1. Comment analysez-vous le rachat du Sporting d'Anderlecht par Marc Coucke ?

C'est une surprise pour tout le monde. Son attachement proclamé vis-à-vis du club d'Ostende semble peser peu par rapport à la rapidité de sa revente. Il est très particulier d'avoir une fidélité à géométrie variable dans le monde du football. D'autant qu'on sait bien qu'il aurait voulu racheter Bruges et non Anderlecht. Quelque part donc, il se fragilise dans sa crédibilité. Cela étant, c'est plutôt une bonne nouvelle pour Anderlecht et le football belge en particulier. Il valait mieux cela qu'un oligarque russe ou un promoteur immobilier qui tient plus à rentabiliser son stade qu'à se soucier du bien-être de l'équipe. Néanmoins, cela pose des questions d'éthique pour le championnat. Pourquoi Marc Coucke reprend-il le club seulement en mars, qui va régler les transferts entre-temps, etc. ? Il est difficile de croire qu'il n'aura rien à dire à Anderlecht pour le moment. Ces questions de transparence fragilisent la régularité de la compétition.

2. Qu'est-ce qui motive les patrons à investir dans le foot ?

C'est d'abord la passion. Le football est la nouvelle danseuse d'un certain nombre d'hommes d'affaires, comme l'art ou les chevaux le sont pour d'autres. Bien sûr, il y a aussi l'espoir de faire de l'argent. Mais le football n'est pas une science exacte. C'est un investissement très risqué, aléatoire et qui dépend d'éléments non maîtrisables comme le raté d'un penalty ou la blessure d'un joueur. Par contre, c'est un formidable outil de networking et de médiatisation. On parle plus pour le moment de Marc Coucke comme président de club que comme homme d'affaires. Avec Anderlecht, il se place même au centre du jeu médiatique. C'est un instrument qui va lui permettre, ainsi qu'à ses marques (Etixx, etc.), de s'internationaliser et de monter en gamme. Il pourra certainement inviter un certain nombre de grands patrons européens dans les loges du club si Anderlecht joue la Champions League.

3. Qu'est-ce que cela signifie pour le projet de stade national ?

En devenant propriétaire d'Anderlecht, Marc Coucke enterre de facto le projet porté par Alain Courtois qui s'inspire de l'idée d'une location du stade national par le Sporting pour être viable. Pour Coucke, un club doit en effet être propriétaire de son stade. C'est donc une carte en plus dans son jeu, vis-à-vis, notamment, d'une partie des milieux d'affaires belges avec qui il est en concurrence, à commencer par le promoteur immobilier Paul Gheyssens (patron de Ghelamco, qui était candidat au rachat d'Anderlecht, Ndlr). Il pourra influencer le choix de celui qui va agrandir l'actuel stade Constant Vanden Stock ou en construire un nouveau. On pense notamment au groupe Versluys qui a rénové le stade d'Ostende et que Marc Coucke connaît bien. Il couperait ainsi l'herbe sous le pied de Ghelamco, pressenti pour construire le nouveau stade national.