Jonathan Coe, romancier à l'esprit aiguisé ( Testament à l'anglaise, Bienvenue au club, etc.) est aussi un cinéphile averti. C'est donc naturellement que Billy Wilder et moi opère une synthèse inspirée entre cinéma et romanesque, l'écrivain britannique y doublant le récit d'apprentissage d'un portrait de cinéaste, celui du réalisateur de Certains l'aiment chaud, La Garço...

Jonathan Coe, romancier à l'esprit aiguisé ( Testament à l'anglaise, Bienvenue au club, etc.) est aussi un cinéphile averti. C'est donc naturellement que Billy Wilder et moi opère une synthèse inspirée entre cinéma et romanesque, l'écrivain britannique y doublant le récit d'apprentissage d'un portrait de cinéaste, celui du réalisateur de Certains l'aiment chaud, La Garçonnière, Sunset Boulevard ou Fedora. C'est précisément à la veille d'entamer le tournage de ce dernier, en 1976, qu'on le découvre l'esthète dans un restaurant huppé de Los Angeles, où atterrit presque accidentellement l'héroïne du roman. Elle est grecque et s'appelle Calista, est âgée de 21 ans et a entrepris une traversée des Etats-Unis en mode routard. Quelques mois plus tard, Wilder l'invite à lui servir d'interprète sur le tournage de Fedora, son avant-dernier film, à Corfou. S'ensuit un récit en miroir où, à l'émerveillement de Calista s'enivrant de sensations inconnues, répond le désenchantement lucide d'un artiste ayant compris que ce qu'il avait encore à offrir, "plus personne n'en voulait vraiment". Et certainement pas Hollywood, qui n'en a alors que pour la génération des "jeunes barbus", les Coppola, Scorsese et autre Spielberg. Ecrit d'une plume agile, Billy Wilder et moi serpente entre les époques au gré d'une architecture toute cinématographique. Si la virtuosité narrative de Jonathan Coe n'est plus à souligner, l'auteur y ajoute l'humour et un esprit que n'aurait pas manqué d'apprécier le réalisateur de Sept ans de réflexion. Jusqu'à conférer à ce roman arpentant les allées crépusculaires du temps qui passe un tour délicatement grisant. Et s'il y a bien là l'un ou l'autre accès de sentimentalisme facile, on laissera la chute au Billy Wilder de Certains l'aiment chaud: "Nobody's perfect".