On voit rarement le président Fabien Debecq à la télévision. Et peu de gens, d'ailleurs, le reconnaissent en rue. Au Stade du Pays de Charleroi, c'est plutôt Mehdi Bayat, l'administrateur délégué du Sporting, qui monopolise les micros et les caméras. L'homme est beau parleur et attire les projecteurs, contrairement à son binôme qui reste délibérément dans l'ombre. Mais il serait toutefois inepte de résumer le rôle du président à celui d'un simple observateur...
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On voit rarement le président Fabien Debecq à la télévision. Et peu de gens, d'ailleurs, le reconnaissent en rue. Au Stade du Pays de Charleroi, c'est plutôt Mehdi Bayat, l'administrateur délégué du Sporting, qui monopolise les micros et les caméras. L'homme est beau parleur et attire les projecteurs, contrairement à son binôme qui reste délibérément dans l'ombre. Mais il serait toutefois inepte de résumer le rôle du président à celui d'un simple observateur... Actionnaire majoritaire du Sporting de Charleroi depuis quatre ans déjà (il détient 95 % des parts), Fabien Debecq participe aussi à la gestion globale et distille volontiers ses conseils, même s'il a choisi de se mettre en retrait. " Je suis fier de Mehdi et c'est lui qui fait tourner la machine, insiste l'homme d'affaires, car je n'ai de toute façon pas le temps de m'investir davantage en raison de mes autres activités. Mais c'est vrai que nous formons un duo et que nous discutons régulièrement de la stratégie du club. En fait, le privé et le professionnel se mélangent puisque nous sommes de vrais amis et que nous nous voyons au moins trois fois par semaine, lorsque je suis en Belgique, pour faire du cardio-training ensemble. " A 53 ans, Fabien Debecq n'affiche pas un gramme de graisse et entretient régulièrement sa forme. Logique : le culte du corps fait partie de son parcours personnel et reste au centre de ses activités professionnelles. Ancien champion d'Europe de culturisme au début des années 1980, le président du Sporting de Charleroi a fait fortune dans la fabrication et la commercialisation de compléments alimentaires pour sportifs. Sa société QNT vend aujourd'hui des boissons énergisantes, des poudres et des comprimés pour la forme physique dans une cinquantaine de pays, avec un chiffre d'affaires qui atteint les 14,5 millions d'euros en Belgique et un autre deux fois plus important à l'étranger via ses filiales implantées en Grande-Bretagne, en Inde et aux Etats-Unis. Les débuts n'ont toutefois pas été faciles. " Je suis un pur Carolo et j'ai grandi dans un milieu ouvrier, raconte Fabien Debecq. Mon père travaillait chez Hainaut-Sambre (l'ancienne entreprise sidérurgique située dans la région de Charleroi, Ndlr) et on ne roulait pas sur l'or. A 17 ans, j'étais un peu perdu et je me suis inscrit dans un club de musculation. Mon corps a réagi très vite et cela m'a permis de m'accrocher à quelque chose. C'était important pour moi. J'ai commencé à faire de la compétition et cela m'a structuré, aussi bien d'un point de vue privé que professionnel. " C'est le début d'une belle success-story. A 19 ans, Fabien Debecq s'offre le titre de champion de Belgique de culturisme et réédite l'exploit, un an plus tard, à l'échelon européen. Soudainement célèbre dans le milieu des bodybuilders, le jeune homme est approché par une société américaine qui lui propose de devenir l'ambassadeur de sa gamme de compléments alimentaires sur le marché belge. La parenthèse du service militaire refermée, Fabien Debecq reprend la gérance d'une salle de sport à Charleroi au milieu des années 1980, tout en s'investissant davantage dans la vente de boissons énergisantes et de poudres protéinées. Son titre de champion d'Europe de culturisme lui ouvre les portes des salles de musculation et les commandes affluent. Mais au fil des mois, la logistique de son partenaire américain ne suit pas et, déçu, le jeune commercial décide alors de partir aux Etats-Unis pour contacter directement des marques concurrentes afin de développer ses activités en Belgique. Il investit toutes ses économies dans le voyage, tente de décrocher des rendez-vous, mais l'expédition se révèle plus compliquée que prévu. L'aventure américaine sera toutefois payante : par le plus grand des hasards (une pub aperçue dans un magazine alors qu'il s'apprête à rentrer au pays), Fabien Debecq apprend l'existence de la société Nature's Best. De retour en Belgique, les échanges téléphoniques se multiplient, un contrat se dessine et, grâce au soutien d'un ami précieux qui se porte garant, l'entrepreneur en herbe peut emprunter quelque 10.000 euros à la banque pour une première commande passée à ce nouveau partenaire. Au début des années 1990, celui qui deviendra plus tard président du Sporting de Charleroi apprend son nouveau métier d'importateur sur le tas, jonglant avec les règlements douaniers et les cours d'anglais intensifs qu'il prend le week-end. Fort du premier réseau qu'il a développé en tant que commercial, Fabien Debecq impose rapidement les produits de Nature's Best sur le marché belge. Les résultats sont bons et ses patrons américains lui donnent, dans la foulée, leur blanc-seing pour conquérir l'Europe. Très vite, l'importateur carolo multiplie les commandes. Il construit un entrepôt à Donstiennes, près de Thuin, et engage ses premiers employés. Persuadé qu'il peut augmenter les marges de Nature's Best en faisant fabriquer directement leurs produits sur le sol européen (suppression des droits de douane et réduction des frais de transport), il convainc ses partenaires de lui confier cette mission et devient même associé de la société. " Pendant presque 20 ans, nous avons travaillé de la sorte et conquis peu à peu le marché européen, explique Fabien Debecq, jusqu'à ce qu'un groupe d'investisseurs nous fasse finalement une offre de rachat. " L'offre sera validée, mais le montant restera secret. Tout au plus sait-on que le même groupe d'investisseurs revendra à son tour, quelques années plus tard, Nature's Best pour 153 millions de dollars... Riche mais délesté de toute activité, l'homme d'affaires carolo décide alors de créer sa propre marque de compléments alimentaires. En 2011, il fonde sa société QNT - pour Quality Nutrition Technology - et se lance sur le marché. Il sait que la concurrence est rude et que, dans ce secteur particulier, les marques américaines donnent le " la ". Voilà pourquoi il opte pour un nom délibérément anglophone et choisit de positionner QNT en priorité aux Etats-Unis. " J'ai décidé de travailler à l'envers, confie Fabien Debecq, car les Européens ne jurent que par les produits américains ou, du moins, qu'ils pensent américains. On s'est donc installé là-bas et on a acheté des pages de pub dans les magazines spécialisés. Or, ces magazines américains sont aussi vendus en Europe et cela a donc permis d'installer progressivement la marque ici. " En quelques années à peine, le patron de QNT réussit son pari, multiplie les points de vente et les filiales. En Belgique, la société est aujourd'hui leader avec 26,5 % du marché des compléments alimentaires. Ses produits - poudres, comprimés pour la forme, barres énergétiques, etc. - sont distribués dans plus de 600 points de vente belges (notamment Di, Decathlon, Intersport, Medi-Market, Multipharma, etc.) et s'écoulent désormais dans plus de 50 pays. Si QNT emploie une trentaine de personnes en Belgique, sa filiale indienne compte, quant à elle, plus de 40 salariés avec un chiffre d'affaires qui, là-bas, double chaque année. " C'est un marché que l'on sous-estime et où l'on compte quand même 1,2 milliard d'habitants, détaille Fabien Debecq. Or, la classe moyenne et le business de la santé en Inde sont en pleine explosion. On a donc commencé à y fabriquer nos produits l'année dernière et je poursuis aujourd'hui le même objectif au Brésil qui est un marché énorme et où le culte du corps est aussi très important. " En pleine croissance, QNT vient aussi de réaliser un joli coup en s'offrant un tout nouveau réseau de distribution en Europe. La société belge a en effet signé un contrat exclusif avec le groupe néerlandais Basic-Fit il y a un mois à peine pour commercialiser ses produits dans toutes les salles de la chaîne de fitness au Benelux. Concrètement, QNT pourra bientôt vendre ses compléments alimentaires dans les distributeurs automatiques des 155 clubs sportifs que compte Basic-Fit aux Pays-Bas et dans les 145 centres recensés en Belgique et au Luxembourg. A ces 300 points de vente supplémentaires, l'entreprise belge espère ajouter prochainement une soixantaine d'autres en France, un pays où Basic-Fit ambitionne l'installation de 500 clubs à l'horizon 2019. Mais pourquoi, fort de cette réussite commerciale, Fabien Debecq s'est-il amouraché du Sporting de Charleroi au point d'en devenir président ? " Je suis Carolo, j'ai toujours aimé le football et j'y ai joué moi-même adolescent, répond le patron de QNT. J'étais aussi très proche d'Abbas Bayat, l'ancien propriétaire du club qui était dans le business des boissons non alcoolisées et dont ma société était cliente (l'homme d'affaires américano-iranien avait en effet racheté l'entreprise Sunnyland à McCain, Ndlr). Quand son neveu Mehdi Bayat est arrivé en Belgique il y a 14 ans pour être le directeur commercial du Sporting, on nous a présentés et le courant est tout de suite passé. Nous sommes devenus amis et j'ai très vite rejoint les sponsors de l'équipe. Lorsqu'il y a cinq ans, le président Abbas Bayat a décidé de s'en aller, l'idée de reprendre le Sporting de Charleroi a germé petit à petit avec Mehdi et nous avons finalement décidé de relever le défi. " Si le montant de la transaction est resté secret, on parle toutefois en coulisse d'un investissement de quelque 5 millions d'euros. A l'époque, toutefois, le plus dur reste à faire. Le club est au plus mal, il a passé la saison 2011-2012 en Division 2 et le Sporting clôture cet exercice fiscal avec une perte de 4,8 millions d'euros et des fonds propres négatifs évalués à plus de 3 millions. Certes, les Zèbres ont décroché le titre qui leur ouvre à nouveau les portes de la première division, mais le club est en faillite virtuelle et la tâche du nouveau duo de décideurs s'avère immense. Au fil des mois, Mehdi Bayat et Fabien Debecq réussissent pourtant le challenge, tant sur le plan sportif que financier. Non seulement le Sporting de Charleroi est devenu aujourd'hui le premier club wallon (s'offrant même le luxe de supplanter le Standard en play-offs 2 ! ), mais son chiffre d'affaires a explosé et il affiche désormais un bénéfice enviable. De 7,2 millions d'euros pour la saison 2012-2013, le budget est en effet passé à 19,2 millions pour la saison 2015-2016 avec un bénéfice qui s'élève à 3,1 millions d'euros et des fonds propres du même acabit. La gestion rigoureuse et la vision d'entreprendre des deux hommes ont été visiblement payantes. " Bien sûr, on est beaucoup plus dans l'émotionnel avec un club de football, mais le Sporting de Charleroi n'en reste pas moins une SA, précise Fabien Debecq. Le club doit se gérer comme une entreprise et je pense que, là aussi, je peux apporter mon expérience. " Avec un retour sur investissement pour sa société QNT, sponsor du club wallon ? " Absolument pas, conclut le président des Zèbres. C'est difficile à mesurer, mais d'une part, je ne crois pas que le Sporting dope la notoriété de QNT ; et puis, d'autre part, il s'agit de deux entreprises séparées. Les bénéfices que dégage aujourd'hui le Sporting sont entièrement réinjectés dans le club, d'autant plus que nous avons besoin d'argent pour la rénovation du stade. Bref, je ne prends rien du tout, ni pour moi, ni pour QNT. " Au Stade du Pays de Charleroi, Monsieur Muscles refuse le télescopage des genres. Et les supporters le lui rendent bien.