Une odeur de café mêlée aux agrumes des tartes aux fruits flotte dans ce petit café de Soho, un quartier branché de la ville. " A tea please ", lance Valérie-Anne Demulier au serveur, dans un anglais parfait. " Thé vert ", précise- t-elle, toujours en anglais, sans jeter de coup d'oeil à la carte qu'elle connaît par coeur. " J'adore venir ici, confie-t-elle, le sourire aux lèvres. On se sent à l'aise. " Pas de chichi pour cette jeune Belge de 29 ans, baskets aux pieds et cheveux négligemment jetés en arrière. Une fois débarrassée de son manteau et de sa grosse écharpe en laine, elle trempe ses lèvres dans le breuvage brûlant. " Je suis malade, certainement à cause des températures ", lâche- t-elle tout en s'excusant de ne pas être en forme. Malgré tout, c'est elle qui commence à poser les questions, avant de s'arrêter en cours de route. " Je suis curieuse ", admet-elle spontanément. Les rôles s'inversent, une seule question et Valérie-Anne est lancée, elle ne s'arrête plus et partage passionnément son expérience.
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Une odeur de café mêlée aux agrumes des tartes aux fruits flotte dans ce petit café de Soho, un quartier branché de la ville. " A tea please ", lance Valérie-Anne Demulier au serveur, dans un anglais parfait. " Thé vert ", précise- t-elle, toujours en anglais, sans jeter de coup d'oeil à la carte qu'elle connaît par coeur. " J'adore venir ici, confie-t-elle, le sourire aux lèvres. On se sent à l'aise. " Pas de chichi pour cette jeune Belge de 29 ans, baskets aux pieds et cheveux négligemment jetés en arrière. Une fois débarrassée de son manteau et de sa grosse écharpe en laine, elle trempe ses lèvres dans le breuvage brûlant. " Je suis malade, certainement à cause des températures ", lâche- t-elle tout en s'excusant de ne pas être en forme. Malgré tout, c'est elle qui commence à poser les questions, avant de s'arrêter en cours de route. " Je suis curieuse ", admet-elle spontanément. Les rôles s'inversent, une seule question et Valérie-Anne est lancée, elle ne s'arrête plus et partage passionnément son expérience. Il y a un peu plus de deux ans, en novembre 2014, la jeune femme originaire de Namur, où elle a passé toute son enfance, décide de suivre son conjoint à New York. " Ça n'a pas été simple, avoue-t-elle, j'étais en train de passer mon barreau pour devenir avocate. " Et surtout, les deux tourtereaux, qui se fréquentaient depuis seulement un an, n'avaient jamais habité ensemble. " C'était vraiment le grand saut ", poursuit-elle, légèrement rougissante. Alors avant de se précipiter, elle vient passer quelques jours puis quelques semaines aux Etats-Unis fin 2014. " En plus, j'avais peur de ne pas aimer New York ", s'amuse la jeune femme. Mais finalement c'est le coup de foudre pour la ville. Une ville dans laquelle elle se sent " vraiment bien ", et qui lui " donne des ailes ". " Je pense que je n'ai jamais autant aimé un endroit ", confesse Valérie-Anne Demulier. Pourtant, fille de la génération Erasmus, elle a de quoi comparer. Après deux ans de master en droit à Liège, elle fait ses valises direction les Pays-Bas en 2010 pour se spécialiser en droit international. Puis la bougeotte la gagne à nouveau, et elle s'envole en 2011 pour le Luxembourg pendant un peu plus de trois ans. Et c'est au Luxembourg justement que la chance frappe à sa porte, d'abord avec la rencontre de son conjoint, puis avec l'opportunité de vivre le rêve américain. Car oui, de la chance il en faut un petit peu pour trouver du travail aux Etats-Unis. " Je suis tombée sur une entreprise luxembourgeoise qui cherchait à envoyer quelqu'un à New York. Une fois le barreau obtenu, je suis partie. " Sans se retourner, elle débute une nouvelle vie et une nouvelle carrière " en développement d'affaires " de l'autre côté de l'Atlantique. Très vite, elle se rend compte que son boulot ne lui permet pas de s'épanouir pleinement. " Il me manquait quelque chose ", se souvient-elle. Alors poussée par l'énergie new-yorkaise et le tourbillon de cette métropole qui ne dort jamais, elle décide de se lancer en parallèle dans l'entrepreneuriat. Un pari fou ? Peut-être bien, mais la ravissante brune n'a pas froid aux yeux. " J'avais aussi la chance de pouvoir compter sur mon conjoint Nicolas et ma famille - deux soeurs, plus jeunes, que je contacte très souvent et qui me manquent énormément. J'ai toujours eu des femmes à mes côtés, et ici j'ai très vite recréé une bande de copines, que j'ai d'abord rencontrées via les sites pour expatriés. " Loin des " clichés féministes agressifs ", de son propre aveu, des rassemblements tupperware ou des " commérages de café ", elles aiment se retrouver pour se raconter leur journée, échanger sur leurs expériences et leurs envies personnelles. Et peu à peu, l'idée de rendre ces rassemblements plus " formels " s'installe dans l'esprit de la Namuroise. " J'avais envie que mes réunions entre copines soient élargies à d'autres femmes ", explique-t-elle. Ambitieuse ? Un peu. Débordante d'énergie ? Certainement. Il y a tout juste un an, elle lance officiellement She for S.H.E (pour Sharing Helping Empowering, soit partager, aider et valoriser), ou " elle pour elles ". " Il s'agit de réunions pour femmes qui se retrouvent pour discuter de leurs ambitions respectives et pour échanger sur des sujets variés, comme le sens du féminisme aujourd'hui ou la reconnaissance, détaille Valérie-Anne Demulier. Souvent on me demande si ce réseau est uniquement destiné aux Françaises, et je réponds qu'il est destiné aux francophones car je suis Belge ", poursuit-elle, fière de son pays d'origine. Chaque mois une femme entrepreneur " que je trouve inspirante vient également parler de son projet ". Et des ateliers accompagnent les discussions, le but étant de " s'aider les unes les autres, de se donner des conseils, d'entreprendre, et d'avoir un endroit où on peut être soi-même ". " Ce n'est pas évident aujourd'hui pour une femme qui travaille et qui a des enfants d'avoir un moment pour penser à elle, à ses projets et pour être créative ", reconnaît la Namuroise. Si elle a organisé les premières réunions dans son salon, avec " une dizaine de filles et quelques amuse-bouches ", elle s'est vite rendu compte du potentiel de son concept. " Ça a tellement bien marché que j'ai dû refuser des filles pour garder le concept de discussions en petit comité ", concède-t-elle. Très étonnée au départ de l'engouement rencontré, elle va vite s'adapter et multiplier les réunions. Aujourd'hui, Valérie-Anne le sait, elle est devenue un peu malgré elle, une véritable chef d'entreprise. " Je loue des salles pour accueillir tout le monde, je fais venir un traiteur, ça a un coût mais pour le reste, mon implication, mes efforts, etc., je ne sais pas les chiffrer. C'est très difficile d'évaluer et d'estimer son travail ", explique-t-elle. Alors elle fixe une participation de 30 dollars par réunion, en fonction de ses frais bien sûr, " mais un peu au hasard aussi ", lâche-t-elle, amusée et bien consciente des difficultés du métier. " J'arrive à dégager des bénéfices parfois, mais ce n'est pas suffisant pour en vivre. Peut-être un jour ", lance-t-elle, pleine d'espoir. Car la jeune femme ne compte pas s'arrêter là et envisage de développer de nouveaux projets. Quand on lui demande de détailler, elle esquive, préférant laisser mûrir ses idées. Son rêve ? " Pouvoir vivre de sa fibre entrepreneuriale ", avoue- t-elle, un peu hésitante, pas vraiment sûre d'elle. Car ce n'est pas toujours facile, mais " c'est une question d'organisation ". " Entre mon boulot principal de business developper, mes temps libres, etc., je prends du plaisir à travailler sur She for S.H.E, y compris le week-end ou le soir ", commente Valérie-Anne Demulier. Et à l'heure des résolutions 2017 et du bilan de l'année écoulée, son regard s'illumine. " Je crois que 2016 a été l'une des meilleures années de ma vie. " CHLOÉ COHEN" Ce n'est pas évident aujourd'hui pour une femme qui travaille et qui a des enfants d'avoir un moment pour penser à elle, à ses projets et pour être créative. "