Au coeur du Périgord noir, chaque année, Sarlat est habitée par son festival de théâtre. L'occasion de (re)découvrir cette cité médiévale et la région qui l'entoure. Imaginés en 1952 par Jacques Boissarie, un fou de théâtre, les Jeux du théâtre de Sarlat sont le deuxième plus ancien festival de théâtre de France, juste après celui d'Avignon, créé cinq ans plus tôt par Jean Vilar.
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Au coeur du Périgord noir, chaque année, Sarlat est habitée par son festival de théâtre. L'occasion de (re)découvrir cette cité médiévale et la région qui l'entoure. Imaginés en 1952 par Jacques Boissarie, un fou de théâtre, les Jeux du théâtre de Sarlat sont le deuxième plus ancien festival de théâtre de France, juste après celui d'Avignon, créé cinq ans plus tôt par Jean Vilar. Jacques Boissarie avait décidé d'organiser des stages d'art dramatique et de créer un festival dans cette petite ville magnifique dont il était tombé amoureux. Cet été 1952, pour la première édition, les stagiaires de fin de cycle avaient joué des pièces en plein air, profitant des décors naturels de la ville, avec la participation et la figuration des habitants. Boostée par la vogue de décentralisation de l'époque et la création des centres dramatiques régionaux, l'expérience a été renouvelée chaque année pendant la seconde moitié de juillet, grandissant petit à petit. Jusqu'à cette 67e édition qui démarre ce 19 juillet et se clôturera le 4 août. Ce festival n'a rien à voir avec la folie des grandeurs et la démesure d'Avignon. Ici, les comédiens ne racolent pas le chaland et on n'assiste pas à des performances à chaque coin de rue. Si des gradins et une scène occupent bien une grande partie de la place de la Liberté, au coeur de la ville, le festival a gardé une certaine intimité, malgré les milliers de touristes qui déambulent chaque jour. Quelques saltimbanques animent bien les placettes et les venelles de la cité, mais ils ne sont pas venus spécialement pour les Jeux du théâtre, un nom qui fait pourtant référence au Moyen-Age, aux jongleurs et montreurs d'ours qui allaient de château en château. Le festival n'emploie qu'un seul mi-temps à l'année, une douzaine de techniciens et autant de bénévoles pendant le festival. Chaque année, l'événement attire quelque 7.000 spectateurs : des touristes de passage, des fans qui sont venus expressément pour l'occasion et aussi, une bonne partie de la population locale. " Malgré les inconvénients, les Sarladais sont très attachés à leur festival. Ils sont très fiers d'avoir accueilli en d'autres temps La Boétie et Fénelon. Et si un tel événement a pu naître ici, c'est parce que tout le monde était 'cultureux'. Aux débuts du festival, les comédiens allaient manger chez l'habitant ", raconte Jacques Leclaire, le président des Jeux. Avec un budget annuel de 270.000 euros, 19 spectacles au total sont présentés cette année, soigneusement choisis par le comédien et metteur en scène Jean-Paul Tribout, davantage connu du grand public pour avoir incarné l'inspecteur Pujol dans Les Brigades du Tigre, une série télévisée des années 1970. Cela fait une vingtaine d'années que le comédien est devenu le programmateur attitré des Jeux du théâtre. " Je cherche la diversité dans la qualité et la qualité dans la diversité, explique-t-il. Nous ne sommes pas un supermarché du théâtre, mais nous pouvons offrir des oeuvres très pointues à côté d'autres, très grand public. " Le programme de cette année est axé sur deux thèmes universels : le sexe - et donc l'amour - et la politique. " Les deux thèmes s'entremêlent souvent, explique Jean-Paul Tribout. On trouvera dans le premier aussi bien La sextape de Darwin ou La Ronde ( mise en scène par Jean-Paul Tribout lui-même, Ndlr) que Carmen ou Marivaux. Dans le second, on trouvera Monsieur Haffmann, Jean Moulin, Tocqueville ou encore L'Iliade. C'est dire l'amplitude et la diversité des approches. " Parallèlement, le thème du théâtre et du langage est également très présent, avec entre autres Dom Sganarelle, pièce dans laquelle deux vieux comédiens s'interrogent sur leur métier, Le tour du théâtre en 80 minutes, inspiré du Dictionnaire amoureux du théâtre, ou encore Le Mémento, de Jean Vilar, qui nous permet d'appréhender tout ce qui se passe avant qu'un spectacle puisse advenir. Comme chaque année, la Belgique est bien présente dans cette programmation. Avec Les Mandibules, une fable onirique sur la surconsommation alimentaire, création du Théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve. Ou La Proposition, pièce sur le député Alexis de Tocqueville qui se déroule en 1849, du Belge Hippolyte Wouters. Ou encore Le Mémento, de Jean Vilar, mis en scène par Jean-Claude Idée. Quatre lieux ouverts accueillent le festival pendant l'été : le jardin des Enfeus, l'abbaye Sainte-Claire, le jardin du Plantier et surtout, la place de la Liberté, lieu emblématique de la ville. Tous les soirs de spectacle, la place est réservée au festival. Des barrières bloquent chaque accès et les touristes sont refoulés vers les terrasses des rues avoisinantes. Et quand la nuit tombe, l'endroit devient magique. Les vieilles pierres de l'église Sainte-Marie, au pied de laquelle est installée la scène, s'illuminent. " La convivialité ". C'est aussi par ce mot que Jean-Paul Tribout définit " son " festival. Il existe des dizaines de festivals de théâtre en France, mais inévitablement, c'est toujours à celui d'Avignon que l'on se compare. " Ici, c'est à l'échelle humaine. Les mêmes troupes reviennent d'année en année. Il y a des relations qui se tissent entre les comédiens et le public car il y a un certain compagnonnage. Une majorité de spectateurs assiste à huit spectacles. A Avignon, la moyenne du séjour des spectateurs est de trois jours. Ici, c'est plus. A Avignon, il y a tellement de spectacles que ce qui fonctionne, c'est le bouche à oreille. Ici, les festivaliers font confiance à la programmation. La difficulté est de fidéliser le public. Il faut arriver à ne jamais le décevoir. " La metteuse en scène belge Dominique Serron, qui présentait Le Cid l'année passée, a été séduite. " Avignon, je n'y vais plus, avoue-t-elle. Il y a quelque chose d'un peu écoeurant. A Sarlat, on ne fait pas son genre. Je trouve le festival très charmant. On y voit des gens qui investissent leurs vacances dans le théâtre. Des gens qui aiment le théâtre et qui sont très cultivés. " Chaque matin, à 11 heures, les plus passionnés se retrouvent dans une salle derrière l'église Sainte-Marie pour une rencontre avec les metteurs en scène et les comédiens du spectacle de la veille, ainsi que ceux du spectacle à venir. Ils sont quelques dizaines à ne jamais rater le rendez-vous. Leur regard est affuté, leur connaissance du théâtre indéniable et leurs questions précises. Celles-ci peuvent aussi bien porter sur une question de linguistique que sur l'interprétation plus ou moins appropriée d'un rôle au regard des intentions de l'auteur. Martine, une dame d'une soixantaine d'années, vient spécialement chaque été passer une semaine de théâtre à Sarlat depuis sept ans. Ce qu'elle trouve de spécial à ce festival ? La convivialité, le fait de pouvoir rencontrer et parler avec les comédiens, les débats... Avant, elle allait à Avignon. Evidemment, la comparaison revient sur la table : " A Avignon, c'est trop ". Comme Martine, Céline revient chaque année à Sarlat. Ex-blogueuse de théâtre, actuellement relectrice dans une maison d'édition, elle avoue que ce qu'elle préfère, c'est le côté ludique du festival et le fait qu'on y trouve toutes les formes de spectacles. Après des débats passionnés autour de, par exemple, la tragédie grecque ou les costumes de Gérard Philippe, tout le monde se retrouve au bar, à déguster un ratafia local servi en apéro par les bénévoles du festival.