il. Si le Philippin ne dit pas grand-chose, le Belge, lui, est cash ! Pourquoi ce poste ? Par le besoin de faire travailler les collaborateurs ensemble. C'est un terrain de jeu où j'ai fait mes preuves chez Sodexo. J'applique en Belgique les mêmes préceptes : parler du pourquoi, inspirer et générer du bien-être et de la confiance. J'ai décidé de rencontrer chaque collaborateur en face à face. Je ne travaille pas avec des fonctions mais avec des personnalités, des énergies et je veux les connaître. Ici, les collaborateurs sont motivés et aiment Sodexo mais il y a, de fait, des soucis au niveau de la collaboration entre services. Je travaille à faire sauter ces silos. " Passionné de kite-surf, qu'il pratique à Coxyde, joueur de tennis assidu, Jérôme Lemouchoux a trouvé, comme bon nombre de ses compatriotes, son bonheur dans le quartier du Châtelain à Ixelles. Il aime y redécouvrir la cuisine des petits restos, un plaisir quasi oublié aux Philippines. Il se rend à son bureau du boulevard de la Plaine ou à ses rendez-vous à vélo (électrique). Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige. Et il a appris que notre drache nationale avait des vertus insoupçonnées pour se déconnecter après une journée de boulot... Par Xavier Beghin.