Par leurs défilés, leurs chants, leurs actions de boycott ou leurs cocktails Molotov, les Hongkongais ont montré qu'ils avaient un don pour la manifestation. Durant l'été dernier, plus d'un million de personnes sont descendues dans la rue pour réclamer l'abandon d'un projet de loi très impopulaire sur les règles d'extradition. Le projet de loi a été enterré, mais la colère qu'il a déclenchée demeure. Aucune issue n'est en vue, faute de concessions de la part du gouvernement comme des manifestants. Le gouvernement s'apprête à promulguer des lois pour restreindre le droit de manifester et donner à la police des pouvoirs supplémentaires. Si les manifestants " en première ligne " en venaient à prendre des armes plus dangereuses, ils devraient toujours bénéficier du soutien des...

Par leurs défilés, leurs chants, leurs actions de boycott ou leurs cocktails Molotov, les Hongkongais ont montré qu'ils avaient un don pour la manifestation. Durant l'été dernier, plus d'un million de personnes sont descendues dans la rue pour réclamer l'abandon d'un projet de loi très impopulaire sur les règles d'extradition. Le projet de loi a été enterré, mais la colère qu'il a déclenchée demeure. Aucune issue n'est en vue, faute de concessions de la part du gouvernement comme des manifestants. Le gouvernement s'apprête à promulguer des lois pour restreindre le droit de manifester et donner à la police des pouvoirs supplémentaires. Si les manifestants " en première ligne " en venaient à prendre des armes plus dangereuses, ils devraient toujours bénéficier du soutien des modérés. Les Hongkongais veulent choisir leurs propres dirigeants, mais la Chine n'accordera pas le genre de réformes démocratiques que les manifestants exigent. A supposer que Pékin parvienne à trouver un candidat volontaire (et compétent) pour remplacer Carrie Lam à la tête de Hong Kong, la méthode de choix causerait quand même la polémique. La cheffe de l'exécutif pourrait cependant être partie d'ici à la fin de l'année, même si la Chine ne veut pas précipiter son départ. L'organisme de surveillance de la police (l'Independent Police Complaints Council, IPCC) doit rendre en février son premier rapport d'enquête sur la gestion des troubles. Celui-ci devrait être étudié en détail, notamment par ceux qui auraient souhaité une enquête indépendante dirigée par un juge. Des élections pour nommer les membres du Conseil législatif devraient avoir lieu en septembre. Le LegCo, comme on l'appelle, est la cible physique et idéologique des manifestants. Seule la moitié des 70 sièges sont élus au suffrage direct ; les autres sont choisis par des groupes d'intérêt et des circonscriptions sectorielles, qui se montrent en général favorables au gouvernement local et à ses soutiens à Pékin. Les appels pressants en faveur d'une réforme démocratique devraient se traduire par un taux de participation élevé et des victoires pour l'opposition. Mais les jeunes vont perturber la campagne là où les candidats qu'ils soutiennent seront empêchés de se présenter, comme certains l'ont été lors d'élections précédentes parce qu'ils prônaient une plus grande autonomie. La Chine estime sans doute que les dommages que causerait l'envoi de troupes sur place seraient supérieurs à ceux provoqués par les manifestations. Le gouvernement de Pékin pourrait donc préférer exercer des pressions sur ceux qui élaborent les politiques locales, sur les tribunaux, le monde des affaires et les médias, mais il se heurterait ainsi à une plus grande résistance. La Chine va sanctionner les entreprises qui apportent leur soutien aux manifestants et dénoncer l' " ingérence étrangère ", en particulier celle des Etats-Unis, où certains candidats à la présidentielle s'intéressent de très près à la situation du territoire. De nombreux Hongkongais disposant d'un passeport étranger pourraient s'apprêter à quitter la région si les événements prennent une mauvaise tournure. L'économie a souffert à la fois de la guerre commerciale sino-américaine et des manifestations. D'importants secteurs tels que l'immobilier, le tourisme et la vente au détail risquent de vivoter tant que les voyageurs en provenance de Chine populaire s'abstiendront de se rendre à Hong Kong. Carrie Lam espère rendre la ville un peu plus équitable grâce aux réformes dans le secteur du logement, mais elle doit être réaliste face à la colère qu'elle affronte et offrir davantage. Il ne lui est plus possible d'éviter des réformes politiques. La société hongkongaise, malmenée, a besoin de toute urgence de soigner ses blessures.