Il y a du vécu dans ce que raconte ce roman doux-amer. Emilie de Turckheim avait sept ans lorsqu'un drame est survenu dans la banlieue résidentielle où l'écrivaine française vivait à l'époque, à Long Island. Si elle s'en empare 30 ans plus tard, c'est comme prétexte pour nous parler d'autre chose. Son texte est construit comme un suspense. Dès les premières pages, on sait que quelque chose...

Il y a du vécu dans ce que raconte ce roman doux-amer. Emilie de Turckheim avait sept ans lorsqu'un drame est survenu dans la banlieue résidentielle où l'écrivaine française vivait à l'époque, à Long Island. Si elle s'en empare 30 ans plus tard, c'est comme prétexte pour nous parler d'autre chose. Son texte est construit comme un suspense. Dès les premières pages, on sait que quelque chose de terrible va se dérouler. Mais avant de nous révéler ce dont il s'agit, l'auteure nous décrit une petite ville idéale dans laquelle vit une communauté constituée par les parents de marmots fréquentant le même collège. Derrière les sourires, derrière les fêtes de l'école où chacun rivalise d'engagement et d'originalité, il n'y a que frustration, jalousie, hypocrisie et ennui. La lunch-box, que chaque enfant emporte avec lui à l'école et qui aura un rôle déterminant dans le drame, représente symboliquement ces vies bien rangées, prudentes et interchangeables, qui ont le goût triste et fade d'une aventure terminée avant l'heure. Certes, le thème n'est pas neuf, la littérature et le cinéma regorgent de ces desperate housewives aux sourires trop beaux pour être honnêtes. Mais l'écriture et le ton d'Emilie de Turckheim ont le chic de ne jamais ennuyer. Sa peinture de caractères reste juste, jusque dans les personnages les plus caricaturaux. Et puis surtout, son roman bascule dans une seconde partie particulièrement réussie avec le deuil pour thème principal. Le deuil de ceux qui le vivent au plus profond de leur chair, celui qui détruit et sur lequel on ne peut mettre aucun mot. Mais aussi le deuil que vous renvoient les autres, avec maladresse, indélicatesse et parfois méchanceté. Pour preuve, les deux pages aux phrases incroyables adressées à des endeuillé.e.s reprises dans l'ouvrage et dont plus de la moitié est vraie. Quand on vous disait qu'il y avait du vécu dans ce roman!