A 18 ans, Véronique Grisard de la Rochette se rêvait enseignante. Après ses études à HEC Liège, elle aurait passé l'agréation pour pouvoir partager son savoir. Plus de 30 ans après, la voie suivie est complètement différente : cette fille de banquier se retrouve membre du comité de direction de Puilaetco Dewaay, l'une des banques privées les plus importantes du pays. Et pourtant, au bout d'une demi-journée à HEC Liège, elle a failli s'enfuir.
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A 18 ans, Véronique Grisard de la Rochette se rêvait enseignante. Après ses études à HEC Liège, elle aurait passé l'agréation pour pouvoir partager son savoir. Plus de 30 ans après, la voie suivie est complètement différente : cette fille de banquier se retrouve membre du comité de direction de Puilaetco Dewaay, l'une des banques privées les plus importantes du pays. Et pourtant, au bout d'une demi-journée à HEC Liège, elle a failli s'enfuir. " Après quatre ans au lycée St-Jacques, j'ai terminé ma scolarité secondaire chez les Bénédictines, une école un peu bon chic bon genre, se rappelle Véronique Grisard de la Rochette. Je me suis inscrite à HEC Liège sans vraiment savoir ce que j'allais faire. Mais par rapport à l'Administration des affaires enseignée à l'université de Liège, cette école proposait des langues et des cours donnés par des professionnels du secteur. Je trouvais cela plus attrayant. Le premier jour, je me suis retrouvée dans un auditoire avec 250 étudiants. C'est déjà impressionnant. Puis, le président de l'association des étudiants est monté sur le podium et a chauffé l'auditoire. Chansons paillardes, exhibitions estudiantines : moi qui sortait d'une école de filles, je ne savais plus où me mettre. Le midi, je suis rentrée toute rouge chez mes parents, bien décidée à ne plus mettre les pieds à HEC. En fin de compte, je me suis amusée comme une petite folle et j'ai beaucoup apprécié l'enseignement pratique et varié ainsi que les professeurs, majoritairement des chargés de cours. " Son diplôme en sciences commerciales et financières en poche, Véronique Grisard de la Rochette est ensuite partie plusieurs mois en Autriche pour participer à la gestion d'un grand hôtel dans une station de ski. Histoire de parfaire son allemand. Après un autre séjour en Allemagne dans le cadre du Prix du commerce extérieur, elle se retrouve stagiaire à la BBL. " A l'époque, les banques proposaient des stages de type long, se rappelle Véronique Grisard de la Rochette. A la BBL, nous étions 20 ou 25 diplômés, nous avions un tronc commun de formation et ensuite, nous étions envoyés dans tous les départements de la banque. C'était pratique pour trouver sa voie et le domaine qui vous plaisait le plus. Le but était aussi, pour la banque, de former ses recrues à Bruxelles avant de les envoyer dans leur région d'origine. Mais moi, je ne voulais pas retourner à Liège, je voulais vivre à Bruxelles ! Alors, un jour, je suis allée voir le patron du département Corporate de la BBL pour obtenir un poste de chargée de relations entreprises, et je l'ai obtenu ! Il m'en a reparlé des années après, de cette entrevue et de mon audace. Il se souvenait même de la couleur de ma robe : rouge ! " Au cours de cette première expérience professionnelle, Véronique Comeliau (son nom de jeune fille) a épousé Philippe Grisard de la Rochette, aussi un Liégeois. Après quelques années à Bruxelles, le couple a souhaité retourner sur ses terres natales. Véronique Grisard va alors, à la demande de la BBL, reprendre un portefeuille important de clients entreprises pour la région Verviers-Eupen-Cantons de l'Est, où sa connaissance de l'allemand va faire merveille. " Après quelques années, la banque, devenue ING, va me proposer de diriger le département Entreprises dans la région. Et au même moment, mon mari exerçait exactement la même fonction pour Fortis dans le Brabant wallon ! Ce qui est amusant, c'est que nous nous voyons encore aujourd'hui avec l'ensemble de l'ancienne équipe de direction de ING de la région Liège-Verviers. Nous allons manger tous les deux mois dans un restaurant italien. Je suis la seule à encore travailler. " Fin 2006, Véronique Grisard est subitement remerciée chez ING. Au même moment, Puilaetco Dewaay cherchait à donner un nouvel élan à son département Private banking Wallonie qui vivotait. Via un chasseur de têtes, la banque privée avait approché son mari. Ce dernier a alors signifié qu'il n'était pas intéressé mais qu'il connaissait une personne qui conviendrait beaucoup mieux ! Elle avait cependant deux défauts : être une femme et jeune maman d'un quatrième enfant. On lui a répondu que ni l'un ni l'autre n'étaient un problème. Quelques semaines plus tard, Véronique Grisard de la Rochette était engagée. Pourtant, gérer les relations avec des clients entreprises n'est en rien comparable avec la gestion de patrimoine... " Non et je concède que je n'y connaissais pas grand-chose dans ce domaine, raconte Véronique Grisard de la Rochette. Je ne savais même pas ce qu'était un fonds Carmignac ! Mais j'ai l'entrepreneuriat dans le sang et mon truc, c'est le développement commercial. Nouer des contacts, et tout mettre en oeuvre pour servir au mieux des clients. Et les chefs d'entreprise qui étaient mes clients chez ING étaient tout indiqués pour nécessiter les services de Puilaetco Dewaay. Mon réseau de relations m'a ouvert bien des portes dans ce métier-ci. Mon expérience m'a bien servi. Après, j'ai trouvé, en interne, les compétences nécessaires et la banque m'a fait confiance pour engager les personnes que je voulais. " Sous sa direction, le département Private banking Wallonie va considérablement se développer. Avec l'ouverture d'un nouveau bureau à Namur, l'agrandissement de l'équipe (plus de 10 personnes aujourd'hui) et des résultats financiers multipliés par sept. Cette belle réussite est, sans doute, à l'origine, de sa promotion et de sa nomination au comité de direction. " Je n'ai pas fait cela toute seule évidemment, confie Véronique Grisard de la Rochette. C'est le travail de toute une équipe, dont je suis particulièrement fière. Le contact avec le client et sa compréhension permettent de proposer une gestion de patrimoine adaptée. Cette proximité du terrain permet d'influencer la stratégie de la banque. Nous faisons du sur-mesure pour nos clients. C'est notre force et notre différence. Nous travaillons dans le long terme avec les familles qui nous font confiance. J'ai la chance de faire un métier merveilleux et riche sur le plan humain. Nous entrons dans l'intimité des familles, des couples et nous les aidons à planifier leur avenir. Je ne veux surtout pas perdre ce lien-là en montant dans le comité de direction. J'ai besoin de l'input de nos clients pour rester crédible et éviter d'évoluer dans une tour d'ivoire. " La nomination de Véronique Grisard de la Rochette, annoncée quelques mois avant celle d'Amaury de Laet comme nouveau CEO, augmente encore la représentation féminine au sein du comité de direction. Un fait rare dans le monde bancaire belge et un message porteur par les temps qui courent. " Je ne suis pas une féministe du tout, confie Véronique Grisard de la Rochette. Et je n'ai jamais milité dans ce sens. C'est le hasard de la gestion des talents. Ceci dit, je suis une ardente militante pour la complémentarité des équipes. Ce sont celles qui donnent le meilleur résultat pour le client. Après, j'ai eu la chance dans ma carrière de côtoyer des hommes qui étaient ouverts aux femmes... " Joueuse de bridge comme ses parents, banquière comme son papa, Véronique Grisard de la Rochette a suivi une autre tradition familiale. Fin décembre 2015, elle est devenue consul de Slovénie à Liège avec l'ensemble de la Région wallonne comme circonscription consulaire. Et comme l'histoire a l'art comique de repasser les plats, cette position, exercée à titre gratuit, a d'abord été proposée à... son mari !