En un mardi de crachin gris, on sort du Centre international pour la ville, l'architecture et le paysage (Civa) à Ixelles, avec une armée d'images colorées: jaune vif, bleu néon, beige des croquis à la main, blanc éblouissant des maquet-tes. Rien d'anormal puisque l'on vient de parcourir l'une des aventures architecturales les plus décalées et jouissives de la seconde moitié du 20e siècle. Pour ...

En un mardi de crachin gris, on sort du Centre international pour la ville, l'architecture et le paysage (Civa) à Ixelles, avec une armée d'images colorées: jaune vif, bleu néon, beige des croquis à la main, blanc éblouissant des maquet-tes. Rien d'anormal puisque l'on vient de parcourir l'une des aventures architecturales les plus décalées et jouissives de la seconde moitié du 20e siècle. Pour l'occasion, le Civa, situé à deux pas de l'avenue Louise, a bousculé ses cartes scéniques habituellement plutôt sages: ici, il y a du décor, du relief et du dédale entre les salles et niveaux consacrés à Superstudio. Une façon somme toute assez logique de rendre hommage à ce groupe frondeur italien qui démarre officiellement en 1966 à Florence, sous l'impulsion d'Adolfo Natalini et Cristiano Toraldo Di Francia, bientôt rejoints par d'autres architectes se voulant radicaux. Face au classicisme en cours, cette joyeuse bande propose une formule qui abolit les frontières entre la conception des édifices, l'évolution technique et les migrations en cours. Un bouillon d'idées plus ou moins réalisables, de rêves fantasques et de poésie certaine. Pendant une douzaine d'années, Superstudio va explorer la géographie des constructions publiques ou privées mais aussi le design industriel, au premier rang duquel les meubles se distinguent volontiers par leur colorisation ultra. Au premier étage de l'expo du Civa, on peut donc voir et s'asseoir sur des canapés arc-en-ciel qui seraient parfaitement à l'aise un demi-siècle après leur création. Pas à acheter, malheureusement... Par contre, le beau livre édité pour l'occasion par le Civa, et qui emballe trois fascicules différents, combine habilement le sentiment d'utopie ayant vécu, d'équipée collective mais aussi d'une ex-modernité des années 1960/1970 plus que jamais d'actualité. C'est-à-dire laissant une juste place à l'humain, nécessaire dans le grand chaos actuel.