Dans la fiction Kivu, deux personnages de ce récit sont bien réels. Premièrement, Denis Mukwege, gynécologue congolais surnommé " l'homme qui répare les femmes ", accueille et soigne dans l'hôpital Panzi de Bukavu les fillettes et les femmes qui ont subi des mutilations génitales commises par les nombreuses milices qui utilisent le viol comme arme de guerre. Si la voix du récent Prix Nobel de la Paix s'entend aujourd'hui en Europe, c'est grâce à son confrère belge Guy-Bernard Cadière, chirurgien digestif au CHU Saint-Pierre, qui est à l'initiative de la BD. Plusieurs fois par an, il part sur place pour assister son collègue. Les deux médecins mènent depuis de longues années un combat de sensibilisation et d'information sur les malheurs du Kivu.
...

Dans la fiction Kivu, deux personnages de ce récit sont bien réels. Premièrement, Denis Mukwege, gynécologue congolais surnommé " l'homme qui répare les femmes ", accueille et soigne dans l'hôpital Panzi de Bukavu les fillettes et les femmes qui ont subi des mutilations génitales commises par les nombreuses milices qui utilisent le viol comme arme de guerre. Si la voix du récent Prix Nobel de la Paix s'entend aujourd'hui en Europe, c'est grâce à son confrère belge Guy-Bernard Cadière, chirurgien digestif au CHU Saint-Pierre, qui est à l'initiative de la BD. Plusieurs fois par an, il part sur place pour assister son collègue. Les deux médecins mènent depuis de longues années un combat de sensibilisation et d'information sur les malheurs du Kivu. " Un paradis devenu enfer ", selon Jean Van Hamme. Ami du médecin belge, le scénariste a accepté après quelques hésitations de sortir de sa retraite et de raconter en BD les malheurs du Kivu, région chaotique qu'il a connue dans sa jeunesse. Déstabilisée par l'arrivée massive de militants génocidaires rwandais en 1994 regroupés en groupements paramilitaires violents, la province a connu une guerre civile dévastatrice. S'il fallait encore noircir le tableau, le sous-sol attise la convoitise de nombreuses multinationales qui s'arrachent le coltan, minerai nécessaire à la fabrication d'appareils électroniques comme les smartphones. Ces entreprises profitent du désordre politique local et l'entretiennent par la corruption pour exploiter le précieux composant à moindre coût. Les témoignages, et en premier ceux des deux chirurgiens, ne manquent pas. Pourtant, Van Hamme fait le choix de la fiction même si la BD reportage ou documentaire s'est développée avec succès. Il crée le personnage de François Daans, jeune ingénieur candide envoyé par son entreprise pour diriger la production de coltan. Sur place, l'humaniste qu'il est se voit comme complice d'une barbarie bien réelle. Il rencontre la jeune Violette, qui a été victime d'une tentative de viol, et un vieux mercenaire, Peter De Bruyne, qui a l'Afrique dans le sang. En tentant de retrouver le frère de la fillette, il se met à dos les militaires et rebelles locaux et se réfugie à l'hôpital de Panzi. " Y mettre un personnage fictif envoyé par une multinationale, c'est un peu mettre le lecteur en scène, explique Jean Van Hamme. Je peux jouer sur deux émotions : celle entre ce garçon, la gamine et le vieux mercenaire, et puis l'arrière-fond réaliste. " C'est de cette manière qu'il raconte au mieux son engagement à vouloir informer le public des atrocités constatées sur place et racontées dans le livre Panzi de Cadière et Mukwege. Le réalisme de Kivu s'est aussi nourri du voyage effectué par le dessinateur Christophe Simon avec le docteur Cadière. L'artiste en est revenu avec " une plaie ouverte ". " C'est toujours très éprouvant d'évoquer certains souvenirs et pourtant j'ai envie de le faire pour témoigner des horreurs qui se passent là-bas, raconte-t-il. C'est facile ici en Europe d'évoquer au JT qu'autant de personnes ont été tuées et violées, etc. Croiser le regard de ces personnes, c'est une tout autre réalité. Ce ne sont plus des chiffres. " Le scénario était déjà écrit avant son départ, son périple lui a donné les images et les personnages qui lui manquaient, avec un questionnement sur la représentation de la violence avec pudeur mais pas trop non plus, au risque d'être inefficace. Pour l'habitué des récits historiques - Alix, Lefranc et Corentin -, cet album constitue une nouvelle aventure. Constant dans un certain classicisme, son dessin s'enrichit d'une sorte de brûlure de la vérité dans les décors et les personnages. " Quand on fait de la BD historique, on recherche un académisme au service d'une certaine élégance. Cela doit faire joli. Ici, il y avait l'émotion et ma volonté de témoigner en plus. " De la chaleur et du corps pour une BD qui malgré quelques passages fort didactiques, demeurent une dénonciation sombre des violations des droits de l'homme. Les deux auteurs regrettent d'ailleurs n'y avoir pas trouvé de solution et restent circonspect quant à l'espoir au retour de la paix et de la justice au Kivu.