"Au lieu que ce soit la fête dans un seul pays, ce sera la fête dans toute l'Europe ", avait affirmé en 2012 Gianni Infantino, à l'époque secrétaire général de l'UEFA (l'organisme dirigeant du football européen), avec une formule a priori séduisante. L'Euro 2020 se déroulera dans 12 pays hôtes différents, alors que, jusqu'à présent, c'était deux au maximum. Si cette " célébration spéciale " a pour but de marquer plus particulièrement le 60e anniversaire du premier Euro, la décision de partager les festivités répond aussi à des critères économiques, a laissé entendre par la suite Gianni Infantino. Les responsables avaient-i...

"Au lieu que ce soit la fête dans un seul pays, ce sera la fête dans toute l'Europe ", avait affirmé en 2012 Gianni Infantino, à l'époque secrétaire général de l'UEFA (l'organisme dirigeant du football européen), avec une formule a priori séduisante. L'Euro 2020 se déroulera dans 12 pays hôtes différents, alors que, jusqu'à présent, c'était deux au maximum. Si cette " célébration spéciale " a pour but de marquer plus particulièrement le 60e anniversaire du premier Euro, la décision de partager les festivités répond aussi à des critères économiques, a laissé entendre par la suite Gianni Infantino. Les responsables avaient-ils eu des difficultés pour trouver un pays, sinon deux, prêt à assumer ce fardeau financier ? Accueillir de grands spectacles sportifs revient cher, en effet. La Russie a déboursé environ 14 milliards de dollars pour la Coupe du monde 2018. Le Brésil a dépensé, quant à lui, entre 11 et 14 milliards de dollars pour accueillir celle de 2014, cette somme incluant différentes choses comme la construction de routes ou de nouveaux stades. A l'époque, les prévisionnistes avaient affirmé que cela aurait un impact positif sur l'économie brésilienne, de l'ordre de 3 à 13 milliards de dollars, mais de nombreux Brésiliens, pourtant passionnés de football, ont été mécontents de l'utilisation des deniers publics à cette occasion. L'un des stades construits pour la Coupe du monde sert désormais plus souvent de dépôt de bus que d'arène sportive. La décision de répartir l'organisation de l'Euro 2020 entre 12 pays a été prise en 2012, quelques années après la crise financière de 2008 et la récession qui a suivi. Ce partage doit aider à répartir les charges, c'est peut-être le moyen de faciliter l'accueil d'une telle compétition. En Europe, les décideurs doivent justifier ces méga-événements, dont le coût environnemental est de plus en plus un sujet de préoccupation, auprès de leurs concitoyens, qui exercent un droit de regard très sévère. Beaucoup d'électeurs pensent que l'argent public serait mieux dépensé pour les hôpitaux et les écoles. En 2013, ces facteurs ont probablement pesé dans la balance lors du référendum organisé par la ville de Munich au sujet de sa candidature aux Jeux olympiques d'hiver de 2022 : les habitants ont dit nein. L'époque est révolue, semble-t-il, où les dirigeants des démocraties européennes pouvaient se porter candidats à l'organisation de grands tournois sportifs afin de s'enorgueillir de ces projets. On pourrait penser que le fait de partager la tâche d'accueillir ce genre d'événement favorise l'établissement durable de relations chaleureuses entre les pays concernés. Mais ce n'est pas le cas du Japon et de la Corée du Sud, co-organisateurs de la Coupe du monde 2002, et qui restent à couteaux tirés. Et quand la finale de l'Euro 2020 se déroulera au stade de Wembley à Londres en juillet prochain, certains se demanderont sans doute dans quelle mesure le Royaume-Uni se considère encore comme partie intégrante de l'Europe.