C'est une cité particulière. VilleVermine s'inscrit dans votre esprit comme son labyrinthe de rues se déploie interminablement. Tant pis pour celles et ceux qui rêvent de campagne. Grouillante d'insectes, elle est aussi habitée de personnages singuliers, à l'image de Jacques Peuplier, détective bricoleur solitaire ne parlant qu'aux objets qui l'entourent et semblant indifférent aux problèmes des hommes. Une enquête de disparition l'amènera pourtant à rencontrer et affronter une galerie d'individus : un jeune garçon des rues filant comme une sauterelle, un savant fou gardé par d'inquiétants hommes- insectes, une mafia locale, etc. De quoi sortir notre enquêteur de sa zone de confort. Ce qui fascine dans cette BD, c'est sa propension à jouer sur les fantasmes de la ville où la nature s'est accommodée de bien étrange façon. On la doit à l'imaginaire de Julien Lambert, auteur belge issu de Saint-Luc à Liège repéré par le prix Raymond Leblanc en 2013 (pour un déjà fascinant Edwin, le voyage aux origines), qui confirme ici son talent. Il mêle le polar au récit post-apocalyptique, sans imposer de messages ronflants, mais en s'attachant à la psychologie de ses personnages si particuliers, les laissant s'exprimer pleinement. Son trait fin et vibrant puise dans l'école franco-belge et, par certains éléments, dans le manga, pour s'affirmer pleinement sur de grandes planches soignées. Ce diptyque, dont le premier tome a reçu le prix Fauve polar au dernier festival d'Angoulême, dessine la carte mentale d'une ville dont on redemande.

Julien Lambert, " VilleVermine ", éditions Sarbacane deux tomes de 92 pages, 18 euros le tome.