En 2022, la population durement éprouvée d'Afghanistan entrera dans une nouvelle phase de la longue crise que connaît le pays depuis tant d'années. Le retrait des troupes américaines et de l'Otan a déclenché un effondrement spectaculaire du gouvernement soutenu par l'étranger, un retour des talibans et le rétablissement de leur émirat islamique.
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En 2022, la population durement éprouvée d'Afghanistan entrera dans une nouvelle phase de la longue crise que connaît le pays depuis tant d'années. Le retrait des troupes américaines et de l'Otan a déclenché un effondrement spectaculaire du gouvernement soutenu par l'étranger, un retour des talibans et le rétablissement de leur émirat islamique. Les talibans persistaient à dire, avant leur victoire, qu'ils avaient tiré les leçons de l'échec de leur régime répressif dans les années 1990 et qu'ils avaient changé. Les premiers signes laissent toutefois supposer le contraire. L'ancienne garde du mouvement a effectivement repris les rênes. Les femmes sont de nouveau empêchées d'aller travailler et l'enseignement des filles a été suspendu. Le ministère des crimes moraux a été réinstauré. L'ordre est de nouveau imposé par la force. La victoire des talibans a certes mis un terme à une guerre dans laquelle des centaines de personnes étaient tuées chaque mois, mais le pays reste confronté à une kyrielle de problèmes. La sécheresse, la pandémie de covid et la guerre se sont combinées pour créer une crise humanitaire bien avant que les talibans ne reviennent au pouvoir. Mais aujourd'hui, cette crise s'accentue fortement, la victoire des talibans ayant précipité la débâcle économique. Le nouvel émirat n'a pas d'argent et aucune perspective sérieuse pour en obtenir. L'ancien gouvernement avait un budget financé aux trois quarts par l'aide internationale, désormais gelée. L'Onu a prévenu qu'un million d'enfants risquaient la famine. La communauté internationale, confrontée à la fois à un désastre humanitaire et à un mouvement taliban irréductible, n'aura de choix que de collaborer ou de s'éloigner. Les deux options comportent des risques. Abandonner le pays entraînerait une souffrance humaine incommensurable, de grandes vagues de migration et l'impossibilité de pouvoir modérer le pouvoir islamiste. D'un autre côté, toute collaboration serait utilisée par les talibans pour valider leur régime et renforcer leur mainmise sur le pouvoir. La communauté internationale scrutera aussi les éventuels signes d'un retour de groupes terroristes internationaux comme Al-Qaïda. Les services des renseignement mettent déjà en doute les assurances des talibans selon lesquelles ils empêcheront ces groupes d'utiliser à nouveau l'Afghanistan comme base stratégique. Par ailleurs, la victoire des islamistes sur une superpuissance stimule les djihadistes du monde entier. Aux premiers jours de leur nouveau régime, les talibans semblent avoir la mainmise totale sur le pays. Mais ce contrôle pourrait s'avérer éphémère: leur nouveau gouvernement ne convient pas à une paix à long terme. L'ancienne classe politique et les groupes ethniques ont été entièrement évincés par ces talibans essentiellement pachtounes. La résistance devrait s'enraciner et croître. Si les talibans n'ont effectivement pas changé, le pays qu'ils gouvernent est en revanche très différent de l'Afghanistan des années 1990. La résistance civique, sociale et peut-être militaire rendra la gouvernance difficile. Cela pourrait à son tour exacerber les tensions internes au sein du mouvement islamiste. Or, il n'aura fallu que quelques semaines après la chute de Kaboul pour que des rapports fassent état de luttes intestines entre les modérés qui veulent un gouvernement plus inclusif et les extrémistes qui s'y opposent. Au moment où le dernier avion de transport militaire américain a décollé de l'aéroport de Kaboul et disparu à l'horizon au mois d'août, de nombreux observateurs à Washington ont déclaré la fin de la guerre. Mais pour les Afghans, il pourrait simplement s'agir du début d'un nouveau et difficile chapitre.