Je me souviens du moment où je me suis rendu compte que les réseaux sociaux pouvaient se transformer en armes de guerre. Lorsque la vidéo de l'attaque du 15 mars 2019 qui a coûté la vie à 51 musulmans innocents dans deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande est apparue sur mon fil d'actualité, j'ai compris que si je pouvais la voir, des milliers d'autres personnes le pouvaient aussi. Dans les 24 heures qui ont suivi, cette vidéo a été téléchargée jusqu'à une fois par seconde sur YouTube. Aujourd'hui, elle circule toujours sur Internet, même si on ne cesse d'essayer de l'en retirer. L'auteur de cette attaque avait délibérément choisi de diffuser son crime en direct. Il voulait répandre la terreur, disséminer son idéologie de haine et connaître une forme de gloire.
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Je me souviens du moment où je me suis rendu compte que les réseaux sociaux pouvaient se transformer en armes de guerre. Lorsque la vidéo de l'attaque du 15 mars 2019 qui a coûté la vie à 51 musulmans innocents dans deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande est apparue sur mon fil d'actualité, j'ai compris que si je pouvais la voir, des milliers d'autres personnes le pouvaient aussi. Dans les 24 heures qui ont suivi, cette vidéo a été téléchargée jusqu'à une fois par seconde sur YouTube. Aujourd'hui, elle circule toujours sur Internet, même si on ne cesse d'essayer de l'en retirer. L'auteur de cette attaque avait délibérément choisi de diffuser son crime en direct. Il voulait répandre la terreur, disséminer son idéologie de haine et connaître une forme de gloire. Deux mois plus tard, un groupe de dirigeants internationaux emmenés par le président Emmanuel Macron et moi-même, ainsi que des représentants des principales entreprises technologiques, ont lancé l'Appel de Christchurch pour agir contre la diffusion du terrorisme et des contenus violents sur Internet. Il s'agit d'une initiative inédite par laquelle des pays et des entreprises ont décidé de collaborer pour résoudre un problème commun. En l'espace de quelques mois, cette initiative nous a permis de mettre au point un protocole d'action pour le cas où une attaque terroriste serait de nouveau diffusée en direct afin que les entreprises puissent rapidement la supprimer et empêcher sa diffusion. Je me souviens que, le 15 mars, il n'était pas évident de trouver comment demander la suppression d'une vidéo sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, nous disposons d'un système et d'un réseau mondial pour retirer immédiatement ce genre de contenus. Ce dispositif a notamment été testé après l'inqualifiable attaque perpétrée en octobre en Allemagne contre la communauté juive. Les entreprises ont également pris des mesures, notamment Facebook, qui a supprimé la possibilité de diffuser en direct pour les utilisateurs ne respectant pas les règles de la plateforme. Si ces règles avaient existé le 15 mars 2019, l'assaillant des mosquées de Christchurch n'aurait pas été en mesure de diffuser ses crimes. Ces changements sont significatifs. Mais il reste encore beaucoup à faire. Restreindre les possibilités techniques de diffusion de la haine est un pas important, mais il doit également s'accompagner de mesures pour construire des sociétés plus unies et plus inclusives. Cela fait longtemps que je défends l'idée que nos décisions politiques doivent être fondées sur les valeurs que nous apprenons à nos enfants : les simples notions de gentillesse et d'empathie. C'est sur la base de ces valeurs que j'ai décidé d'interdire toutes les armes semi-automatiques en Nouvelle-Zélande après cette attaque. Trop faciles d'accès, elles nuisent à notre sécurité. Soyons clairs : je ne souhaite pas interdire toutes les armes dans mon pays. J'ai grandi dans une communauté rurale où elles sont une nécessité pour les fermiers. Mais je ne vois aucune raison pour que soient encore facilement accessibles des armes qui sont désormais régulièrement utilisées dans le monde pour commettre des tueries de masse contre des innocents. J'ai toujours su que l'action isolée de la Nouvelle-Zélande ne servirait pas à grand-chose. Ce n'est qu'en travaillant les uns avec les autres, au-delà des frontières, que nous avons une chance. Mais nous devons aussi nous pencher sur nos problèmes intérieurs. La meilleure technologie du monde ne suffira pas à éteindre la colère d'un individu et à empêcher qu'il se radicalise. Pour cela, nous avons besoin de créer des sociétés meilleures, plus inclusives, où les différences de chacun sont célébrées et où tout le monde a intérêt à améliorer sa communauté locale. Un genre de société où nous serions fiers de voir grandir nos enfants. Nous ne sommes pas une nation idéale. Mais notre réaction face à l'attentat du 15 mars n'a fait qu'amplifier ce que nous sommes : une société qui juge qu'il est de sa responsabilité d'empêcher que se reproduise ce genre de choses. Mais, aussi, une société qui, confrontée à la haine et à une violence extrême, choisit de répondre avec humanité et d'exprimer son amour pour la communauté visée. L'attentat du 15 mars ne laissera pas l'ignominie, le fanatisme et la terreur en héritage, mais la détermination, la bienveillance et le sens renforcé de notre humanité partagée.