" Le tableau est bien là, il est arrivé ce matin par transport sécurisé alors que notre stand est déjà en montage. " A quelques jours de l'ouverture de la plus grande foire d'art de Belgique, le site de Tour & Taxis est en effervescence et la voix de Jos Boon, codirecteur de la Boon Gallery de Knokke-le-Zoute, se perd un peu dans les bruits de bricolage. Le joli coup du clan Boon s'appelle L'Oracle et est signé du maître belge du surréalisme, René Magritte.
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" Le tableau est bien là, il est arrivé ce matin par transport sécurisé alors que notre stand est déjà en montage. " A quelques jours de l'ouverture de la plus grande foire d'art de Belgique, le site de Tour & Taxis est en effervescence et la voix de Jos Boon, codirecteur de la Boon Gallery de Knokke-le-Zoute, se perd un peu dans les bruits de bricolage. Le joli coup du clan Boon s'appelle L'Oracle et est signé du maître belge du surréalisme, René Magritte. Dans une vidéo récemment mise en ligne sur YouTube, le fils, Christophe Boon présente la toile de l'artiste au chapeau melon. Une huile de dimension moyenne - 60 x 92 cm - datant du début des années 1930. " Le tableau est resté hors de la vue du public au cours des 30 dernières années mais son propriétaire - qui souhaite rester anonyme - nous l'a confié à la vente l'été dernier et nous l'avons gardé pour la Brafa ", explique Christophe Boon.La toile, qui comprend tous les éléments caractéristiques des oeuvres les plus reconnaissables du peintre - nuages blancs sur fond azur, clair-obscur -, est mise à prix à 4,2 millions d'euros. " Nous ne sommes pas une salle de ventes. Le montant est donc fixe et l'oeuvre ira au premier acquéreur qui présentera une offre d'achat ferme. Magritte jouit d'une renommée internationale. Nous avons bon espoir de la vendre lors de la Brafa qui est, aujourd'hui, l'une des trois plus grandes foires d'art d'Europe. " La Brussels Art Fair a multiplié les effets d'annonce en amont pour piquer la curiosité du public, aimanté par les noms célèbres. L'an dernier, plus de 60.000 visiteurs ont foulé les allées de Tour & Taxis et, avec des têtes d'affiche comme Christo, Rubens ou Magritte, l'édition 2018 devrait enregistrer un nouveau record de fréquentation. Car, outre le Magritte, la Brafa propose un Rubens récemment redécouvert, La chasse au cerf par Diane et ses nymphes, une huile sur toile aux grandes dimensions - 155 x 199 cm - datée entre 1635 et 1640. L'autre sensation a été réalisée un peu plus de trois siècles plus tard par Christo. L'artiste international n'emballera pas la Brafa mais y exposera l'une de ses oeuvres de jeunesse du milieu des années 1960, lorsqu'il créait des vitrines et des devantures de magasins imaginaires. L'oeuvre fait 14 m de long et 2,5 m de haut, soit la plus grande oeuvre jamais accueillie à la Brafa. Dans les années 1990, la Brafa, installée alors au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, était une foire d'antiquités classique et un rien surannée réservée aux collectionneurs et galeristes belges. L'arrivée à Tour & Taxis en 2004 l'a dépoussiérée : le complexe d'entrepôts a permis non seulement de doubler le nombre de galeries participantes - 134 pour l'édition 2018, dont 15 nouvelles galeries - mais d'ouvrir aussi progressivement la foire à l'art contemporain. " Je participe à la Brafa depuis 18 ans et, de fait, à Bozar, c'était très belgo-belge. En s'installant à Tour & Taxis, la foire s'est peu à peu ouverte à toute l'Europe, ce qui a permis d'attirer des visiteurs étrangers ", explique Patrick Lancz qui a donné son nom à sa galerie du Sablon. Piochant dans la peinture de fin 19e siècle jusqu'aux années 1970, ce galeriste a investi à peu près 50.000 euros pour son stand de 60 m2 et les frais afférents à la foire. " Cela comprend les invitations lancées pour le pré-vernissage du jeudi (75 euros par personne, champagne compris) et le vernissage du vendredi (50 euros les deux places). En tout, cela représente 500 à 600 invitations. On dit généralement que pour un investissement de 50.000 euros, il faut réaliser un chiffre d'affaires 10 fois supérieur : si je continue à venir, c'est forcément que le retour sur investissement est intéressant. Comme l'argent mis en banque ne rapporte pratiquement plus rien, c'est tout bénéfice pour le marché de l'art ! 2017 a d'ailleurs été ma meilleure année en 25 ans de métier. Chez moi, les prix commencent à 1.000 ou 1.500 euros pour de petites huiles, sans exclure des objets plus rares. Cette année, j'aurai d'ailleurs, sur mon stand, un Poliakoff à 500.000 euros (un des grands maîtres de la peinture abstraite, Ndlr). " Au final, ce sexagénaire qui roule en Harley-Davidson n'a qu'une seule crainte, " que la Brafa se fasse vampiriser par le contemporain ". La Brafa accueille, en effet, depuis deux ans une section " art contemporain ", limitée pour l'instant à 10 % des espaces. Le domaine de prédilection de Samuel Vanhoegaerden, vendeur il y a quelques années, d'un Keith Haring " pour plusieurs millions d'euros " via la galerie qui porte son nom à Knokke. " La Brafa se prépare pratiquement une année à l'avance ", explique le galeriste. Il faut avoir la forme pour tenir la cadence de ces deux semaines à Tour & Taxis et garder les idées claires pour les ventes. " S'il fréquente aussi d'autres salons, comme la Masterpiece de Londres " où les coûts sont deux fois ceux de la Brafa ", Samuel Vanhoegaerden souligne la particularité de l'événement de fin janvier à Tour & Taxis : " La foire doit être une surprise et non pas une redite de ce que les visiteurs peuvent découvrir toute l'année dans votre galerie. C'est la raison pour laquelle j'amène à la Brafa 20 tableaux que je n'ai jamais exposés. " Des effets surprises dont est friand l'événement bruxellois.